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Adoption de la Déclaration sur les droits
fondamentaux des travailleurs
Poursuite de la réflexion sur les moyens de mettre fin
à l'exploitation des enfants par le travail
La déclaration stipule que tous les pays membres ont l'obligation de respecter les principes énoncés dans les conventions sur les droits fondamentaux, qu'ils aient ou non ratifié ces conventions. Elle comporte un mécanisme de suivi ayant pour objet «d'encourager les efforts déployés par les Membres de l'Organisation en vue de promouvoir les principes et droits fondamentaux consacrés par la Constitution de l'OIT ainsi que par la Déclaration de Philadelphie».
Un rapport global évaluera l'efficacité de l'appui technique de l'Organisation et établira les priorités et les plans d'action future destinés à assister les Etats Membres dans leurs efforts pour promouvoir les normes.
«Je crois que nous pouvons tous être fiers de la déclaration qui vient d'être adoptée. L'OIT dispose désormais d'un véritable socle social mondial fondé sur des valeurs communes.»
Michel Hansenne, Directeur général du BIT
Autres faits marquants de cette session, à laquelle ont participé 3 500 délégués venus de 157 pays, dont 127 ministres:
• les délégués ont terminé la première série de discussions sur une nouvelle convention internationale conçue pour éliminer les pires formes de travail des enfants, notamment les travaux dangereux, la servitude pour dettes, le travail forcé et les conditions analogues à l'esclavage, et le travail des enfants dans la prostitution, la pornographie et le trafic des drogues. Le texte de la convention et des recommandations proposées fera l'objet d'une seconde lecture; il devrait être adopté par la Conférence en 1999.
• Les efforts déployés pour établir une nouvelle convention internationale sur le travail en sous-traitance n'ont pas abouti à un consensus suffisant, et les délégués ont renvoyé la question au BIT en vue d'un nouvel examen et de l'éventuelle inscription de la question à l'ordre du jour d'une session ultérieure de la Conférence. En revanche, la 86e session de la Conférence internationale du Travail a adopté une recommandation concernant les conditions générales pour stimuler la création d'emplois dans les petites et moyennes entreprises.
• La Conférence a adopté une résolution concernant l'emploi des jeunes qui invite les Etats Membres à prendre des mesures spécifiques pour accroître les possibilités d'emploi des jeunes, tout en leur assurant la protection de l'emploi. Ces mesures portent notamment sur les investissements et l'enseignement, la formation professionnelle, l'orientation, l'aménagement souple du travail et la création de petites et moyennes entreprises.
La Conférence internationale du Travail a cette année l'honneur d'accueillir Rafael Caldera, Président de la République du Venezuela, qui s'est adressé à l'assemblée plénière le 9 juin 1998, lors d'une séance spéciale.
Une autre invitée d'honneur, Mary Robinson, Haut-commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme, s'est adressée à la plénière le 10 juin. Kailash Satyarthi, l'un des principaux organisateurs de la Marche mondiale, s'est également adressé aux délégués lors de la cérémonie d'ouverture de la Conférence, le 2 juin. Au total, 157 délégués ministériels ont participé à la Conférence, de même que le conseiller fédéral de la Suisse Pascal Couchepin, représentant le gouvernement du pays hôte de l'OIT.
La Déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail réaffirme que les Etats Membres de l'Organisation ont l'obligation de «respecter, promouvoir et réaliser de bonne foi» le droit d'organisation des travailleurs et des employeurs et le droit effectif de négociation collective, ainsi que d'œuvrer à l'élimination de toutes les formes de travail forcé ou obligatoire, à l'abolition effective du travail des enfants et à l'élimination de la discrimination en matière d'emploi et de profession.
La déclaration renforce également l'obligation de l'Organisation «d'aider ses Membres, en réponse à leurs besoins établis et exprimés, de façon à atteindre ces objectifs» en faisant pleinement appel à ses ressources, y compris en mobilisant des ressources extérieures et en encourageant d'autres organisations internationales avec lesquelles l'OIT a établi des relations à soutenir ces efforts.
