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Atelier Régional Tripartite sur
Les stratégies visant à s'attaquer aux conséquences du VIH/SIDA
en matière sociale et en matière de travail
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Compte rendu de l'atelier

Organisé par
Le Bureau international du Travail (BIT)
En collaboration avec
Le Programme commun coparrainé des Nations Unies sur le VIH et le SIDA
(ONUSIDA)
Windhoek, Namibie, 11 - 13 octobre 1999


Table de matières


LES CONSEQUENCES DU HIV/SIDA EN MATIERE

SOCIALE ET EN MATIERE DE TRAVAIL

Un document de référence

I. LE PROBLÈME

Le VIH/SIDA est indubitablement le problème de santé le plus redoutable et le plus déconcertant auquel se trouve confrontée l'Afrique aujourd'hui. A l'échelle mondiale, il s'agit aussi de l'une des préoccupations les plus graves de notre temps sur le plan médical et social et dans le domaine de la santé. Les chiffres provenant de l'ONUSIDA et de l'OMS dressent un sombre tableau de la situation:

Depuis que les premiers cas de VIH et de SIDA ont été déclarés il y a vingt ans environ, près de 50 millions de personnes ont été infectées.

Le Programme commun coparrainé des Nations Unies sur le VIH et le SIDA (ONUSIDA) et l'Organisation mondiale de la Santé estiment que, d'ici à fin 1998, le nombre de personnes vivant avec le VIH/SIDA atteindra 33,4 millions et le nombre de décès approximativement 2,5 millions.

Environ 95 pour cent de toutes les personnes infectées par le VIH vivent dans les pays du monde en voie de développement. Dans leur majorité, les victimes sont de jeunes adultes qui seraient à l'apogée de leurs années productives et de leur période de procréation, n'était-ce la maladie qui les frappe.

Le nombre total d'enfants vivant avec le VIH/SIDA s'élève à 1,2 million.

Dans les catégories d'âge supérieur à 15 ans, les femmes vivant avec le VIH et le SIDA représentent 43 pour cent de la totalité de la population infectée.

Il est quasiment impossible de calculer le coût réel de la pandémie. Les répercussions en sont énormes dans de nombreux domaines: elle sape les chances de survie de l'enfant, abaisse les taux d'espérance de vie, surcharge les systèmes de santé, accroît le nombre des orphelins et entraîne de substantielles pertes financières dans le monde des affaires.

En Afrique, le VIH/SIDA est probablement, à lui seul, le plus grand obstacle au progrès social et économique des pays qu'il ravage. Le SIDA n'est plus désormais seulement un problème de santé. Il constitue un problème de développement aux conséquences potentiellement redoutables. Les deux tiers au moins (22,5 millions) de la population mondiale infectée par le VIH/SIDA vivent dans cette sous-région. Des pays comme le Botswana, la Namibie, le Swaziland et le Zimbabwe font partie des pays les plus durement touchés puisque 20 à 26 pour cent de leur population dans la tranche d'âge des 15 à 49 ans vivent avec le VIH ou le SIDA. On estime que le SIDA sera la cause du décès de deux millions d'Africains cette année. Selon l'équipe consultative multidisciplinaire du BIT pour l'Afrique orientale, le SIDA aurait remplacé le paludisme comme premier facteur de mortalité en Afrique.

De surcroît, le taux de progression des nouvelles infections ne cesse d'augmenter. En 1998, chaque fois que dix nouveaux cas sont diagnostiqués, neuf le sont sur des Africains et au moins 95 pour cent de tous les enfants devenus orphelins pour cause de SIDA sont africains. Même les pays de la région sub-saharienne dont les taux d'infection étaient plus bas que ceux de leurs voisins quelques années auparavant semblent combler cet écart. L'Afrique du Sud, qui était loin derrière les autres pays du continent à cet égard, représente à présent un sur sept des nouveaux cas d'infection signalés. Au Zimbabwe, 2 seulement des 25 sites de surveillance existants procédant à des dépistages anonymes sur des prélèvements sanguins faits sur des femmes enceintes ont obtenu des taux de séropositivité inférieurs à 10 pour cent. Les taux d'infection rapportés par les 23 autres sites sont tous situés entre 20 et 50 pour cent.

II. LES RÉPERCUSSIONS DANS LE DOMAINE SOCIO-ÉCONOMIQUE

Le SIDA, le monde des affaires et l'économie

Le VIH/SIDA taille des coupes sombres dans la population active dont il diminue non seulement les rangs mais élimine les éléments les plus qualifiés. On estime, par exemple, qu'il n'y a pas moins d'un travailleur sur cinq, dans le secteur minier en Afrique du Sud, qui ne soit séropositif. Les données recueillies par l'OIT en mai 1999 sur la population active au Rwanda, en la République-Unie de Tanzanie, en Zambie et en Ouganda ont montré que 80 pour cent des personnes infectées dans ces pays étaient âgées de 20 à 49 ans. Autrement dit, le SIDA atteint et, en dernier ressort, tue la tranche de population la plus productive du secteur structuré, dont de nombreux travailleurs expérimentés et spécialisés occupent des postes de cols blancs comme de cols bleus. En Zambie, par exemple, 96,8 pour cent de tous les décès survenus dans 18 entreprises ont frappé des travailleurs âgés de 15 à 40 ans.

Entre 1984 et 1992, la mortalité a quintuplé, la morbidité liée au SIDA représentant 56 pour cent des décès dans la catégorie des ouvriers non spécialisés, 71 pour cent des ouvriers des plus faibles niveaux de spécialisation, 57 pour cent des ouvriers moyennement spécialisés et 62 pour cent des cadres de direction. Les employeurs qui considèrent leurs employés comme la richesse de leur entreprise s'inquiètent et craignent les effets que la pandémie pourrait entraîner sur leurs affaires. Le VIH/SIDA augmente le coût des échanges commerciaux tout en abaissant la productivité des travailleurs et en diminuant la demande globale de biens et de services. Il décime les rangs des cadres de direction et des ouvriers spécialisés. Il peut se révéler extrêmement difficile de retrouver des cadres de direction et des ouvriers dûment qualifiés pour remplacer ceux qui meurent ou ne peuvent plus continuer à travailler. La productivité en pâtit; cela prend du temps de trouver des remplaçants, en particulier des ouvriers qualifiés et expérimentés. D'autres coûts s'y ajoutent. A Maurice, le SIDA a entraîné une augmentation des coûts des soins médicaux, des frais d'assurance maladie, des prestations de décès, d'invalidité et de retraite. Au Zimbabwe, les primes d'assurance vie ont quadruplé en deux ans à peine en raison de la mortalité due au SIDA. D'autres pays ont aussi signalé un doublement de leurs dépenses de santé. En la République-Unie de Tanzanie et en Zambie, les grandes sociétés ont indiqué que les dépenses de santé liées au SIDA dépassaient leurs profits annuels et, au Botswana, des entreprises ont calculé que ce type de dépenses devrait passer de 1 pour cent du coût salarial à 5 pour cent en moins de six ans en raison de la rapide progression du taux des infections au fil des quelques dernières années. A l'échelle nationale, les effets pourraient être encore plus graves et, en la République-unie de Tanzanie par exemple, la Banque mondiale prévoit une chute de 15 à 20 pour cent du produit intérieur brut en raison de la situation de crise provoquée par le SIDA.

Les employeurs sont confrontés à de redoutables enjeux. Nombreux sont ceux qui craignent que le prix à payer pour s'attaquer au SIDA sur les lieux de travail soit trop élevé tandis que d'autres s'inquiètent de ne pas savoir comment aborder le problème de la meilleure façon possible. Des études ont montré que rares sont les sociétés qui aient mis en œuvre une série complète de mesures de prévention, de soins de santé et de soutien psychologique sur les lieux de travail. Une étude réalisée par l'ONUSIDA auprès de sociétés kényennes a montré que, même si la plupart des directeurs estiment que le VIH/SIDA pourrait avoir des conséquences sur leurs affaires, la moitié d'entre eux seulement a mis en place des actions d'éducation et de sensibilisation au VIH et au SIDA.

Dans le secteur non structuré qui accueille désormais, outre les ouvriers insuffisamment formés et qualifiés, nombre de demandeurs d'emploi ayant échoué ailleurs ou de travailleurs licenciés pour cause de suppression d'emploi, l'impact du SIDA est également considérable. Nombreuses sont les personnes employées dans ce secteur, notamment les femmes, qui vendent des denrées périssables comme les légumes, le poisson, les fruits et les aliments cuits et nombreuses sont celles qui, séropositives ou infectées par le SIDA, doivent abandonner leurs étals sur les marchés, entraînant ainsi la ruine de leur commerce. En cas de traitement ou en période de rémission de leur maladie, il leur est souvent difficile de reprendre leurs activités sur le marché parce qu'elles auront le plus souvent épuisé leurs économies.

Prise en compte des sexospécificités

Les femmes sont particulièrement vulnérables. Les jeunes femmes en âge de procréer, dans les tranches d'âge de 15 à 24 ans, sont deux fois plus susceptibles d'être infectées que les jeunes hommes de la même tranche d'âge. Le mode de transmission le plus courant est celui des rapports hétérosexuels. Les pratiques culturelles largement répandues qui tolèrent que les hommes aient un grand nombre de partenaires, le statut socio-économique hiérarchiquement inférieur des femmes et la plus grande efficacité du mode de transmission de l'homme à la femme rendent les femmes particulièrement vulnérables à la maladie. Les conditions de guerre sont en outre de fertiles lieux de reproduction pour le VIH et le SIDA. Les viols commis au Rwanda pendant le conflit armé qui a ravagé le pays au début de la présente décennie sont loin de représenter une part négligeable de la diffusion du virus dans cette région d'Afrique.

D'après l'Agence américaine pour le développement international (USAID), quatre femmes séropositives sur cinq dans le monde vivent en Afrique. Dans nombre d'autres pays africains où les femmes ont généralement la responsabilité des tâches ménagères et des soins à apporter aux membres de la famille, la mort d'une épouse peut mettre les autres personnes qui devront désormais assumer ces obligations dans une position difficile. Que le membre de la famille qui meurt du SIDA soit un homme ou une femme, le décès dû à cette maladie entraîne une diminution de l'épargne et de la retraite.

