Travail forcé

Bien que le travail forcé soit universellement condamné, selon les estimations de l’OIT, 20.9 millions de personnes en sont victimes à travers le monde. Parmi ces victimes, 18.7 millions (soit 90%) sont exploités dans l’économie privée, par des particuliers ou des entreprises privées; les 2.2 millions restant (10%) sont concernés par des formes de travail forcé imposées par l’Etat. Parmi les personnes exploitées par les particuliers et les entreprises privées, 4.5 millions (soit 22%) sont victimes d’exploitation sexuelle et 14.2 millions (68%) sont victimes de travail forcé. Dans l’économie privée, le travail forcé génère 150 milliards de dollars de profits illégaux par an: deux tiers du total (soit 99 milliards de dollars) proviennent de l’exploitation sexuelle à des fins commerciales, tandis que les 51 autres milliards résultent de la traite à des fins d’exploitation économique, notamment dans le travail domestique, l’agriculture et d’autres activités économiques. (Note 1)

L’esclavage traditionnel perdure dans certaines régions d’Afrique, tandis que le travail forcé sous la forme de systèmes de recrutement coercitifs existe dans de nombreux pays d’Amérique latine, dans certaines régions des Caraïbes et dans d’autres parties du monde. Dans de nombreux pays, les employés de maison sont piégés dans des situations de travail forcé, et ils sont souvent retenus au domicile de leur employeur par la menace ou la violence. La servitude pour dette subsiste en Asie du Sud, où des millions d’hommes, de femmes et d’enfants sont enchaînés à leur travail par un cercle vicieux d’endettement. En Europe et en Amérique du Nord, de plus en plus de femmes et d’enfants sont victimes de trafiquants qui les vendent à des réseaux de prostitution forcée ou à des ateliers clandestins. Enfin, le travail forcé reste un moyen de punir les personnes qui ont osé exprimer leurs opinions politiques.

Pour beaucoup de gouvernements, l’élimination du travail forcé reste l’un des grands défis du XXIème siècle. Le travail forcé est non seulement une violation grave d’un droit de l’homme fondamental mais il est aussi l’une des principales causes de la pauvreté et compromet le développement économique. Les normes de l’OIT sur le travail forcé, associées à une assistance technique bien ciblée, constituent les principaux outils internationaux pour lutter contre ce fléau.

Sélection d'instruments pertinents de l'OIT

  • Convention (n° 29) sur le travail forcé, 1930 - [ratifications]
    Cette convention fondamentale interdit toute forme de travail forcé ou obligatoire qu'elle définit ainsi: "Tout travail ou service exigé d'un individu sous la menace d'une peine quelconque et pour lequel ledit individu ne s'est pas offert de plein gré". Des exceptions sont prévues pour un travail exigé dans le cadre du service militaire obligatoire, faisant partie des obligations civiques normales ou résultant d'une condamnation prononcée par une décision judiciaire (à la condition que ce travail ou service soit exécuté sous la surveillance et le contrôle des autorités publiques et que l'individu ne soit pas engagé par des particuliers, compagnies ou personnes morales privées ou mis à leur disposition), dans les cas de force majeure ou pour de petits travaux de village exécutés dans l'intérêt direct de la collectivité par les membres de celle-ci. La convention précise également que le fait d'exiger illégalement un travail forcé ou obligatoire doit être passible de sanctions pénales et demande aux États qui ont ratifié la convention de faire en sorte que les sanctions pertinentes prévues par la loi soient appropriées et strictement appliquées.
  • Convention (n° 105) sur l'abolition du travail forcé, 1957 - [ratifications]
    Cette convention fondamentale interdit le travail forcé ou obligatoire en tant que mesure de coercition ou d'éducation politique ou en tant que sanction à l'égard de personnes qui ont ou expriment certaines opinions politiques ou manifestent leur opposition idéologique à l'ordre politique, social ou économique établi; en tant que méthode de mobilisation et d'utilisation de la main-d'œuvre à des fins de développement économique; en tant que mesure de discipline du travail; en tant que punition pour avoir participé à des grèves; et en tant que mesure de discrimination raciale, sociale, nationale ou religieuse.

    En outre, dans la convention (n° 182) sur les pires formes de travail des enfants, 1999, le travail forcé ou obligatoire est considéré comme l'une des pires formes de travail des enfants.
  • Protocole de 2014 relatif à la convention sur le travail forcé, 1930 et Recommandation (n  203) sur le travail forcé (mesures complémentaires), 2014
    Le nouveau protocole sur le travail forcé est un instrument juridique contraignant qui vise à faire avancer la prévention, la protection et les mesures d’indemnisation, ainsi qu’à redoubler d’efforts pour éliminer toutes les formes de travail forcé.
  • Autres instruments pertinents

Autres informations

Evènements

Note 1 - ILO global estimates of forced labour: results and methodology (Special Action Programme to Combat Forced Labour), Geneva, 2012