La déclaration a été adoptée à la séance plénière de clôture, à l'issue d'une série de négociations marathon au sein d'une commission spéciale de la Conférence qui a délibéré pendant toute la durée de la session. Le Directeur général du BIT, Michel Hansenne, a salué cette décision comme marquant un tournant dans la lutte pour promouvoir la justice sociale dans l'économie qui se mondialise.
L'élan en faveur de la déclaration vient des inquiétudes nourries par la communauté internationale à l'égard du processus de mondialisation et des éventuelles conséquences sociales de la libéralisation des échanges, exprimées notamment au Sommet mondial pour le développement social organisé par l'ONU (Copenhague, 1995) et à la Conférence ministérielle de l'OMC tenue à Singapour (1996). Ces deux réunions ont souscrit aux normes fondamentales du travail reconnues sur le plan international et reconnu que l'OIT était l'organisation compétente pour traiter et fixer ce type de normes.
La déclaration «souligne que les normes du travail ne pourront servir à des fins commerciales protectionnistes et que rien dans la présente déclaration et son suivi ne pourra être invoqué ni servir à pareille fin; en outre, l'avantage comparatif d'un quelconque pays ne pourra, en aucune façon, être mis en cause du fait de la présente déclaration et de son suivi.»
Dans son discours à la Conférence, Michel Hansenne a déclaré qu'«il est plus que temps que l'OIT se donne les moyens de répondre aux conséquences sociales de la mondialisation de l'économie... Je crois que nous pouvons tous être fiers de la déclaration qui vient d'être adoptée», ajoutant que l'OIT «dispose désormais d'un véritable socle social mondial fondé sur des valeurs communes».
Evoquant les préoccupations exprimées au cours du long débat de la commission, M. Hansenne a indiqué que le suivi, qui fait partie intégrante de la déclaration, n'est pas destiné à sanctionner ni à condamner qui que ce soit: «Il vise au contraire la promotion des principes et des droits fondamentaux qui font l'objet de la déclaration: rien de plus, rien de moins.»
A la suite du Sommet de Copenhague, l'OIT a lancé une campagne énergique auprès de ses membres en vue d'accroître le nombre de ratifications des normes fondamentales. Depuis lors, plus de 80 nouvelles ratifications ont été annoncées et la campagne visant à obtenir une ratification universelle de ces normes se poursuivra.
A ce jour, 37 pays ont ratifié les sept conventions 1 . La convention (no 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948, a recueilli 122 ratifications (ce qui représente environ 70% des Membres de l'OIT); la convention (no 98) sur le droit d'organisation et de négociation collective, 1949, en a recueilli 138 (80% environ des Etats Membres); la convention (no 29) sur le travail forcé, 1930, a été ratifiée par 149 membres (84% des Etats Membres) et la convention (no 105) sur l'abolition du travail forcé, 1957, a recueilli 130 ratifications (75%); les deux conventions relatives à la discrimination (convention (no 100) sur l'égalité de rémunération, 1951, et convention (no 111) concernant la discrimination (emploi et profession), 1958, ont recueilli respectivement 137 et 130 ratifications (79 et 74% respectivement des Etats Membres de l'OIT); enfin, la convention (no 138) sur l'âge minimum, 1973, a recueilli 63 ratifications (36% des Etats Membres).
A l'issue des discussions sur une nouvelle convention et des recommandations concernant le travail des enfants, la Conférence a adopté à l'unanimité une résolution visant à inscrire cette question à l'ordre du jour de sa 87e session, en juin 1999. Cette initiative a couronné une série d'intenses activités qui, pendant trois semaines, ont été centrées sur le travail des enfants avec, notamment, la réception à la Conférence de centaines d'enfants ayant participé à la Marche mondiale contre le travail des enfants, partie de Manille en janvier et qui a traversé 100 pays avant d'arriver à Genève.
