| Editions archivées | » Tous les articles, Décembre 1997 |
Oslo, Norvège - Alors que les participants à la récente Conférence internationale sur le travail des enfants s'attelaient à l'élaboration d'un nouveau plan mondial, Michel Hansenne, Directeur général du BIT, a d'emblée brossé le tableau de la situation:
«Je commencerai par une déclaration audacieuse: la guerre contre travail des enfants est en train d'être gagnée et elle peut être gagnée dans tous les pays au cours des quinze années à venir», a-t-il affirmé dans son discours liminaire.
Sur cette lancée, les participants à la Conférence, qui était organisée par le gouvernement norvégien en collaboration avec le Bureau international du Travail (BIT) et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), ont engagé un débat qui a abouti à l'adoption d'un accord d'ensemble sur les mesures à prendre à l'échelon international contre le travail des enfants: un nouveau «Programme d'action» approuvé par 40 pays et fondé sur ce que Hilde F. Johnson, ministre norvégienne du Développement et des droits de l'homme de la Norvège, qui présidait la Conférence, a tout simplement appelé «la réalité».
Cette Conférence était la dernière d'une série de réunions internationales sur le travail des enfants, notamment le Congrès mondial contre l'exploitation commerciale et sexuelle des enfants, qui a été organisé en 1996 à Stockholm, et la Conférence d'Amsterdam sur le travail des enfants, en février 1997. Elle a réuni 350 hauts représentants de gouvernements, d'organisations d'employeurs et de travailleurs, d'organisations non gouvernementales et d'un certain nombre d'organisations internationales ainsi que des experts indépendants.
Ce cycle de conférences s'est tenu dans un climat d'inquiétude grandissante pour le sort des 250 millions d'enfants qui travaillent dans le monde, souvent dans des conditions abusives et dangereuses, et risquent de ce fait des accidents, des maladies, voire la mort. D'une manière générale, c'est dans les régions peu développées que le travail des enfants est le plus répandu. L'Asie compte le plus grand nombre d'enfants travailleurs (environ 61% du total mondial); viennent ensuite l'Afrique (32%) et l'Amérique latine (7%).
Rappelant que les millions d'enfants travailleurs sont «sans défense» et n'ont souvent ni le temps ni la possibilité d'aller à l'école, M. Hansenne a déclaré: «Le travail des enfants est aujourd'hui la cause la plus importante de l'exploitation et de la maltraitance des enfants dans le monde. Cela ne peut plus durer.»
Il a proposé une stratégie en quatre points supposant: 1) un engagement politique à abolir effectivement et totalement le travail des enfants; 2) la mise en oeuvre, à l'appui de cet engagement, d'un programme d'action assorti d'un calendrier précis portant sur la prévention, le retrait du travail et la réinsertion; 3) l'adoption d'une nouvelle convention internationale visant à supprimer les formes les plus préjudiciables de travail auxquelles sont astreints des enfants; 4) la conclusion d'un accord global de coopération internationale et d'assistance mutuelle pour augmenter les ressources consacrées à la lutte contre la pauvreté et le travail des enfants, et pour s'attaquer aux ramifications internationales du problème, telles que la vente et la traite des enfants et le tourisme sexuel.
Dans son «Programme d'action», la Conférence exhorte les pays à adopter un plan d'élimination du travail des enfants qui soit assorti d'échéances précises et à accorder dans l'immédiat la plus haute priorité à l'abolition des formes les plus intolérables ou extrêmes de travail des enfants. Soulignant que la prévention, notamment par l'éducation, constitue un moyen très efficace et relativement peu coûteux de combattre le travail des enfants, elle recommande aux pays de procéder par étapes en commençant par éliminer le travail des mineurs d'âge scolaire et tout d'abord les activités qui nuisent à leur développement et à leur éducation. Miser davantage sur le capital humain dès la petite enfance, et notamment investir dans l'instruction et la santé, favoriserait le développement économique et social et, partant, ferait diminuer le nombre des enfants travailleurs.
L'un des buts de la Conférence étant de définir des stratégies nationales et internationales destinées à éliminer le travail des enfants partout où il sévit, en accordant une importance particulière au rôle de la coopération au développement, le Programme d'action préconise également que tous les programmes bilatéraux et multilatéraux de coopération au développement soient réexaminés à la lumière de leur impact sur le travail des enfants et, au besoin, ajustés d'un commun accord avec les pays en développement concernés, de façon à garantir une meilleure utilisation des ressources et de plus larges retombées.