Répercussions du VIH/SIDA sur les enfants

Pour les enfants, le VIH/SIDA est synonyme de dur labeur et de moindre espérance de vie. Le cas du Zimbabwe illustre les effroyables probabilités de progression du nombre d'orphelins dans un pays. Plus de 25 pour cent de la population adulte du Zimbabwe est séropositive et les estimations officielles de source gouvernementale prévoient le décès pour cause de SIDA de 2 400 Zimbabwéens par semaine en deux ans. La plupart de ces décès intervenant essentiellement au sein de jeunes familles, il en résultera immanquablement qu'un grand nombre d'enfants deviendront orphelins.

Lorsqu'un enfant est soudainement propulsé chef de famille, il (ou elle) sera rapidement dans l'obligation de subvenir aux besoins vitaux de frères ou sœurs plus nécessiteux. Nombreux sont ceux qui deviennent délinquants, traînent dans les rues ou se livrent à la prostitution. Lorsque les orphelins sont des garçons, ils se tournent souvent vers les forces armées ou paramilitaires en quête de réconfort et de camaraderie. L'existence d'une telle réserve de jeunes soldats dont le réapprovisionnement est continuellement assuré contribue à favoriser la poursuite des guerres intestines qui font rage en Afrique.

Des rapports de l'ONUSIDA et de l'OMS indiquent une progression rapide des violences sexuelles commises contre les filles au Zimbabwe au fil des récentes dernières années. Une étude réalisée dans un district rural du Zimbabwe a révélé, pour ce seul district, 400 cas d'abus sexuels à l'égard d'enfants dont au moins 25 pour cent ont été commis sur des filles âgées de moins de 12 ans, 10 pour cent d'entre elles au moins étant orphelines. D'autres études ont montré que les probabilités de se livrer à la prostitution sont plus grandes pour les filles ayant subi des sévices sexuels, la prostitution constituant un facteur d'aggravation du risque de transmission de l'infection.

Discrimination, exclusion sociale et culture du silence

L'opprobre et la honte associés au VIH/SIDA pourraient en fait favoriser la propagation de la maladie et entravent de façon très réelle les actions de prévention et la prestation de soins appropriés. Dans les pays où de telles attitudes sont particulièrement ancrées dans les mœurs, les fonctionnaires du gouvernement et les citoyens ordinaires, y compris ceux qui sont le plus touchés par l'épidémie, continuent à se voiler la face, esclaves du rejet de cette maladie par leur société et de la discrimination qu'elle suscite.

La honte qu'engendre cette maladie stigmatisée par la société alimente la propagation du VIH étant donné que les personnes ayant eu des comportements à risque dans le passé hésitent à modifier ces comportements de crainte que ce changement puisse être interprété comme une façon d'avouer qu'ils sont infectés. La peur de devoir reconnaître qu'il est infecté par le VIH peut empêcher un homme marié de soulever avec sa femme la question de l'utilisation du préservatif. De même, une femme infectée qui craint la divulgation de son état pourrait être amenée à ne pas remplacer l'allaitement maternel par une alimentation de substitution afin d'éviter de transmettre le virus à son nourrisson.

L'opprobre qui s'attache au VIH touche les hommes comme les femmes. Les conséquences peuvent cependant en être plus dramatiques pour les femmes qui risquent d'être battues, voire jetées à la rue si leur état est dévoilé. Cette attitude pourrait prévaloir même dans le cas où le mari est à l'origine de l'infection de sa femme. Une femme infectée par le VIH peut être déclarée coupable de la mort de ses enfants et privée de soins.

Un grand nombre de personnes ne veulent tout simplement pas savoir si elles sont ou non séropositives même lorsque des services de soutien psychologique et des tests de dépistage leur sont proposés. Le silence peut continuer à prévaloir et les pratiques culturelles à s'imposer même lorsque les personnes infectées par le VIH sont malades et mourantes. Le SIDA étant un terme générique qui recouvre toute une série de pathologies affectant les personnes dont le système immunitaire est déficient, il se peut que les patients (et leurs soignants) choisissent de considérer leur maladie comme étant une tuberculose, des diarrhées ou une pneumonie. Dans un rapport de l'ONUSIDA et de l'OMS, un exemple pris en Afrique australe fait apparaître que, dans une étude portant sur les soins à domicile, moins d'un soignant sur dix dispensant des soins à des malades infectés par le SIDA admet que les patients sont atteints par le VIH ou le SIDA. La probabilité que les patients admettent leur infection est à peine plus élevée et plusieurs ont même déclaré aux chercheurs qu'ils n'avaient jamais dévoilé leur état à quiconque ni même à la personne qui leur dispensait des soins. Le silence qu'il s'impose est dur pour le patient mais peut l'être aussi pour le soignant, en particulier lorsque le patient est un enfant ou un adolescent.

Dans certains pays, les dirigeants ont parlé haut et fort, ouvertement et à maintes reprises du SIDA. Ils ont cherché à le démystifier en encourageant les discussions sur les rapports sexuels protégés en tous lieux, des salles de classe aux salles de réunion des conseils d'administration. Ce sont ces pays, dont l'Ouganda par exemple, qui ont le mieux réussi non seulement à juguler le rythme de progression de nouvelles infections mais aussi à assurer le bien-être des personnes qui vivent déjà avec le virus.

III. QUELQUES RÉFLEXIONS SUR LES ACTIONS QUI POURRAIENT ÊTRE ENGAGÉES A L'AVENIR

Les questions liées aux droits et à la discrimination composaient, en matière de VIH/SIDA, une grande partie des travaux réalisés par le BIT dans le passé. Il est désormais évident que la pandémie représente bien plus qu'un problème de santé ou de droit du travail. Elle touche au tissu social même des communautés et à l'avenir de l'économie. Le VIH/SIDA pourrait être lui seul le plus grand obstacle actuel au progrès économique et social en Afrique; il est donc plus juste, pour le décrire, d'employer le terme de crise de développement.

Confrontés à cette effrayante réalité, les Membres de l'OIT se sont mis en quête d'assistance. Ils ont ainsi, par exemple, sollicité l'assistance technique de l'Organisation à l'occasion de la Réunion régionale africaine de Maurice en 1994 et l'ont invitée à engager des actions visant à aider les organisations d'employeurs et de travailleurs à s'opposer à la menace que représentent les taux élevés d'incidence de l'infection dans leurs pays. Une requête similaire a été adressée lors de la dernière réunion de la Commission du travail et des affaires sociales de l'OUA qui s'est tenue à Windhoek en Namibie. La structure tripartite de l'OIT et les vastes travaux qu'elle entreprend en collaboration avec les gouvernements, les employeurs et les travailleurs en matière de politique sociale et de politiques du travail et de l'emploi placent cette organisation dans une position privilégiée pour aider les pays membres à relever ce qui constitue indubitablement un défi exceptionnellement lourd de conséquences sur le plan humanitaire. Comportant de multiples facettes, le problème du VIH/SIDA ne peut être abordé que dans un contexte multidimensionnel. Nous nous contenterons cependant de citer ici deux modes d'action particuliers: la prévention de la maladie d'une part et la protection et le bien-être de ceux qui en sont atteints d'autre part.

Combattre la discrimination

En 1988, l'OMS et l'OIT ont publié une importante déclaration sur le SIDA et le lieu de travail qui sert de référence à l'application du principe de non-discrimination à l'échelle internationale. Ce document décrit les éléments essentiels de la politique à adopter à l'égard du SIDA sur le lieu de travail dans le texte reproduit ci-après:

La démarche adoptée vis-à-vis du VIH/SIDA en ce qui concerne les lieux de travail doit tenir compte du contexte social et juridique ainsi que de la politique nationale de santé de la Stratégie mondiale de lutte contre le SIDA.

Il importe d'élaborer des politiques et des procédures cohérentes au niveau national et à l'échelon de l'entreprise au moyen de consultations entre les travailleurs, les employeurs, leurs organisations respectives et, s'il y a lieu, les organismes gouvernementaux et d'autres organisations. Il est souhaitable que de telles politiques soient élaborées et mises en œuvre avant même que les questions liées au VIH ne se posent sur le lieu de travail.

L'élaboration et la mise en œuvre d'une politique constituent un processus dynamique, et non un événement statique. C'est pourquoi les politiques relatives au VIH/SIDA sur le lieu de travail devraient:

a) être portées à la connaissance de tous les intéressés;

c) faire l'objet d'une surveillance suivie en vue d'assurer le succès de leur mise en œuvre;

d) être évaluées sous l'angle de l'efficacité.

Les principes généraux ainsi énoncés par l'OMS et l'OIT devraient constituer une base solide sur laquelle élaborer un cadre juridique approprié, des conventions collectives et des codes de bonne pratique. L'OIT pourrait et devrait mobiliser les partenaires sociaux et la société civile afin de formuler et d'appliquer cette politique et d'en assurer la plus grande diffusion possible pour qu'elle serve d'outil de sensibilisation aux juristes, conseillers (services consultatifs de soutien), médecins, travailleurs et employeurs.

Prévention et assistance

Bien que la protection des travailleurs infectés par le SIDA dans le cadre des droits de l'homme et du combat contre la discrimination qui s'exerce à leur égard reste un important objectif, il est essentiel d'axer les mesures prises pour lutter contre le VIH et le SIDA sur la prévention et l'assistance. Une politique cohérente de gestion du travail est nécessaire pour veiller à une prise en compte de tous les aspects du problème et assurer une bonne coordination de tous ces éléments. La volonté d'agir des employeurs et des travailleurs doit se transcrire dans les directives nationales multisectorielles qui seront formulées pour lutter contre le SIDA. Il est urgent de promouvoir des initiatives dans le secteur privé et d'engager des actions de formation et de sensibilisation au SIDA (prévention et soutien aux communautés) sur les lieux de travail. Une telle démarche est aussi indispensable pour le secteur public qui reste l'employeur principal de personnel salarié dans les pays en développement et ce, en vue de mettre en place les structures nécessaires à la diffusion d'un message permanent de solidarité avec les employés de ce secteur. La sensibilisation et l'engagement des responsables politiques sont d'importance vitale pour lancer des activités de cette envergure qui revêtent, de surcroît, un caractère d'urgence. Il importe d'appuyer toutes ces actions par une campagne d'information multimédia qui devrait comporter les aspects suivants :

Apport d'informations sur les faits et les mythes relatifs au VIH et au SIDA en faisant valoir qu'il s'agit d'une maladie et non d'un châtiment; promotion d'un mode de vie sain et adoption d'une attitude circonspecte à l'égard des comportements à risque.