«Tout Membre ayant ratifié la convention devrait faire en sorte de supprimer immédiatement toutes les formes extrêmes de travail des enfants.»
Conclusions proposées en vue d'une convention, Genève, juin 1998
Une commission de 181 membres sur le travail des enfants composée de représentants des gouvernements, des travailleurs et des employeurs a adopté une série de mises au point d'un avant-projet de convention. Les conclusions proposées engagent la Conférence à adopter de nouvelles normes sur les «pires» formes de travail des enfants et à renforcer les normes existantes, notamment la convention (no 138) et la recommandation (no 146) sur l'âge minimum, 1973, qui visent l'abolition complète du travail des enfants. A la différence de la précédente convention, le nouvel instrument serait davantage axé sur les mesures nécessaires pour supprimer «les pires formes de travail des enfants».
La commission a décidé que:
• le terme «enfant» dans une nouvelle convention devrait s'appliquer à toutes les personnes âgées de moins de 18 ans;
• les «pires» formes de travail des enfants devraient inclure: toutes les formes d'esclavage ou de pratiques analogues, telles que la vente et la traite des enfants, le travail forcé ou obligatoire, la servitude pour dettes et le servage;
• l'utilisation, le recrutement ou l'offre d'un enfant à des fins de prostitution, de production de matériel pornographique ou de spectacles pornographiques, ainsi qu'aux fins d'activités illicites, notamment pour la production et le trafic de stupéfiants;
• tout autre type de travail ou d'activité qui, par sa nature ou les conditions dans lesquelles il s'exerce, est susceptible de compromettre la santé, la sécurité ou la moralité de l'enfant.
Le projet de convention demande à tout membre qui ratifie la convention d'établir des «mécanismes appropriés» pour surveiller l'application des dispositions de la convention proposée, ainsi que d'élaborer et de mettre en œuvre des programmes d'action en vue d'éliminer les pires formes de travail des enfants. En outre, le projet demande également à tout membre qui ratifie la convention de «prendre toutes les mesures nécessaires pour en assurer la mise en œuvre effective et la faire respecter, y compris en prévoyant et en appliquant, le cas échéant, des sanctions pénales et d'autres sanctions».
Enfin, le projet invite les membres à tenir compte de l'importance de l'éducation pour l'élimination du travail des enfants et à prendre «des mesures efficaces dans un délai déterminé» pour aider à soustraire les enfants aux pires formes de travail et à «prévoir leur réadaptation et leur réinsertion sociale».
C'était la première discussion du nouvel instrument, qui sera discuté de nouveau l'année prochaine en vue de son adoption. Conformément à la Constitution de l'OIT, la nouvelle convention, si elle est adoptée en 1999, entrera en vigueur une année civile après la deuxième ratification reçue d'un Etat Membre de l'OIT.
La Conférence a adopté une Résolution concernant la possible adoption d'instruments internationaux pour la protection des travailleurs se trouvant dans les situations identifiées par la Commission du travail en sous-traitance, invitant le Conseil d'administration du BIT à inscrire d'ici à 2002 ces questions à l'ordre du jour d'une session de la Conférence internationale du Travail, en vue, si cela est jugé nécessaire, de la possible adoption d'une convention complétée par une recommandation.
Des problèmes persistants d'ordre conceptuel, conjugués à des points de vue divergents, ont empêché la Commission du travail en sous-traitance de recommander à la Conférence l'adoption des instruments proposés sur ce sujet comme cela était prévu initialement. C'est la première fois depuis 1961 qu'une commission de la Conférence internationale du Travail créée pour examiner des projets d'instruments ne fait pas rapport en retour à la Conférence avec des propositions d'adoption de normes internationales du travail.
La délégation des travailleurs à la Conférence de cette année s'est déclarée déçue que la commission n'ait pas proposé de projet de convention et de recommandation. Le Vice président travailleur sest cependant félicité du fait que les travaux de la commission seront complétés par des orientations données au Conseil d'administration afin que toutes les mesures nécessaires soient prises pour assurer l'examen ultérieur d'un projet de convention et de recommandation. Une telle commission devrait «traiter les situations identifiées par l'actuelle commission comme des situations où les travailleurs ont besoin d'une protection et achever les travaux commencés par la présente Commission du travail en sous-traitance», a-t-il indiqué.
