Seminaire tripartite de haut niveau pecos/bit sur le dialogue social, la politique de l'emploi et l'egalite des chances
High level tripartite informal conference about "Social Dialogue, Employment Policy and the Principles of Equal Treatment" - Malta, September 2000
Monsieur le Président,
Monsieur le Vice-Premier Ministre
Madame et Messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs
Madame Martine AUBRY, ministre
française de l’emploi et de la solidarité, présidente
du Conseil emploi et politiques sociales de l’Union Européenne,
a été heureuse de pouvoir contribuer, avec son homologue
maltais et avec le Bureau Europe du BIT, à l’organisation
de ce séminaire tripartite. Elle m’a demandé de
vous faire part de ses vifs regrets que son agenda ne lui permette
pas de participer personnellement à ces travaux.
Je serai donc ici son porte-parole.
Nous avons trois grandes ambitions
pour la Présidence française, dans le domaine social.
Premièrement, promouvoir
une Europe plus créatrice d’emplois et, il faut le préciser,
d’emplois de qualité.
Deuxièmement, avancer dans
la construction d’une Europe plus solidaire, en luttant contre
les discriminations et contre l’exclusion.
En troisième lieu, doter
l’Union européenne d’un agenda social, qui guidera la politique
sociale européenne pour les cinq années à
venir.
Je reprends ces trois points.
Premier objectif: promouvoir une
Europe plus créatrice d’emplois de qualité.
Après une longue période
de chômage massif, l’objectif du plein emploi, et aussi
l’objectif d’une amélioration qualitative de l’emploi,
redeviennent aujourd’hui accessibles. La notion de qualité
de l’emploi fait désormais partie des objectifs communautaires.
Nous rejoignons tout-à-fait le BIT lorsque celui-ci parle
–dans une expression anglaise qui n’a pas de traduction directe
satisfaisante en langue française- de decent work. Il s’agit
de promouvoir des formes d’emploi et des conditions de travail
qui assurent une véritable et durable insertion sociale
et une réelle qualité de vie. A cet égard,
on doit se féliciter de l’ouverture par les partenaires
sociaux européens de négociations sur l’intérim,
après les accords qu’ils ont déjà conclus
sur le temps partiel et sur le contrat à durée déterminée.
La promotion d’une Europe plus
créatrice d’emplois de qualité passe d’abord par
la mise en œuvre de la stratégie européenne coordonnée
pour l’emploi.
Celle-ci repose sur :
-
des lignes directrices pour
l’emploi préparées par la Commission chaque
année
-
des rapports nationaux pour
l’emploi établi par chaque Etat membre
-
des rapports annuels d’exécution
-
et enfin des recommandations
aux Etats membres sur leurs politiques de l’emploi.
La présidence française
souhaite que l’Union évalue ce processus de Luxembourg
lancé enfin en 1997 pour cinq ans. Cette évaluation
a mi-parcours portera notamment sur les actions concernant l’égalité
des chances, qui ont déjà été notablement
intensifiées en 1999, et aussi sur le renforcement du rôle
des partenaires sociaux dans la mise en œuvre de la stratégie
pour l’emploi, qui sera probablement l’une des priorités
pour 2001.
Mais la conquête de la qualité
des emplois passe également par de nouveaux textes en matière
de droit du travail.
Nous poursuivons les efforts
entrepris par les présidences précédentes
pour définir les modalités d’implication des travailleurs
dans le cadre de la « société européenne »
(c’est-à-dire de l’entreprise de droit européen).
Nous espérons pouvoir faire enfin aboutir ce dossier.
Second texte important :
la proposition de directive sur l’information et la consultation
des travailleurs. Ce texte répond à des situations
très concrètes. La Commission européenne
l’avait proposée en 1998, suite à la fermeture brutale
d’un établissement du constructeur automobile Renault
à Vilvoorde, en Belgique. L’actualité récente
nous a encore montré le besoin de ce dispositif. Le débat
sur cette directive est ouvert et nous nous efforcerons de parvenir
à un accord.
Notre deuxième grande ambition
pour cette présidence est de progresser dans la construction
d’une Europe plus solidaire.
Nous sommes convaincus qu’une
société plus solidaire favorise une économie
plus performante.
Ainsi la lutte contre l’exclusion
sociale et la pauvreté doit être une nouvelle dimension
de la construction européenne à l’heure où
la croissance est durable et où l’objectif du plein emploi
se rapproche.