Ad Melkert, ministre du Travail des Pays-Bas, qui avait présidé la Conférence internationale d'Amsterdam sur le travail des enfants, a déclaré: «La Conférence d'Amsterdam a représenté un véritable bond en avant sur les plans de l'engagement et de l'action. Si nous nous retrouvons ici, c'est parce que nous avons tous ressenti le caractère urgent de l'abolition du travail des enfants.»
Lors de l'ouverture officielle de la Conférence d'Oslo, le Premier ministre norvégien, Kjell Magne Bondevik, a déclaré: «L'objet de nos discussions, c'est le travail qui convertit les enfants en instruments et en robots, les besognes dégradantes qui les dépouillent de leur enfance et qui les privent du moyen le plus important pour briser le cycle de la pauvreté: l'instruction. Il faut que cela prenne fin.»
Les participants se sont également penchés sur les effets du travail des enfants dans le domaine de l'instruction scolaire. Enjoignant aux gouvernements de s'engager à éliminer totalement les formes intolérables de travail des enfants selon un programme et un calendrier précis, Carol Bellamy, Directrice exécutive de l'UNICEF, a rappelé que «les enfants travailleurs de tous les pays, dont la plupart sont employés à des tâches abjectes et dangereuses, sont privés de leurs droits élémentaires, à savoir non seulement le droit à un complet épanouissement par l'instruction, mais aussi le droit de vivre leur enfance».
M. Hansenne a indiqué que l'OIT préparait un projet de convention sur les formes les plus intolérables de travail des enfants, qui sera examiné lors de la Conférence internationale du Travail 1998 et qui pourrait aboutir à l'adoption d'une convention et d'une recommandation à la Conférence de 1999. (Voir «Champs d'action», pp. 32-33, pour de plus amples renseignements sur cette future convention.)
Offrant son soutien, Mme Bellamy a déclaré: «L'UNICEF appuie sans réserve l'idée d'une convention de l'OIT, qui porte spécifiquement sur le problème.»
M. Hansenne a aussi évoqué la question de la mondialisation et de ses effets sur le travail des enfants. Ayant fait observer que le problème du travail des enfants occupait une place centrale dans le contexte de la libéralisation des échanges, il a affirmé: «Notre position de principe doit être que l'humanité est tenue d'offrir ce qu'elle a de meilleur à ses enfants, que l'action mondiale contre le travail des enfants n'est pas faite de mesures unilatérales et de sanctions commerciales, mais repose sur une détermination multilatérale et une pression d'ordre moral. La mondialisation et la libéralisation des échanges doivent aller de pair avec le respect des droits fondamentaux des travailleurs, et cela suppose l'interdiction du travail des enfants.»
De l'avis général des délégués et des orateurs, la lutte contre le travail des enfants ne pourra aboutir sans une offensive parallèle contre la pauvreté. C'est pourquoi, dans leur plan d'action, ils engagent les pays à veiller à ce que les mesures sociales et économiques qu'ils prennent pour combattre la pauvreté soient axées sur les besoins des familles et des communautés et, en particulier, offrent des possibilités d'emploi et de revenus durables aux familles des enfants qui travaillent.
Dans son discours de clôture, Mme Johnson a déclaré que ce nouveau Programme d'action, loin de réunir des propos abstraits, était «bien ancré dans la réalité».
«Investir dans le développement physique, mental, spirituel, moral et social des enfants est, pour toutes les société, un impératif éthique, social et économique», a- t-elle affirmé. «Le travail des enfants est à la fois une conséquence et une cause de la pauvreté, c'est pourquoi il nous faut des stratégies pour réduire la pauvreté et ainsi éliminer la cause profonde du travail des enfants.»
Assefa Bequele, du BIT, approuve cet appel à combattre la pauvreté comme un moyen de lutter contre le travail des enfants: «Ce problème relève essentiellement de la responsabilité des pays eux-mêmes en ce sens qu'il appartient aux gouvernements d'élaborer des politiques et des programmes destinés à créer des emplois productifs pour réduire la pauvreté.»
«Mais le monde entier est également responsable. Il faut trouver le moyen d'amener la communauté internationale à conduire une offensive soutenue contre la pauvreté dans le monde. Voilà le message d'Oslo: le travail des enfants est un problème qui concerne tous les habitants de la planète et, nous sommes tous unis en paroles et en actions pour l'éliminer et en éliminer les causes.»