De l'avis du Vice-président employeur, «l'issue des travaux de la commission reflète le fait que la question du travail en sous-traitance n'aurait pas dû être inscrite à l'ordre du jour de la Conférence en vue de l'établissement de normes. Il a été démontré que les difficultés tenant aux concepts et aux définitions et les difficultés d'ordre linguistique associées à l'expression travail en sous-traitance rendaient impossible tout examen efficace». Il a émis l'espoir que «les examens futurs de la question seront beaucoup plus circonscrits et fondés sur une compréhension plus précise des questions discutées».
Dans leurs déclarations à la Conférence, le président de la commission et son rapporteur, ainsi que plusieurs autres délégués, ont exposé leurs idées sur de nouvelles manières d'envisager les questions dont s'est occupée la commission.
La résolution approuvée par la Conférence invite le Conseil d'administration du BIT à prendre des mesures en vue de mener à bien le travail entrepris par la Commission du travail en sous-traitance. Ces mesures consisteront, entre autres, à organiser des réunions d'experts afin d'aider le Bureau international du Travail à réaliser les travaux préparatoires en vue de la discussion future de la question à la Conférence.
La Conférence internationale du Travail a adopté la Recommandation concernant les conditions générales pour stimuler la création d'emplois dans les petites et moyennes entreprises (PME) 2 , qui créent plus de 80 pour cent des nouveaux emplois dans le monde. Une recommandation établit un cadre international d'activités non contraignant.
Afin de créer un milieu d'affaires propice à la croissance et au développement des PME, la recommandation incite les Etats Membres à adopter «des mesures appropriées, adaptées aux conditions nationales et compatibles avec les pratiques nationales, en vue de reconnaître et de promouvoir le rôle fondamental que les petites et moyennes entreprises peuvent jouer en ce qui concerne la promotion du plein emploi, productif et librement choisi». La recommandation met aussi en lumière, notamment, la contribution des PME à l'élargissement des possibilités d'exercer une activité rémunératrice, à la croissance économique durable, à une participation économique accrue des groupes défavorisés, à l'accroissement des investissements, à la formation et la mise en valeur des ressources humaines, et à un développement équilibré des marchés locaux et régionaux.
La recommandation encourage les Etats Membres à adopter des politiques propres à promouvoir un environnement économique stable en ce qui concerne l'inflation, les taux d'intérêt, les taux de change, les impôts, l'emploi et la stabilité sociale, à lever les obstacles au développement et à la croissance des PME, à prévoir des mesures spécifiques en vue d'assister et de promouvoir le secteur non structuré aux fins de son intégration dans le secteur structuré, à assurer l'extension de la protection sociale aux travailleurs des PME ainsi que le respect de la législation en matière de sécurité sociale.
La recommandation appelle aussi les Etats Membres à adopter des mesures en consultation avec les représentants des employeurs et des travailleurs, pour créer et développer une «culture d'entreprise» qui favorise les initiatives, la création d'entreprises, la productivité, la sensibilisation à l'environnement, la qualité et de bonnes relations professionnelles. Elle demande aussi que l'on envisage de mettre à la disposition des PME des services d'appui direct et indirect en vue de renforcer la croissance de ces entreprises, leur potentiel de création d'emplois et leur compétitivité.
La Commission de l'application des normes a cité dans ses paragraphes spéciaux le cas de deux pays, le Myanmar et le Soudan, pour défaut continu d'application de conventions qu'ils ont ratifiées.
Dans le cas du Myanmar, la commission a pris note des violations graves et répétées des droits fondamentaux et syndicaux dans le pays et de la persistance du non-respect des termes et des principes de la convention (no 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, 1948.