Sensibilisation à l'adoption de rapports sexuels protégés.

Protection dans les emplois comportant des risques d'exposition à l'infection.

Prévention de l'alcoolisme et de la toxicomanie qui entraînent intoxication et comportements à risque (violence, rapports sexuels non protégés, partage de seringues contaminées):

Soutien spécifique aux groupes à haut risque tels que les travailleurs migrants et ceux du secteur des transports.

Il y a lieu également de préparer du matériel et des documents de formation et d'information pour permettre aux entreprises et aux organisations de travailleurs et

d'employeurs de conduire les actions éducatives nécessaires. Une attention particulière devrait être apportée au grand nombre de travailleurs (personnel des hôpitaux et soignant, pompiers, policiers, etc.) que leur profession met en contact avec du sang, du sperme ou des sécrétions organiques contenant du sang et place, par conséquent, dans les catégories de population risquant d'être infectées par le VIH. Des directives devraient être élaborées et systématiquement appliquées par le biais de programmes adéquats sur le lieu de travail dans le cadre d'une formation permanente.

Sécurité sociale

Le BIT a élaboré un modèle à long terme pour évaluer l'impact démographique du SIDA dans le cadre de son étude sur l'impact du SIDA sur la future distribution de la population. Ce modèle est un important outil de référence pour les actuaires qui doivent prévoir des régimes d'assurance sociale pour les pays à forte prévalence de la maladie, notamment en Afrique australe et orientale. Il sera encore perfectionné pour permettre de simuler l'impact à moyen et à long terme du SIDA sur l'offre de main-d'œuvre, l'emploi, la productivité, les taux de croissance et les seuils de pauvreté. Il servira à projeter les dépenses sociales liées à la santé, à l'éducation ou aux services sociaux et les prestations en espèces versées au titre des régimes d'assurance sociale du secteur structuré. Il permettra aussi d'établir les liens entre les dépenses sociales et le budget public en estimant les fluctuations des dépenses sociales et des recettes publiques au fil du temps. En combinant un modèle de table de mortalité due au SIDA avec un modèle de budget social, on pourra, en outre, procéder à une analyse coûts-bénéfices des campagnes d'alerte rapide menées à différents degrés d'intensité. Le modèle se fonde sur l'hypothèse que l'alerte rapide entraînera une baisse des taux d'infection, de morbidité et de mortalité, permettant ainsi d'esquiver la plupart des effets négatifs ultérieurs de l'infection sur les dépenses et recettes publiques et sur les taux de croissance économique. L'OIT est prête à collaborer à l'application de ce modèle et au partage des expériences acquises avec les pays africains.

Statistiques

Les statistiques sont un outil précieux pour mettre en place des campagnes d'information et de sensibilisation du public et élaborer des directives et des programmes permettant d'atténuer les effets nocifs de l'épidémie. Dans cette optique, le BIT engagera les actions suivantes pour aider les pays Membres et les organisations gouvernementales et non gouvernementales à recueillir les informations nécessaires pour déterminer la nature, l'ampleur et l'étendue des problèmes.

Élaboration de projections prenant en compte les effets du VIH/SIDA sur la population active pour déterminer les plus importantes pénuries potentielles de main-d'œuvre dans différentes branches d'activité.

Détermination des méthodes appropriées pour calculer les taux d'incidence spécifiques du VIH et du SIDA par profession et par branche d'activité.

Mise à disposition de données et d'analyses statistiques sur l'impact du VIH/SIDA sur l'économie de l'entreprise au niveau national, compte tenu du tableau de répartition de l'épidémie par catégories de travailleurs et par secteurs dans différentes branches d'activité ainsi que des expériences différentielles observées dans chaque catégorie.

Incorporation des caractéristiques économiques dans les instruments et mécanismes existants de collecte de données liées aux cas de VIH/SIDA, par exemple dans les sites sentinelles et centres de dépistage du virus, par le biais d'une active collaboration avec les organisations nationales, non-gouvernementales et internationales concernées.

IV. CONCLUSIONS

Il faut répéter, même si cela a déjà été dit bien des fois, que le VIH/SIDA représente probablement l'enjeu humanitaire le plus grave de notre époque, en particulier pour l'Afrique. L'épidémie ne présente aucun caractère discriminatoire; l'infection peut atteindre des personnes de tout âge, race ou sexe. Elle est inguérissable. Ses modes de transmission sont spécifiques et limités: rapports sexuels, contact avec le sang et transmission de la mère à l'enfant. En d'autres termes, l'infection est évitable: elle peut être prévenue.

On estime la population active dans le monde à environ 3 milliards de travailleurs. Ils sont tous vulnérables mais ils peuvent tous aussi devenir des agents du changement et constituer une force potentiellement énorme en se mobilisant pour défendre la cause d'une vie plus saine, plus sûre et plus longue, et d'un monde meilleur. Pour transformer ces travailleurs en force de changement, il faut les sensibiliser à la nécessité d'agir et de s'engager et leur apporter l'aide indispensable pour mettre en œuvre des activités de prévention et de protection. Pour relever le défi, l'OIT et ses États Membres doivent élaborer un programme d'action visant à la prévention du VIH/SIDA et à la protection à l'égard de cette infection. Un tel programme devrait comporter les éléments suivants: des statistiques pour définir le problème et le rendre plus visible pour faciliter la prise des mesures nécessaires pour le juguler; une campagne d'information et d'éducation multimédia et une assistance directe aux entreprises et aux communautés pour stimuler et appuyer leur action à tous les niveaux; la promotion des valeurs morales de justice et d'équité pour tous, englobant les personnes les plus démunies, vulnérables et malades; un système de sécurité juridique et social pouvant assurer une protection juridique réelle suffisante aux victimes et à la société dans son ensemble.

Bibliographie

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Young, A.S.: Some Statistical Issues, Social and Labour Implication of HIV/AIDS in Africa, Bureau of Statistics, ILO, 1999.

 

 

A N N E X

Rapport de l'atelier régional tripartite

I. LE CONTEXTE

L'atelier régional tripartite pour l'Afrique sur les stratégies visant à s'attaquer aux conséquences du VIH/SIDA en matière sociale et en matière de travail s'est tenu à Windhoek (Namibie) du 11 au 13 octobre 1999. Le Bureau international du Travail (BIT) et le Programme commun des Nations Unies sur le VIH et le SIDA (ONUSIDA) ont coparrainé cette réunion organisée pour répondre à la demande des membres de la Commission du travail et des affaires sociales de l'OUA lors de leur session de Windhoek en avril 1999 invitant le BIT à prendre une part plus active à la lutte engagée contre le VIH/SIDA en Afrique.

Cinquante-quatre représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs en provenance de 20 pays africains ont participé à l'atelier ainsi que des observateurs d'organismes bailleurs d'aide, d'institutions scientifiques et d'organisations internationales et régionales impliqués dans la lutte contre le VIH/SIDA: la liste des participants et observateurs figure à la fin de ce rapport.

Outre la réalisation de ses objectifs consistant à inviter les participants à échanger leurs points de vue, discuter de leurs expériences et promouvoir la prise de mesures de lutte contre le VIH/SIDA dans le monde du travail (qui servirait aussi d'intermédiaire pour élargir cette action), les organisateurs attendaient aussi de l'atelier qu'il débouche sur l'élaboration d'une plate-forme d'action pour l'Afrique pouvant éventuellement être adoptée par la Neuvième Réunion régionale africaine qui aura lieu en décembre 1999 à Abidjan (Côte d'Ivoire).

Cet atelier est aussi la première étape d'une série d'activités qui seront organisées à l'échelle nationale et régionale en collaboration avec le BIT, d'autres organisations internationales concernées et des organismes bailleurs d'aide.

Il s'est déroulé suivant un programme réparti entre séances plénières avec présentation d'exposés suivis de discussions et séances de travail en groupe. Un document de référence intitulé Conséquences du VIH/SIDA dans le domaine social et en matière de travail, qui a été distribué aux participants lors de l'atelier, fait partie du présent rapport.

II. CÉRÉMONIE D'OUVERTURE

M. Walter Kemba, vice-ministre du Travail de la Namibie, préside la cérémonie d'ouverture. Il souligne l'importance de l'atelier non seulement pour la Namibie mais aussi pour l'Afrique tout entière étant donné l'étendue des ravages causés par le VIH/SIDA sur le continent africain. L'opportunité de l'intervention du BIT se trouve ainsi renforcée. M. Kemba souhaite la bienvenue en Namibie aux participants en les encourageant vivement à travailler dur afin que leurs débats aboutissent à la formulation de solutions en fin de réunion.

Mme Mary Chinery-Hesse, Directrice exécutive du Secteur de la protection sociale du BIT, souhaite également la bienvenue aux participants et parle longuement de l'étendue, de l'ampleur et des conséquences de la pandémie ainsi que du nécessaire engagement des élus pour combattre les ravages causés par ce fléau et ses conséquences dans le monde du travail. Elle met l'accent sur les questions qui relèvent plus spécifiquement du BIT et peuvent donc faciliter l'intervention de cette organisation: la discrimination exercée en matière d'emploi contre les personnes infectées par le VIH/SIDA; l'impact de la maladie sur le travail des enfants; ses répercussions sur la qualité du travail et sur la productivité, et les effets négatifs sur la croissance des petites entreprises et le secteur non structuré; les différences de l'impact du SIDA sur les hommes et sur les femmes; les relations avec la migration et les conséquences néfastes sur la sécurité sociale, par exemple les incidences sur les dépenses publiques et les services sociaux.