Les conclusions du Conseil européen
de Lisbonne font de la lutte contre les exclusions un élément
central du modèle social européen. Conformément
à ces conclusions, la Présidence s’efforce de faire
adopter par le Conseil des objectifs qui serviront de base à
des plans nationaux d’action afin de donner un élan décisif
à l’élimination de la pauvreté, dans une
perspective comparable à celle que Luxembourg a ouverte,
avec un certain succès, en matière d’emploi en 1997.
En matière d’égalité
des chances entre hommes et femmes –autre dimension essentielle
de la solidarité- notre présidence mettra l’accent
sur deux sujets principaux.
La participation équilibrée
des femmes aux lieux de décision, qui passera par l’amélioration
de la directive de 1976 sur l’égalité de traitement
entre les hommes et les femmes et par la préparation d’un
nouveau programme d’action européen pour l’égalité.
Le second sujet constitue une
première : c’est le lancement d’un processus de « mainstreaming »
appliqué aux divers Conseils des Ministres. Ainsi le Conseil
de l’Education et de la Culture, et le Conseil des Télécoms
ont inscrit, pour la première fois, à leur ordre
du jour, des sujets d’égalité entre les sexes. Le
premier concerne l’égalité des femmes et des hommes
dans les échanges de chercheurs, d’étudiants et
d’apprentis. Le deuxième évoquera les inégalités
subies par les filles devant les métiers de l’informatique.
Troisième grand objectif
de la présidence de l’Union : aboutir avant la fin
de l’année à l’adoption d’un Agenda social européen
qui intègre, dans une perspective de moyen terme, les initiatives
des différents acteurs de la politique sociale européenne.
Le traité fixe des grands
objectifs : promotion du progrès économique
et social, niveau d’emploi élevé, amélioration
des conditions de vie et de travail, égalité entre
les hommes et les femmes, lutte contre les discriminations et
contre l’exclusion sociale. Toutes ces potentialités du
traité doivent être prises en compte dans l’agenda
social.
L’objectif que nous poursuivons
est de rendre plus visible et plus effective la politique sociale
européenne en préparant l’Union aux grands défis
communs : l’élargissement, la mondialisation, l’intégration
économique et monétaire ou encore le vieillissement
démographique.
L’agenda social sera conçu
comme un document pragmatique et très concret qui, pour
les principaux chantiers de l’Europe Sociale, fixera les objectifs,
la méthode et le calendrier de travail pour les cinq années
à venir.
Si nous parvenons à nous
mettre d’accord sur cette consolidation du modèle social
européen et que nous nous dotons des moyens pour y parvenir
dans les cinq années à venir, la construction de
l’Europe sociale aura fait un pas décisif.
En conclusion, je dirai un mot
du processus d’élargissement à l’Est de l’Union
européenne. Ce processus nous paraît encore aujourd’hui
par trop dominé par une approche prioritairement tournée
vers l’économique. Nous veillerons à ce que l’agenda
social de l’adhésion ne soit pas négligé.
L’acquis social communautaire
n’est pas un outil aussi carré, aussi clair, que l’acquis
économique ou juridique. Le modèle social européen
n’est pas seulement lié au droit communautaire. Celui-ci
n’exprime qu’une partie de l’acquis en matière sociale.
Le modèle social européen, c’est avant tout un certain
équilibre entre l'économique et le social. C'est
le fait qu'un débat permanent existe entre les instances
économiques, les partenaires sociaux et les autres acteurs
sociaux.
A l’échelon du Conseil
européen, il est très difficile d’avoir des échanges
substantiels sur la question de savoir si la dynamique sociale
modifie les échanges sociaux.
Aussi, nous pensons qu’il revient
à des discussions tripartites (gouvernements/syndicats/patronats)
d’examiner ces questions. C’est pourquoi, en vue de faire progresser
le débat, la France, en partenariat avec l’Autriche, a
organisé l’année dernière un séminaire
tripartite sur la dimension sociale de l’élargissement,
qui s’est tenu à Vienne et auquel certains d’entre vous
ou certains de vos collaborateurs ont participé.
C’est pourquoi nous organisons,
avec la Hongrie, un séminaire sur les droits sociaux qui
se tiendra à Budapest le mois prochain.
C’est pourquoi, nous sommes heureux
d’être associés à l’initiative du BIT et du
gouvernement maltais qui nous réuni aujourd’hui et de pouvoir
participer aux travaux qui vont commencer dans un instant.
Je vous remercie de votre attention.
|