La commission a rappelé que ce cas a été discuté à plusieurs occasions et qu'elle «ne peut que [une fois encore] déplorer ... [qu'] aucun rapport du gouvernement [n'ait été reçu] sur l'application de cette convention fondamentale, malgré les appels répétés qu'elle lui a adressés». Elle a rappelé que le Myanmar a déjà été mentionné ces deux dernières années dans ses paragraphes spéciaux comme étant l'un des cas de défaut continu d'application de la convention no 87.
En ce qui concerne le Soudan, la commission a entendu des témoignages faisant état d'esclavage et de pratiques analogues dans le pays, en violation de la convention (no 29) sur le travail forcé, 1930, de l'OIT. Elle a souligné dans ses conclusions «qu'il s'agissait là d'un cas particulièrement grave affectant les droits de l'homme», comme en témoigne la mention, l'année dernière, du Soudan dans un paragraphe spécial, motivée par des faits similaires. La commission a pris note des informations communiquées par le gouvernement sur les mesures en cours pour détecter et mettre fin aux pratiques d'esclavage, et elle a instamment demandé qu'il y ait «une réelle tentative d'élimination de l'esclavage à travers le pays». Compte tenu de la nature des preuves apportées et du grand nombre d'allégations de graves violations des droits de l'homme au Soudan, la commission a décidé que ce cas devrait continuer d'être mentionné dans un paragraphe spécial.
Le rapport de la Commission tripartite de l'application des normes contient les vues des délégués à la Conférence sur les problèmes de liberté syndicale et de travail forcé qui sévissent actuellement dans le monde, ainsi que sur les difficultés qu'éprouvent certains pays à appliquer diverses conventions.
La commission a fondé ses discussions sur le rapport de la commission d'experts indépendante de l'OIT, qui a attiré l'attention sur les nouveaux phénomènes qui se produisent en cette période de mondialisation économique -- tels les zones franches d'exportation, les migrations pour l'emploi, certains aspects du droit de grève -- et qui rendent difficile l'application de la très importante convention (no 87) sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical, adoptée par la Conférence en 1948.
Le débat a également porté sur le travail forcé, et notamment sur le cas des prisonniers qui travaillent pour des entreprises privées ou dans des prisons gérées par le secteur privé. La commission a appris par exemple qu'au Canada et aux Etats-Unis des questions telles que le consentement des prisonniers à l'exercice d'une activité et le contrôle des travaux pénitentiaires par les autorités publiques sont envisagées dans le cadre des normes de l'OIT. Les membres travailleurs considèrent que le travail forcé est à la fois un problème relatif aux droits fondamentaux de l'homme et un problème de concurrence déloyale: ils ont soulevé le cas de la Malaisie et celui de Singapour, qui ont dénoncé la convention no 105.
La commission a débattu en détail de plus de 20 cas concernant l'application de conventions ratifiées. Elle s'est réjouie de l'initiative prise par l'Indonésie de ratifier la convention no 87, et de la libération de plusieurs dirigeants syndicaux; cependant, nombre de problèmes demeurent s'agissant d'appliquer les normes de l'OIT sur le droit d'organisation conformément à la convention no 98, problèmes que le gouvernement devrait résoudre dès que possible avec l'assistance technique de l'OIT, et que les organes de contrôle de l'Organisation continueront d'examiner.
Il a été question de l'application par la Fédération de Russie de la convention (no 95) sur la protection du salaire, et la discussion a mis à jour des difficultés constantes concernant le versement des salaires, et la nécessité de prévoir des inspections efficaces et des sanctions concernant le non-paiement des arriérés.
Cinquante-neuf délégations gouvernementales ont collaboré avec la commission en lui fournissant des informations sur la situation dans leurs pays. La commission a pris note de 32 nouveaux cas de progrès et elle a estimé que le fonctionnement de ses procédures dans le cadre de la Constitution de l'OIT est un apport constructif à la dimension sociale de la mondialisation.