Elle précise que le BIT est disposé à contribuer au ralentissement de l'expansion du VIH/SIDA en lançant toute une série d'interventions. Il pourrait s'agir notamment de sensibiliser les employeurs et de les encourager à faire de la lutte contre le VIH/SIDA une priorité au sein de leur entreprise, de renforcer le sentiment de responsabilité collective chez les travailleurs en leur proposant un programme d'éducation spécifique, ainsi que de sensibiliser les gouvernements aux incidences sur les efforts de développement économique. Les débats devraient permettre d'aider le BIT à formuler une conception cohérente et intégrée qui ferait vraiment bouger les choses et à élaborer une plate-forme d'action réaliste qui jette les fondements d'une coopération. Elle conclut par ces mots: "mettons à profit les services du BIT et les valeurs prônées par cette organisation telles que le tripartisme, l'égalité et la justice sociale, pour fabriquer un "vaccin social" réellement efficace pendant que le monde attend la création d'un vaccin par les chercheurs pour le prémunir contre le VIH et le SIDA".

Le représentant des travailleurs, M. M. Besha, membre de l'Organisation de l'unité syndicale africaine (OUSA), fait observer que cet atelier aurait déjà dû avoir lieu depuis longtemps et que, si le OIT a certes pris des initiatives, l'OUSA avait aussi été très active en organisant de nombreux ateliers, en entreprenant maints travaux de recherche et études et en assurant la formation de formateurs et de syndicalistes sur les lieux de travail. Il note la progression alarmante des conséquences du VIH/SIDA sur les lieux de travail et se demande si l'OIT s'est réellement engagée de front dans la lutte contre une maladie aussi fatale. Il espère que cet atelier aboutira à la formulation de stratégies efficaces incluant la participation des travailleurs et de leurs représentants.

Le représentant des employeurs, M. R. Iacona, de la Fédération éthiopienne des employeurs, se joint aux travailleurs pour appuyer l'importance qu'il convient d'accorder à cet atelier en relevant l'impossibilité, pour les employeurs, de lutter seuls contre le VIH/SIDA dans le monde du travail. L'action engagée doit être l'œuvre de tous les partenaires sociaux. Il espère que les débats aideront à formuler des stratégies qui ne portent pas seulement sur la prévention mais protègent aussi les personnes déjà infectées.

Le représentant du Programme commun coparrainé des Nations Unies sur le VIH et le SIDA (ONUSIDA), M. As Sy, directeur du Programme sous-régional pour l'Afrique australe, rappelle que les sociétés ont été en butte tout au long de leur histoire à de terribles épidémies et à maintes autres catastrophes naturelles. Il y a toujours mobilisation des individus, des familles, des communautés et des nations pour trouver une parade à ces fléaux. C'est ce type de mobilisation dont l'humanité a besoin actuellement pour lutter contre le VIH et le SIDA. La pandémie menaçant de plus en plus les gains socio-économiques et les progrès réalisés dans le domaine de la santé en Afrique, les institutions de la famille des Nations Unies ont reconnu la nécessité d'en traiter les multiples aspects en créant l'ONUSIDA et en chargeant cet organisme de coordonner toutes les mesures prises en leur sein pour lutter contre ce fléau. L'action de l'ONUSIDA doit être menée en partenariat avec tous les participants présents à cet atelier, et M. Sy conclut en espérant que des stratégies pourront être élaborées et mises en œuvre à l'échelle nationale, sous-régionale, régionale et internationale.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Dr. L. Amathila, prononce l'allocution d'ouverture au nom de S.E. M. Sam Nujoma, président de la République de Namibie. Rappelant la progression alarmante du VIH et du SIDA en Afrique, il observe que la population active et le rendement économique global du continent africain sont particulièrement atteints par ce fléau. Lors de la réunion d'avril 1999 de la Commission du travail et des affaires sociales de l'OUA, le président avait mis en garde l'assemblée en relevant que l'Afrique n'accordait pas une importance suffisante au VIH et au SIDA. M. Amathila remercie le BIT et les participants qui, avec la tenue de cet atelier, donnent précisément suite à cet avertissement en accordant toute l'attention prioritaire qu'elle mérite à la lutte contre ce fléau. Les participants à l'atelier doivent donner leur avis sur des stratégies intégrées visant à l'échange d'informations et sur les épisodes réussis du combat mené contre la pandémie. Un code de conduite sur le VIH/SIDA et l'emploi avait été élaboré par la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (SADC) et la Namibie, quant à elle, a adopté un code sur le VIH/SIDA et l'emploi en 1998. Il y a lieu de noter que la mise en œuvre de ce code a été suivie d'effets parfois négatifs et parfois positifs. D'autres pays ont peut-être fait de semblables expériences et il est donc judicieux de tirer mutuellement parti, au cours des débats, d'enseignements faites ailleurs. Un autre thème pouvant faire l'objet de discussions consiste à se demander dans quelle mesure on peut, sur un plan médical et aussi à d'autres égards, attribuer au VIH/SIDA un caractère de maladie à déclaration obligatoire.

A l'occasion de la motion de remerciements, M. E.K. Andoh, Directeur du bureau de zone du BIT à Pretoria, remercie notamment tous les participants qui ont pris le temps de venir assister à l'atelier ainsi que le ministre, M. Amathila, et tous les dignitaires qui ont honoré cette séance d'ouverture de leur présence et de leurs allocutions ou présentations. Il est convaincu que les participants sauront faire face pendant les débats aux enjeux signalés par les orateurs, qui ne doivent pas craindre que ces défis ne soient pas relevés avec toute l'importance qu'ils méritent.

III. ÉLECTION DU BUREAU

Les personnes dont les noms suivent ont été élues comme membres du bureau:

Président: M. C. Schletwein (Namibie)

Vice-président (Travailleurs): M. F. Abena Fouda (Cameroun)

Vice-président (Employeurs): Dr. J.P. Murphy (Afrique du Sud)

Rapporteur: M. Solomon Tatah (Cameroun)

Le président et les vice-présidents prononcent de brèves allocutions pour remercier les participants de la confiance qu'ils leur témoignent en les élisant à ces postes et les inviter à échanger leurs expériences et à formuler des propositions afin de mettre en œuvre des stratégies concrètes en matière de VIH/SIDA, essentiellement dans une optique de prévention et de lutte contre cette maladie.

IV. COMBATTRE LA "CULTURE DU REFUS"

Première séance plénière:

La pandémie et de bonnes conditions de travail

Le Dr. B.Alli (département de la protection du travail, BIT) examine l'impact du VIH/SIDA sur le monde du travail. Il souligne que les femmes sont plus particulièrement touchées car, outre leur vulnérabilité à l'infection, elles supportent aussi la plus lourde part du fardeau qui consiste à soigner les malades. M. Alli montre que le VIH/SIDA a également un impact négatif sur l'objectif de l'OIT qui vise à promouvoir de bonnes conditions de travail pour tous en assurant aux travailleurs la défense de leurs droits, des revenus suffisants, une protection sociale et l'accès à des possibilités égales d'activités rémunératrices. Il y a lieu de noter que les personnes vivant avec le VIH/SIDA sont souvent victimes de discrimination sur les lieux de travail et de vexations sous divers prétextes, y compris celui du licenciement pour cause de suppression d'emploi.

De telles attitudes n'ont pas seulement un impact négatif sur la qualité du travail mais aussi sur les maigres ressources publiques utilisées pour tenter de remédier à cette situation au détriment d'autres programmes et services sociaux. D'autres domaines importants touchés par le VIH/SIDA sont ceux de la productivité, de la protection sociale et de la sécurité sociale. Dr. Alli relève que la structure tripartite de l'OIT lui confère un avantage par rapport à d'autres organisations pour engager le dialogue social et que c'est là son véritable créneau d'action spécifique.

Il convient d'examiner quatre thèmes d'importance primordiale, notamment pour les personnes vivant avec le SIDA: la sécurité (sur le plan social et économique), la participation de tous, le revenu et la solidarité.

L'importance de la pandémie en Afrique et ses effets sur le monde du travail

M. Sy (ONUSIDA) commence son exposé en présentant des statistiques qui mettent en évidence la gravité de ce fléau en Afrique. Il relève d'emblée que l'Afrique, qui ne représente que 10 pour cent de la population mondiale, abritait, fin 1998, 70 pour cent (22,5 millions sur un total de 33,4 millions) des personnes infectées par le VIH/SIDA dans le monde, la comparaison avec les chiffres pour l'Amérique latine (1,4 millions) et le Sud-Est asiatique (6,7 millions) se révélant être au très grand désavantage du continent africain. L'infection due au VIH/SIDA est associée à un très fort déclin de l'espérance de vie à la naissance, ce qui érode d'autant les améliorations obtenues suite aux efforts considérables déployés dans ce domaine. Citant des données statistiques recueillies pour le Botswana et le Malawi, l'orateur relève que l'espérance de vie à la naissance est tombée de 60 à 50 ans dans le premier pays et de 40 à 35 ans dans le second. Les taux d'infection diffèrent aussi très sensiblement d'un pays à l'autre et varient d'une région à l'autre d'un même pays.

Il note que le mode de transmission est connu et passe par la voie de rapports hétérosexuels, par celle de la transfusion sanguine et par une transmission de la mère à l'enfant. Alors que le nombre d'infections est en régression ailleurs, il est en augmentation en Afrique. L'impact socio-économique très fortement négatif est attribuable à ce que la tranche d'âge (les 20 à 49 ans) touchée par le fléau correspond à la plus productive de la population. S'il est indispensable de mieux connaître les facteurs qui favorisent l'expansion de la pandémie, il est d'importance critique de promouvoir un réel changement des comportements sur les lieux de travail. L'ostracisme et la discrimination conduisent l'individu qui en est victime au refus de la réalité, attitude qui fait tache d'huile à l'échelon collectif et entraîne une progression de l'infection.

M. Sy précise que certains groupes sont plus vulnérables que d'autres. C'est notamment le cas de la main-d'œuvre immigrée en Afrique australe. Cette vulnérabilité n'est pas due à la migration en soi mais au mode de vie des immigrés (des hommes célibataires), à leur culture et à leurs besoins. Les populations migrantes parcourent de grandes distances sur des routes semées d'embûches avant d'arriver dans les zones d'extraction minière de l'Afrique australe. En outre, leur travail dans les mines les expose à de nouveaux risques qui expliquent sans doute pourquoi leur conception du risque peut différer de celle d'autres catégories sociales.