1 Albanie, Algérie, Allemagne, Argentine, Bélarus, Belgique, Botswana, Chypre, Costa Rica, Croatie, Cuba, Danemark, Dominique, Espagne, Finlande, France, Grèce, Guatemala, Guyana, Honduras, Hongrie, Israël, Italie, Malte, Nicaragua, Niger, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Saint-Marin, Slovaquie, Slovénie, Suède, Tunisie, Uruguay, Venezuela, Zambie.
2 Vote sur la recommandation: Oui - 403; non - 0; abstentions - 4.
Le Président de la Conférence était Jean-Jacques Œchslin (France). Les trois Vice-présidents étaient Alhaji Muhammed Mimuni, ministre de l'Emploi et des Affaires sociales du Ghana, représentant les gouvernements, Shri I. P. Anand, de l'Inde, représentant les employeurs, et Sukesada Ito, du Japon, représentant les travailleurs.
La Conférence internationale du Travail se réunit tous les ans. C'est une tribune internationale où l'on discute des problèmes sociaux et du travail dans le monde. Elle établit les normes internationales du travail minima et décide des grandes lignes de la politique de l'Organisation. Tous les deux ans, elle adopte le programme d'activités et le budget biennal de l'OIT, qui est financé par les 174 Etats Membres de l'Organisation.
Chaque Etat Membre a le droit d'envoyer quatre délégués à la Conférence, dont deux délégués gouvernementaux, un délégué représentant les employeurs et un délégué représentant les travailleurs. Chacun d'entre eux s'exprime et vote indépendamment.
Le Conseil d'administration du BIT a élu à l'unanimité Nobutoshi Akao, ambassadeur plénipotentiaire du gouvernement du Japon, à sa présidence pour la session de 1998-99. Rolf Thüsing (Allemagne), qui est membre Conseil d'administration de la Confédérations des associations des employeurs d'Allemagne, a été élu Vice-président employeur et William Brett (Royaume-Uni), membre du Conseil général du Congrès des syndicats du Royaume-Uni, a été réélu Vice-président travailleur.
S'adressant aujourd'hui à la Conférence au cours d'une séance spéciale, le Président de la République du Venezuela, Rafael Caldera, a déclaré que la mondialisation et l'économie de marché sont inévitables et qu'elles peuvent avoir des effets positifs, «mais que certains éléments de la mondialisation sont à examiner avec soin car ils comportent des risques pour l'humanité… A l'heure de la mondialisation, la lutte pour la justice sociale doit être internationale: la mondialisation ne doit pas engendrer l'injustice mais doit contribuer à renforcer la paix dans le monde».
Reprenant les termes de la Déclaration de Philadelphie, adoptée en 1944, le Président a dit que la pauvreté, où qu'elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous et pour la paix. «Ce principe n'a rien perdu de sa valeur aujourd'hui. Il n'y a pas lieu de discuter de la mondialisation, d'être pour ou d'être contre. La mondialisation est une réalité.»
M. Caldera a indiqué que le marché jouait un rôle important dans les relations entre individus mais qu'il ne pouvait pas tout régler. «Il y a une chose en particulier qu'il ne peut pas régler: c'est la répartition injuste de la richesse. Nous vivons dans un monde où deux mots ont la vedette: la productivité et la concurrence. Toutefois, ces deux notions ne sauraient régir les relations sociales. Si nous ne pensons qu'en termes de concurrence, les conséquences sociales seront très graves.»
M. Caldera s'est déclaré favorable à la Déclaration sur les droits fondamentaux des travailleurs: «Je tiens à dire sans ambages que cette déclaration de principes, cette réaffirmation des droits des travailleurs, ne saurait être invoquée par les milieux protectionnistes qui chercheraient à profiter des difficultés que connaissent certains pays pour contourner les règles de la concurrence loyale.»
Le Président s'est félicité de la récente élection de son «compatriote d'Amérique latine, Juan Somavía, du Chili» , qui succédera à Michel Hansenne au poste de Directeur général du BIT (en mars 1999). L'élection d'un ressortissant d'un pays en développement est une évolution positive.