La pauvreté est un autre indicateur important de la vulnérabilité de certains groupes à l'infection par le VIH/SIDA. Parmi les catégories les plus démunies de la population, ceux qui ont davantage de moyens sont plus vulnérables que les autres, les plus pauvres n'étant pas nécessairement les plus exposés au VIH/SIDA. Il est donc essentiel de mieux comprendre en profondeur l'épidémie et les facteurs structurels qui l'alimentent pour riposter de façon appropriée. Les interventions nécessaires doivent être mises en place à différents niveaux (comportement personnel et individuel, personnes vivant avec le VIH/SIDA, actions menées sur les lieux de travail et à l'échelle nationale). Il est d'importance critique de mobiliser différents secteurs afin d'élargir le champ d'application de la riposte et d'aider les individus et les communautés afin d'atténuer les effets de la maladie sur les individus, les familles et la société. Plutôt qu'une attitude fondée sur le mépris, l'esprit de tolérance et d'ouverture est toujours apparu comme plus favorable à la mise en pratique (en Ouganda et en Zambie, par exemple) de ripostes plus efficaces dans les communautés et à l'échelle nationale. Enfin, il est essentiel que les hommes et les femmes créent des partenariats et unissent leurs efforts, dans l'échange d'informations et le partage des ressources.

Table ronde (première séance):

Impact du VIH/SIDA sur la population active, sur l'entreprise et l'économie en Afrique

Animée par M. K. Andoh, Directeur du bureau de zone du BIT à Pretoria, la séance est essentiellement consacrée à l'étude de l'impact de la pandémie sur les facteurs socio-économiques relatifs aux individus, aux entreprises et aux gouvernements.

Le Dr. D. Ogaram (gouvernement de l'Ouganda) déclare qu'il convient d'accorder une attention particulière au lieu de travail dans le cadre de cette étude puisque les employés y passent 8 à 10 heures par jour et que s'y déroulent toutes les interactions sociales importantes dans le contexte du VIH/SIDA. En conséquence, il importe d'y mettre en place des installations, du matériel de prévention et des services de soutien adéquats. Il faut en étendre le bénéfice aux travailleurs de tous les niveaux hiérarchiques en incluant les cadres de direction. Tous les employés d'une entreprise participent aux interactions sociales et sont donc exposés au VIH/SIDA dont ils partagent les risques. Le Dr. Ogaram s'est servi de l'équation suivante

risque = constante X aléa (hasard) X exposition

pour démontrer que la seule façon réaliste d'atténuer les risques d'infection par le VIH/SIDA consiste à limiter le risque d'exposition à la maladie. Il propose d'intégrer dans toute stratégie applicable sur le lieu de travail des aspects multisectoriels et pluridisciplinaires et d'y associer une démarche fondée sur la participation qui tienne compte de tous les intérêts légitimes. Il confirme que cette stratégie a réussi comme l'avait démontré l'expérience réalisée en Ouganda.

M. J.P. Murphy (Business South Africa - BSA) décrit les programmes mis en œuvre sur les lieux de travail en matière de SIDA en précisant que de grandes organisations comme Eskom, Anglo American Barlows et SAB ont institué des programmes de prévention du SIDA dans les décennies 1980 et 1990. Il donne ensuite un aperçu des caractéristiques des programmes ayant obtenu les meilleurs résultats qui peuvent se résumer comme suit: le SIDA est considéré comme une question de stratégie commerciale; il y a engagement de la direction; les syndicats et leurs représentants s'intéressent et participent aux actions menées; un plan stratégique a été élaboré. Il relève encore que ces programmes incluent aussi des actions de prévention et d'aide aux personnes infectées par le VIH/SIDA pour leur permettre de mieux supporter leur maladie. Les programmes de prévention et leurs différents volets (information et éducation, distribution de préservatifs et approche par syndrome des MST) sont étendus aux familles et aux communautés de travailleurs.

Mme Steele (South Africa Workers) énumère en détail les activités du mouvement des travailleurs en matière de VIH/SIDA. Elle signale que les trois principales fédérations de travailleurs, le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU), le Conseil national des syndicats (NACTU) et la Fédération des syndicats d'Afrique du Sud (FEDUSA) ont élaboré un projet de document d'orientation commun sur le lieu de travail. L'objectif de ce document, dont les directives doivent être adoptées sur tous les lieux de travail en octobre 2000, est de faire baisser le nombre de nouvelles infections chez les employés et leurs familles et de garantir le respect des droits des employés infectés par le VIH. Le document vise aussi bien les employeurs que les employés. En outre, le gouvernement, les travailleurs, le monde des affaires, les femmes et les jeunes se sont ligués pour lutter contre le VIH/SIDA et la région compte un certain nombre de réussites parmi les projets mis en place pour lutter contre ce fléau dans les mines, les transports et les établissements industriels. La crainte de la révélation d'une infection par le VIH/SIDA dans un milieu non préparé et le besoin de décentralisation des programmes de lutte contre le VIH/SIDA au niveau local font partie des préoccupations le plus souvent exprimées.

Mme Odiambo (Women fighting AIDS in Kenya - WOFAK) parle de l'impact du VIH/SIDA sur les femmes à leur lieu de travail, en particulier sous la forme de réactions psychologiques comme la colère, la dépression, la peur de l'inconnu, la panique, la culpabilité, le fatalisme, l'égarement et, parfois, l'apparition de tendances suicidaires après une période d'extrême tension. Tous ces comportements ont une influence néfaste sur la productivité et Mme Odiambo informe les participants que son organisation vient de lancer un programme d'intervention ciblant les femmes au travail infectées par le VIH/SIDA. Assurant un soutien psychologique sous forme de services de consultation et d'information, ce programme aide les femmes à assumer leur condition et à continuer d'être productives. Le suivi des femmes vivant avec le VIH sur le lieu de travail montre que celles qui ont bénéficié d'un soutien psychologique assument mieux leur situation sur leur lieu de travail comme dans leurs familles. L'action engagée par la WOFAK s'est donc révélée précieuse dans le cas de ce type de manifestations psychologiques qu'on avait l'habitude de négliger mais pour lesquelles il est nécessaire de mettre en place des programmes appropriés sur le lieu de travail.

M. Young (bureau des statistiques du BIT) présente des données statistiques relatives au VIH/SIDA. Il précise que les statistiques existantes se rapportent essentiellement à la démographie et à la santé et que les statistiques sur les caractéristiques économiques des individus infectés par le VIH/SIDA proviennent pour la plupart d'études de cas, d'informations anecdotiques, d'éléments probants indirects et d'une étude logique du réseau de relations. Ce deuxième type de statistiques est pourtant indispensable tant dans l'optique des objectifs à long terme pour diminuer l'incidence du VIH/SIDA que dans celle du court ou moyen terme pour élaborer des stratégies de parade qui permettent d'en atténuer les effets négatifs sur les individus et leurs familles, les employeurs et leurs salariés, les gouvernements et leurs administrés (les citoyens). Illustrant son propos par un exemple pris dans un pays africain, l'orateur montre qu'il est possible de faire une analyse de l'impact du VIH/SIDA sur les projections futures de la population active et les fluctuations des écarts entre les coûts salariaux.

Il est indispensable d'élaborer des taux d'incidence du VIH/SIDA qui soient spécifiques par activité et par emploi en se servant de méthodes appropriées pour pouvoir prendre des mesures compensatoires dans le domaine de la formation, de la politique salariale, etc. M. Young précise que, à moyen ou à long terme, ce type de données peut être plus facilement obtenu en puisant dans les enquêtes spécialisées réalisées auprès des ménages et des entreprises sur les caractéristiques de la population active, dans les enquêtes sur l'état des différents membres de la famille vis-à-vis du VIH/SIDA ou encore dans celles qui portent sur les caractéristiques économiques des entreprises familiales. A court terme cependant, il est possible d'incorporer les caractéristiques économiques dans les outils et mécanismes existants de collecte de données relatives aux cas de VIH/SIDA, par exemple dans les sites sentinelles et les centres de dépistage du VIH, en collaborant à cet effet avec les organisations internationales et non-gouvernementales concernées.

M. Pierre Plamondon (département de la sécurité sociale du BIT) présente le modèle BIT à long terme sur le VIH/SIDA et la sécurité sociale élaboré pour évaluer l'impact du SIDA sur la démographie. Cet outil est important pour les actuaires qui préparent des programmes d'assurance sociale pour des pays à forte prévalence de SIDA, notamment en Afrique de l'Est et en Afrique australe. Dès qu'il sera définitivement mis au point, ce modèle permettra de faire des projections pour diverses dépenses sociales comme la santé, l'éducation et les services sociaux ainsi que pour les indemnités en espèces versées au titre des programmes de couverture sociale du secteur structuré. Il sera ensuite possible d'établir des relations entre les dépenses sociales et le budget de l'État en évaluant les futures fluctuations des dépenses sociales et des recettes publiques.

En outre, le fait de combiner un modèle de table de mortalité due au SIDA avec un modèle de budget pour les dépenses sociales devrait permettre de procéder à l'analyse des coûts et bénéfices des différents degrés d'intensité de futures campagnes de prévention précoce. De telles campagnes permettraient de diminuer les taux d'infection, de morbidité et de mortalité et d'éviter ainsi une grande partie des effets négatifs qu'entraîne la maladie sur les dépenses publiques, le budget de l'Etat et la croissance économique.