Le Président des Etats-Unis, Bill Clinton, parlant de l'OIT le 18 mai 1998 à l'occasion de la commémoration du 50e anniversaire de l'Organisation mondiale du commerce. Le Président a déclaré que l'OMC et l'OIT devaient ensemble veiller à ce que la libéralisation des échanges se traduise par le relèvement des niveaux de vie et le respect des normes fondamentales du travail, qui sont essentielles non seulement pour les droits des travailleurs mais aussi pour les droits de l'homme. Il a ensuite affirmé qu'il fallait tout mettre en œuvre pour garantir que l'OIT soit une institution à la fois influente et dynamique.
«Nous vivons dans un monde complètement fou où 250 millions d'enfants sont astreints au travail alors que 800 millions d'adultes sont au chômage.»
Lors d'une table ronde, le ministre allemand du Travail, Norbert Blüm a qualifié le monde dans lequel nous vivons de monde complètement fou où «250 millions d'enfants sont forcés de travailler alors que 800 millions d'adultes sont au chômage». Le ministre a demandé aux délégués des gouvernements, des employeurs et des travailleurs ainsi qu'aux ONG et aux participants à la marche mondiale de concentrer leur lutte sur les pires formes de travail des enfants, «en vue de l'abolition desquelles il ne peut y avoir aucune solution transitoire», a-t-il affirmé.
N'hésitant pas à jeter un regard critique sur le passé de son propre pays, il a rappelé qu'«en Allemagne aussi, on invoquait de mauvaises excuses au siècle passé pour ne pas éliminer le travail des enfants: il faut attendre que la situation économique s'améliore, etc. Et c'est seulement lorsque l'armée a eu peur de ne plus avoir de soldats en bonne santé que le travail des enfants a été aboli… et du jour au lendemain!»
«L'économie de marché possède ses propres armes pour combattre l'injustice. En effet, nul n'est obligé d'acheter des tapis tissés par des mains d'enfant.» Le ministre a déclaré que l'OIT jouait un rôle de leader dans la lutte contre le travail des enfants, non sans mettre celle-ci en garde contre le risque de privilégier l'analyse plutôt que l'action.
Le Programme international de l'OIT pour l'abolition du travail des enfants (IPEC) doit son existence à une initiative allemande. Ali Taqi, Sous-directeur général du BIT, a présenté M. Blüm comme le «père fondateur de l'IPEC». Depuis 1992, la contribution de l'Allemagne à ce programme s'élève à 100 millions de DM.
Mary Robinson, Haut Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme
A l'occasion de la présence, pour la première fois à une Conférence internationale du travail, d'un Haut-Commissaire des Nations Unies pour les droits de l'homme depuis que ce poste a été créé par la Conférence mondiale des droits de l'homme (Vienne, 1993), Mme Robinson a fait savoir que la discussion sur une éventuelle déclaration des droits fondamentaux des travailleurs avait été pour elle «un grand réconfort».
«En ce qui concerne les droits de l'homme, personne ne doit faire preuve de complaisance. Tous les pays ont des problèmes en ce domaine, notamment en ce qui concerne les droits fondamentaux liés au travail…»
En outre, elle a vivement encouragé la Conférence à adopter l'année prochaine le projet de nouvelle convention sur l'élimination des formes extrêmes de travail des enfants, affirmant «la meilleure façon pour l'OIT d'aborder le XXIe siècle serait d'adopter une telle convention».
En ce qui concerne la Déclaration sur les droits fondamentaux des travailleurs sur la liberté syndicale, Mme Robinson a indiqué qu'elle y souscrivait totalement. «Je me réjouis de voir qu'elle est libellée de façon aussi claire.»
Elle s'est également félicitée de la collaboration et de la coopération entre les Nations Unies et le Bureau international du Travail sur les questions des droits de l'homme concernant les enfants et les peuples indigènes ainsi que les travailleurs, et a ajouté qu'elle espérait que la collaboration entre ces deux organisations serait «renforcée et élargie».