Au cours de la séance de questions et commentaires suivant ces exposés, d'aucuns émettent l'opinion que les effets négatifs du SIDA sont encore renforcés par ceux des programmes d'ajustement structurel qui ont accru le chômage en raison de licenciements pour cause de suppression d'emploi, de pertes de revenus, de la fragilisation des familles, de l'affaiblissement des syndicats et de leur pouvoir de négociation collective. D'autres s'inquiètent de la difficulté qu'il y a à concilier exigence de confidentialité d'une part, et nécessité pour les employeurs, d'autre part, d'aider les travailleurs infectés ayant de nombreuses personnes à charge dont ils constituent la principale source de revenu. Il est suggéré de mener des actions visant à combattre le tabou entourant les maladies sexuellement transmissibles. On déplore que les femmes aient à supporter plus que leur part du fardeau puisqu'il leur échoit de soigner les membres de leur famille qui souvent abandonnent leur emploi, ce qui a des répercussions défavorables sur la production alimentaire. S'agissant du thème de la confidentialité qui fait l'objet d'un débat particulier, une suggestion est formulée en vue de mettre en place un mécanisme d'information automatique du conjoint, ce qui permettrait de limiter le nombre d'orphelins en puissance. D'autres questions sont aussi évoquées: l'ostracisme frappant cette maladie, la mise en place d'un test de dépistage avant l'emploi ainsi que l'incidence d'une formation spécifiquement destinée aux employés infectés. Le SIDA devrait faire partie intégrante de la politique de l'entreprise sans oublier la nécessaire inclusion de services-conseil, toute tentative achoppant néanmoins sur le refus de la prise en compte de la réalité et la question de la confidentialité. Une aide spécifique du BIT est demandée à cet égard. On souligne l'importance et la pérennité des programmes volontaires bénévoles comme celui du Zimbabwe Farmers Union (Syndicat des fermiers du Zimbabwe) avant de terminer en relevant le difficile rôle du conseiller, au sein de l'entreprise, qui doit nécessairement tenir compte de l'exigence de confidentialité.

Le modérateur, M. George Ruigu (équipe multidisciplinaire du BIT pour l'Afrique orientale), résume les débats en se fondant sur les conclusions d'une étude intitulée The impact of HIV/AIDS on the productive labour force in Africa (1994) (Les répercussions du VIH/SIDA sur la population active productive en Afrique (1994)) portant sur le Rwanda, la République-Unie de Tanzanie, l'Ouganda et la Zambie. L'étude porte sur l'impact du VIH/SIDA dans les secteurs structuré et non structuré, dans les plantations (sur les travailleurs) et dans les établissements de formation. Au nombre des effets négatifs, il y a lieu de citer notamment une perte de productivité, l'érosion des compétences, l'augmentation des coûts de formation et des dépenses de santé publique et la ruine des petites et micro-entreprises. A l'échelle nationale, le VIH/SIDA aggrave encore le faible rendement des économies africaines dans lesquelles des programmes d'ajustement structurel ont été mis en œuvre. Au niveau de l'entreprise, le licenciement des travailleurs tend à atténuer les effets négatifs du VIH/SIDA en permettant de puiser dans une réserve de main-d'œuvre pour remplacer les travailleurs qui meurent du SIDA, en particulier dans les catégories de travailleurs les moins spécialisés. Dans le secteur agricole, le remplacement de cultures vivrières de faible valeur économique par des cultures de rapport à forte valeur a eu des répercussions défavorables sur les économies nationales. Les réserves en travailleurs agricoles s'épuisent en raison d'une moindre disponibilité des femmes de plus en plus occupées à soigner les malades tandis que la mortalité due au SIDA entraîne une augmentation du travail des enfants dont les parents décèdent.

Pour conclure, le modérateur relève que le BIT doit poursuivre ses travaux sur les répercussions du VIH/SIDA sur l'emploi et accorder une attention croissante à cette étude. Étant donné que nombre d'activités pouvant aider à combattre le fléau ne relèvent pas de son mandat, l'OIT devrait établir des relations institutionnelles avec l'ONUSIDA et d'autres programmes existants grâce à la constitution de réseaux et d'échange d'information entre les divers pays.

IV. COMBATTRE LE VIH/SIDA DANS LE MONDE DU TRAVAIL POUR PROTÉGER LA VIE HUMAINE ET PROMOUVOIR LA SÉCURITÉ DANS LE DOMAINE SOCIO-ECONOMIQUE

Table ronde (deuxième séance):

Analyse des stratégies nationales et régionales mises en place pour combattre le VIH/SIDA dans le monde du travail

Le thème central de cette séance de travail animée par M. Assefa Bequele (Directeur du Secteur de la protection du travail du BIT) porte sur les stratégies et actions à adopter et sur les enseignements tirés de la lutte engagée contre le VIH/SIDA dans le monde du travail, notamment:

1) actions concrètes qui ont été engagées et enseignements qui en ont été tirés;

2) perspectives futures d'action pour les organisations intéressées.

Mme Hodges (équipe multidisciplinaire du BIT pour l'Afrique australe) présente les études réalisées par le BIT sur le VIH/SIDA dans le monde du travail et articulées autour des notions de connaissance, de service et de sensibilisation. Dans le domaine de la recherche et de la diffusion des connaissances, le BIT a entrepris des études spécifiques sur l'impact du VIH/SIDA sur l'emploi dans quatre pays de l'Afrique de l'Est, publié divers manuels expliquant la maladie, engagé des consultants pour conduire des recherches (qui ont fait l'objet d'une publication dans un recueil en un volume) sur les cadres juridiques et les politiques générales des entreprises et organisé des réunions de façon intermittente tout au long de la dernière décennie. Dans le domaine des services, le BIT a élaboré un modèle permettant de calculer le coût du VIH/SIDA sur le plan de la sécurité sociale pour aider les gouvernements à évaluer les stratégies actuelles de lutte contre ce fléau. Il y a lieu de mentionner également l'existence de projets visant à favoriser la création d'activités rémunératrices pour les personnes infectées vivant avec le SIDA et l'aide apportée à la Communauté pour le développement de l'Afrique australe (SADC) dans le cadre de l'adoption et de la mise en œuvre du code de bonne pratique sur le VIH/SIDA et l'emploi. Dans le domaine des campagnes de sensibilisation et de défense des droits, le BIT a pris une part active aux travaux des équipes nationales du plan-cadre des Nations Unies pour l'aide au développement (UNDAF).

M. As Sy (ONUSIDA) observe que l'ONUSIDA travaille, dans chaque pays, avec les personnes vivant avec le VIH/SIDA et collabore avec les parties intéressées (notamment les entreprises, les groupes de travailleurs régulièrement constitués, les ONG, etc.) en finançant la mise en place d'activités novatrices visant à combattre le VIH/SIDA. Une autre tâche consiste à identifier les meilleures pratiques adoptées dans le monde du travail.

Le Dr. Roland Msiska, conseiller technique principal du projet régional du PNUD sur le VIH/SIDA, signale que les participants à ce projet collabore avec des organisations œuvrant dans le domaine de la prévention du VIH/SIDA. L'accent est mis sur le secteur privé, en particulier le secteur non structuré et les petites entreprises qui ont été reconnus comme étant marginalisés dans les activités de lutte contre le VIH/SIDA. Il espère pouvoir coopérer avec le BIT dans ce secteur à l'avenir.

La représentante de l'Initiative spéciale pour l'Afrique à l'échelle du système (UNSIA), Mme Zemenay Lakew, relève que l'UNSIA constitue un arrangement unique en son genre du point de vue de la compilation et du regroupement des priorités décidées pour l'Afrique dans le cadre et sous la direction d'institutions créées, par exemple, aux termes des Accords de Bretton Woods. Le travail en commun est facilité par la création d'une synergie des efforts déployés par les différentes institutions qui coordonnent leurs activités à tous les stades, de la formulation des programmes à la mise en œuvre des stratégies, au suivi et au compte rendu (rapports d'activités). A l'échelle nationale, l'UNSIA collabore avec l'équipe des Nations Unies et pourrait donc aider l'ONUSIDA en permettant une expansion des activités menées par cette organisation et en favorisant l'intégration du VIH/SIDA dans d'autres programmes relatifs à l'éducation et à la gestion des affaires publiques. Suite à la décision de la première Réunion régionale de coordination des Nations Unies, qui a eu lieu à Nairobi en mars 1999, l'UNSIA pourrait aussi faciliter la coordination des travaux réalisés à l'échelle sous-régionale et régionale.

La représentante de la Banque africaine de développement (BAD), Mme Alice Hamer, souligne que la banque travaille en liaison étroite avec les gouvernements africains. Depuis 1990, la BAD a octroyé des crédits à 12 pays d'Afrique pour financer les activités de lutte contre le VIH/SIDA dans le cadre de projets de santé publique de plus grande portée. Les domaines concernés sont ceux de l'achat de médicaments, de la formation de personnel de santé, de l'information, de l'éducation et de la communication dans le domaine de la prévention du VIH/SIDA, de la transfusion sanguine réalisée dans de bonnes conditions de sécurité et du renforcement institutionnel des programmes nationaux de lutte contre le VIH/SIDA. Plus récemment, la banque a tenté d'intégrer les projets sur le VIH/SIDA dans d'autres projets dont elle assure le financement et qui concernent les transports, l'éducation et l'octroi de crédits aux micro-entreprises. La BAD est tout à fait favorable à la constitution de partenariats avec les institutions des Nations Unies pour lutter contre le VIH/SIDA.

Mme Renée Saunders qui représente le centre de lutte contre les maladies (CDC) et le bureau de la Maison Blanche chargé de la politique nationale en matière de SIDA (The White House Office of National AIDS policy) se réfère à un certain nombre d'activités entreprises en collaboration avec le monde des affaires et les organisations de travailleurs pour lutter contre le VIH/SIDA sur le lieu de travail. En Afrique, les CDC ont établi des liens de coopération avec les trois grandes fédérations de travailleurs en Afrique du Sud, COSATU, NACTU et FEDUSA. Grâce à un financement octroyé par USAID, il a été possible d'assurer une formation et une éducation en matière de lutte contre le VIH/SIDA aux responsables, à tous les niveaux, de ces trois grands syndicats de travailleurs et de les aider à mettre en œuvre une politique de lutte contre le VIH/SIDA sur le lieu de travail. Outre un soutien technique, le bureau procure aussi des subventions aux syndicats pour les aider à mettre en œuvre des programmes de lutte contre ce fléau. Quatorze pays africains sont concernés par la récente initiative qui vient d'être lancée par le Président des États-Unis d'Amérique pour tenter d'intensifier la lutte contre la pandémie avec les priorités suivantes: prévention, assistance pour les orphelins du VIH/SIDA, soins à domicile (au sein des familles et des communautés), renforcement des institutions et surveillance.

Lors de la séance de commentaires et questions qui suit ces exposés, certains participants déclarent qu'ils préféreraient que les effets des interventions des organisations régionales et internationales donnent des résultats tangibles et qu'ils craignent que la démarche institutionnelle consistant à organiser des réunions et des colloques ne produise pas non plus d'effets suffisants sur le terrain.

Dans la réponse, il est précisé que de tels échanges d'information sont indispensables à la coordination des actions menées par les différentes organisations concernées dans l'optique d'une vision à moyen terme. En conclusion, il est cependant apparu qu'il importe d'assurer un meilleur suivi des activités engagées.

Les actions menées dans le secteur non structuré et dans les petites entreprises sont reconnues comme grevées de difficultés que ne connaissent pas les grandes entreprises en raison de leur nature et de leur environnement qui sont intrinsèquement différents.

Dans son résumé des débats, Mme R. Vejs-Laursen (département de la création d'emplois et du développement de l'entreprise, BIT) souligne qu'il ne faut jamais oublier la nature complexe du problème. L'impact du VIH/SIDA ne se manifeste en effet pas seulement au niveau de l'individu, de la famille, de la communauté et de la société mais comporte aussi une tout autre dimension avec des données chiffrables et d'autres qui ne le sont pas. Au nombre des enseignements tirés à ce jour, elle relève les suivants:

Un grand nombre d'activités ont été mises en œuvre dans le secteur structuré; autrement dit, le terrain est déjà défriché et nous ne partons pas de rien.

Le problème est de nature complexe et pluridisciplinaire. La réponse aussi doit avoir un caractère pluridisciplinaire.

Le code de la Commission du travail et des affaires sociales de l'OUA constitue un important document de référence dans le cadre d'une réforme de la législation du travail et des "meilleures pratiques" à adopter ainsi que pour la façon d'aborder les questions liées à la discrimination sur les lieux de travail.

Il est essentiel de constituer des partenariats et de former des alliances stratégiques entre les différents ministères, les institutions des Nations Unies, d'autres organisations et la société civile.

Un certain nombre d'organisations sont très actives et disposées à poursuivre l'étude de cette question dont toutes les organisations sans exception reconnaissent le caractère prioritaire.

Il est nécessaire de bien cibler son domaine d'intervention, d'être réaliste et de faire néanmoins preuve de patience, comme en porte témoignage l'expérience menée par les Etats-Unis d'Amérique.

Certaines activités ciblant la sensibilisation ont été bien menées; le moment est venu d'agir et d'axer les efforts, au niveau des entreprises, sur la protection et les soins aux personnes infectées.

Pour renforcer les perspectives d'avenir dans le cadre des actions envisageables, il est nécessaire de:

traiter le problème dans le secteur non structuré ainsi que dans les petites et micro-entreprises qui offrent la plus grande partie des emplois, élargissant ainsi la portée des actions menées jusqu'ici dans les grandes entreprises;

recueillir et distribuer à l'échelle régionale tous les documents relatifs aux bonnes pratiques et poursuivre en l'intensifiant le bon travail déjà accompli;

poursuivre et intensifier les efforts visant à intégrer la lutte contre le VIH/SIDA à toutes les autres actions engagées, cette réflexion valant pour tous les acteurs et partenaires;

préparer des plans stratégiques nationaux et de mobilisation des ressources pour garantir une action ciblée et cohérente;

mettre à profit la présence de toutes les institutions en un lieu donné pour aboutir à des résultats concrets;

coordonner et intégrer ces actions pour les fondre en un objectif commun.

Deuxième séance plénière:

Présentation des expériences nationales

Douze exposés sont présentés dont 4 par les gouvernements, 4 par les organisations d'employeurs et 4 par les organisations de travailleurs.

Ces exposés font apparaître qu'il existe des structures nationales de prévention et de lutte contre le VIH/SIDA au sein desquelles s'engagent des actions de sensibilisation à la prise en compte de l'épidémie. L'impact du VIH/SIDA sur le lieu de travail devient progressivement le centre d'intérêt primordial de ces structures, ce qui peut être attribué à l'active participation des partenaires sociaux dans la lutte contre le VIH/SIDA.

Au niveau national, les organisations de travailleurs et d'employeurs se lancent dans de nombreuses activités dans les domaines de l'information et de la sensibilisation, de la formulation et de la mise en œuvre de directives relatives à la prise en compte du VIH/SIDA sur le lieu de travail, de la distribution de préservatifs sur les lieux de travail, etc.

Bien que les partenaires sociaux aient pris conscience de la nécessité de dépasser le stade de la sensibilisation au VIH/SIDA des personnes dont ils ont la charge, ils ne disposent en suffisance ni des fonds ni des spécialistes qui leur permettraient d'élargir leur champ d'activité. Toutes les actions menées à ce jour ont pu l'être grâce au financement de bailleurs d'aide. L'absence d'une législation visant à protéger les travailleurs infectés par le VIH/SIDA constitue l'autre grand obstacle et, dans le cas où une telle législation existe, elle n'est pas mise en application comme il convient. Le VIH/SIDA est une question si complexe qu'elle ne peut être traitée qu'en concertation, les partenaires sociaux devant l'aborder de façon intégrée au lieu de mettre en œuvre des activités ponctuelles séparément comme le font actuellement les organisations de travailleurs et d'employeurs.

Dans leur lutte contre le VIH/SIDA, les partenaires sociaux se sont contentés d'intervenir dans le secteur structuré de la population active en dépit du fait que le secteur urbain non structuré et le secteur rural regroupent ensemble la majorité des travailleurs. Compte tenu des contraintes financières des organisations de travailleurs et d'employeurs, il est difficile de tabler sur la pérennité à long ou à moyen terme des activités que ces deux groupes peuvent mettre en œuvre pour lutter contre le VIH/SIDA. L'aide du BIT est vivement requise pour contribuer au financement d'actions d'éducation et, surtout, appuyer par une assistance technique les efforts d'intégration du VIH/SIDA à l'ensemble des activités menées par les organisations de travailleurs et d'employeurs.

Une demande spécifique est présentée pour obtenir le concours du BIT en vue de concevoir des régimes d'assurance maladie qui visent les travailleurs du secteur structuré comme ceux du secteur non structuré et les aident à faire face à leurs dépenses médicales. Au nombre des autres questions soulevées figurent le renforcement des capacités des partenaires sociaux afin de leur permettre de traiter les questions liées au VIH/SIDA sur le lieu de travail par le biais de négociations collectives, ainsi que la promulgation et la mise en vigueur d'une législation visant à protéger les travailleurs infectés par le VIH/SIDA.

La volonté politique et l'engagement des pouvoirs publics dans les activités de prévention du VIH et du SIDA ont aussi été mentionnés comme essentiels à la réussite des initiatives lancées en la matière par les organisations concernées telles que les organisations de travailleurs et d'employeurs.

Table ronde (Troisième séance):

Politiques nationales de lutte contre le VIH/SIDA sur le lieu de travail compte tenu des sexospécificités

Animateur de cette troisième séance de table ronde, M. Touré (Directeur régional adjoint, bureau regional, BIT Abidjan) relève la nécessité de préciser le concept de "vaccin social" requis pour s'attaquer aux conséquences du SIDA. Il ajoute qu'il ne suffit pas qu'un tel vaccin soit disponible mais qu'il faut aussi le rendre accessible à tous. Il attire l'attention des participants sur la vulnérabilité particulière des femmes avant de donner la parole aux deux présentatrices.

Mme Mendoza (ONUSIDA, Genève) décrit cinq tendances principales liées à la prise en compte des sexospécificités et résume pour les participants les dix enseignements ci-après que l'ONUSIDA tire de tous les travaux qu'il a déjà menés:

1. Les normes sociales en vigueur créent un écart sur le plan social, économique et culturel entre les hommes et les femmes.

2. La prise de risques et la vulnérabilité existent à tous les niveaux.

3. Un changement des rôles traditionnellement attribués aux hommes et aux femmes et une transformation des normes et des structures sociales sont nécessaires.

4. Il faut mettre en place un corps d'observateurs du contexte social et de la société civile.

5. Toute intervention doit tenir compte du contexte relationnel des personnes ciblées.

6. Les interventions sont plus efficaces lorsqu'elles sont précédées de cours d'information et d'éducation sur les infections.

7. Il faut scolariser les filles.

8. Il faut promouvoir un changement d'attitudes et de perceptions chez les hommes.

9. Les interventions sur le lieu de travail doivent tenir compte des spécificités des hommes et des femmes.

10. Il faut doter des moyens nécessaires pour les rendre autonomes ceux qui sont socialement, culturellement, politiquement et économiquement démunis.

La deuxième présentatrice, Mme Amhri Makhetha (bureau de zone du BIT, Pretoria) fait valoir d'emblée que les hommes et les femmes sont vulnérables à l'épidémie mais que ces dernières le sont tout particulièrement et que c'est la raison de la prise en compte des sexospécificités. Après avoir fait référence au mandat de l'OIT, elle souligne le besoin de stratégies à court, à moyen et à long terme ainsi que celui d'inclure les questions liées au SIDA dans les programmes techniques. Elle formule ensuite quelques idées et recommandations sur la façon dont le BIT doit introduire cet élément dans ses divers programmes de renforcement des capacités.

A la suite de ces exposés, les participants formulent des commentaires sur ce que pourrait être le contenu spécifique de directives visant à prendre en compte les

sexospécificités. La nécessité de faire pleinement participer les femmes aux processus de prise de décisions est particulièrement soulignée. Un participant observe qu'au vu des conditions économiques prévalant actuellement dans certains pays, les conventions et normes internationales en matière de travail sont trop coûteuses à mettre en œuvre. Une préoccupation généralement exprimée par les intervenants concerne les moyens permettant de mieux accéder au secteur non structuré de l'économie et aux entreprises des zones rurales.

VI. TRAVAUX EN GROUPE: ELABORATION D'UN PROJET

DE PLATE-FORME D'ACTION

Quatre groupes de travail axent leurs discussions sur les conséquences du VIH/SIDA dans le domaine social et en matière de travail, les réponses et stratégies d'action qu'il est possible de mettre en œuvre, les rôles respectifs des gouvernements, des employeurs et des travailleurs et l'aide que les participants attendent du BIT pour lutter contre la pandémie. Les travaux menés au sein des groupes débouchent sur la rédaction d'un projet de plate-forme d'action.

VII. DISCUSSION ET ADOPTION D'UN PROJET

DE PLATE-FORME D'ACTION ET RAPPORT DE LA RÉUNION

Après avoir fait l'objet de discussions approfondies, le project de plate-forme d'action est adoptée telle qu'amendée par les participants. Les participants adoptent aussi le rapport de la réunion avec les amendements dont il est convenu qu'ils seront apportés par écrit et incorporés ultérieurement.

VIII. CÉRÉMONIE DE CLÔTURE

Dans ses conclusions, le Dr. F. Fall, représentante des organisations d'employeurs participant à l'atelier, se félicite de l'atmosphère cordiale dans laquelle les débats se sont déroulés tout au long de la réunion. L'adoption d'un projet de plate-forme d'action n'est que le début de la lutte contre une épidémie qui menace les économies déjà fragiles des nations africaines et la productivité de leurs entreprises. A leur retour dans leurs pays respectifs, les participants doivent porter les conclusions de l'atelier à l'attention de leurs organisations membres et poursuivre dans la voie du renforcement du dialogue tripartite entamé lors de cette réunion. Elle remercie S.E. M. le Président Sam Nujoma, de l'intérêt qu'il ne cesse de marquer pour la prévention du VIH et du SIDA ainsi que le peuple de Namibie de l'accueil chaleureux réservé aux participants à cet atelier. Mme Fall adresse aussi les remerciements des organisations d'employeurs à l'OIT qui a parrainé la tenue de cet atelier et espère que les recommandations formulées dans la plate-forme d'action seront promptement mises en œuvre.

Mme M. Makoffu, représentante des organisations de travailleurs participant à l'atelier, souligne l'importance du projet de plate-forme d'action pour guider les travaux de toutes les parties prenantes à la lutte contre le VIH et le SIDA. Elle relève que le lieu de travail est l'endroit le plus approprié d'où mener la lutte contre la pandémie qui doit être combattue à tous les niveaux, par chacun et par tous, grâce à la constitution de partenariats et d'alliances. La plate-forme d'action doit maintenant se traduire par des actes et les participants doivent prendre des mesures concrètes à cet égard dès leur retour chez eux. Mme Makoffu remercie l'OIT de l'intérêt qu'elle ne cesse de porter à la satisfaction des besoins des travailleurs du continent africain comme elle vient de le montrer encore en coparrainant cet atelier avec l'ONUSIDA.

Le Dr. Sy, représentant de l'ONUSIDA, exhorte les participants à s'engager dans la voie d'un réel partenariat et d'une véritable collaboration pour "passer de la crainte et du désespoir à l'espoir, du refus de la réalité à l'ouverture, de l'ostracisme et de la discrimination à la compassion, de l'exclusion à l'insertion (ne plus parler d'eux et de nous mais de NOUS ensemble.") Il réaffirme l'engagement pris par l'ONUSIDA d'œuvrer avec l'OIT en vue de lutter contre la pandémie en mettant en œuvre, dans le monde du travail, les nécessaires activités pour atteindre cet objectif. Il remercie aussi toutes les personnes présentes du dur labeur qu'elles ont fourni pendant l'atelier.

La Directrice exécutive du Secteur de la protection sociale du BIT, Mme Chinery-Hesse, exprime sa gratitude au ministre du Travail, M. A. Toivo Ya Toivo, qui honore cette cérémonie de sa présence et prononcera la clôture des travaux de l'atelier. Elle se félicite de l'esprit dans lequel les participants ont mené leurs discussions, témoignant ainsi de leur solidarité pour une seule et même cause: éradiquer le VIH et le SIDA de l'Afrique. Une telle solidarité témoigne bien, selon elle, de la gravité du problème et de l'urgence que chacun attache à sa solution. Mme Chinery-Hesse remercie les participants ainsi que tous ceux qui n'ont pas ménagé leurs efforts en contribuant à l'organisation de l'atelier et au bon déroulement de ses travaux. Elle termine en exprimant sa reconnaissance au Président, S.E. M. Sam Nujoma, et au peuple de Namibie qui ont accepté d'être les hôtes de cette réunion et ont si chaleureusement accueilli les participants dans leur pays.

Le ministre du Travail, M. Andima Toivo Ya Toivo, rappelle les préoccupations qui sont celles de tous les pays africains quant à la menace que représente la pandémie pour le continent. Ce ne sont pas seulement les catégories de la population les plus productives et les mieux dotées en compétences et qualifications qui disparaissent mais aussi des enfants innocents et sans défense qui meurent ou deviennent orphelins. Il espère que les travaux articulés autour du partage et de l'échange d'expériences acquises en matière de lutte contre la pandémie ont permis de déboucher sur des propositions et des actions concrètes. Il réaffirme que la mise en œuvre de ces stratégies est en tout premier lieu du ressort des gouvernements et de leurs partenaires sociaux. En remerciant le BIT des efforts entrepris, le ministre précise qu'il appartient aux Etats Membres d'informer l'Organisation de l'aide qu'ils souhaitent qu'elle leur accorde et de veiller à une bonne utilisation de cette aide. Il se félicite du concours apporté par l'ONUSIDA et le PNUD et invite tous les participants à appliquer les conclusions formulées par l'atelier dès leur retour dans leurs pays respectifs. A l'issue de son allocution, le ministre déclare que l'atelier tripartite régional est officiellement clos.

 

Projet de plate-forme d'action sur le VIH et le SIDA dans le contexte du monde du travail en Afrique

I. PRÉAMBULE

Le SIDA menace chaque homme, chaque femme et chaque enfant vivant en Afrique aujourd'hui. La pandémie représente, pour le monde du travail ainsi que sur le plan social, le plus grave enjeu humanitaire de notre temps. Depuis leur apparition, il y a vingt ans, l'Afrique ne cesse de payer un tribut catastrophique au VIH et au SIDA qui déciment sa population, lacèrent le tissu social de ses sociétés et menacent ses économies nationales. Dans son sillage, cette pathologie débilitante débouche sur une mortalité à vaste échelle qui s'exerce sans discrimination, provoque la chute de la qualité comme de l'espérance de vie, met en danger les gains économiques et sociaux durement acquis par les pays africains et, en dernière analyse, l'avenir même du continent.

Le SIDA devient rapidement le plus grand péril qui à lui seul pèse plus lourdement que tout autre sur le progrès économique et social en Afrique aujourd'hui. Le coût réel de la pandémie est quasiment incalculable. Son impact est aggravé par les pratiques culturelles et par un contexte économique, politique et social caractérisé par une base économique fragile, un très fort taux de chômage et une extrême pauvreté; sur toutes ces caractéristiques viennent se greffer les effets négatifs des programmes d'ajustement structurel qui contribuent encore davantage à saper les capacités de concurrence potentielles de l'Afrique sur les marchés mondiaux.

La pandémie s'est manifestée dans le monde du travail (qui fait partie des domaines relevant du mandat de l'OIT) sous les formes suivantes: discrimination en matière d'emploi, exclusion sociale des personnes vivant avec le VIH et le SIDA, aggravation de l'inégalité entre les sexes, augmentation du nombre d'orphelins du SIDA et des enfants au travail. Ses effets se sont étendus aux rendements du secteur non structuré et des petites et moyennes entreprises qui ont été bouleversés, à la productivité en général qui s'est affaiblie, aux ressources humaines qui dépérissent, aux systèmes de sécurité sociale qui sont remis en cause et à la sécurité et à la santé au travail, notamment chez certains groupes à haut risque comme les travailleurs migrants et leurs communautés, le personnel des services de santé et les travailleurs du secteur des transports.

Il est clair que le SIDA n'est plus seulement un problème de santé. Il provoque une véritable crise du développement avec des conséquences potentiellement redoutables pour l'Afrique et le monde. Malgré l'urgence, une attitude faite à la fois de silence, de crainte et de refus de la réalité continue à prévaloir et interdit toute action efficace. L'opprobre et la peur engendrés par le SIDA alimentent la discrimination, la persécution et l'ignorance. Et pourtant il est possible de lutter contre la propagation du SIDA par des actions de prévention. En opposant au SIDA une stratégie de parade multidimensionnelle, on peut en enrayer la propagation et protéger ceux qui vivent avec cette maladie et ses effets. En l'absence de traitement curatif, il faut donc fabriquer un "vaccin social" composé d'éléments comme l'insertion du malade dans la société, la sécurité des revenus et de l'emploi, la sécurité sociale et la solidarité.

En quête de prise de conscience, d'action et d'engagement, les participants de 20 pays africains, réunis à Windhoek du 11 au 13 octobre 1999 en délégations tripartites, adoptent la plate-forme d'action ci-après pour s'attaquer à cette situation de crise sur les lieux de travail et dans les communautés ainsi qu'à l'échelle nationale, régionale et internationale.

Les participants invitent tous les gouvernements africains à déclarer catastrophe nationale le VIH/SIDA et à souligner le caractère d'extrême urgence d'une situation requérant une attention immédiate et une mobilisation de toutes les ressources.

II. VALEURS COMMUNES

Les participants sont convenus de regrouper les principes généraux ci-après en un texte visant à guider la formulation des futurs programmes et directives qui seront mis en place:

1. Tripartisme, alliances avec la société civile, les ONG et d'autres parties prenantes.

2. Justice sociale et compassion à l'égard des personnes vivant avec le VIH et le SIDA.

3. Sentiment de responsabilité partagée par tous les acteurs.

4. Bonne direction, transparence et rapports rendant compte des résultats.

5. Constitution de partenariats entre organisations internationales et institutions nationales pour bénéficier d'une complémentarité qui se fonde sur leurs avantages comparés respectifs.

III. OBJECTIFS

Les participants sont convenus que, en attendant la f