Le renouveau des coopératives en Ethiopie

Comme l'illustre le présent reportage, il n'y a pas que des histoires tragiques à raconter à propos de l'Ethiopie. En dépit d'une économie ruinée par quatorze ans de régime communiste et malgré le discrédit jeté sur les valeurs du mouvement coopératif, l'OIT est parvenue à jouer un rôle moteur dans la renaissance des coopératives dans le pays. Sam Mshiu décrit la situation à Addis-Abeba, où l'OIT a récemment installé son bureau régional pour l'Afrique.

ADDIS-ABEBA, Ethiopie - L'Union des coopératives de café d'Oromia exporte sa production vers l'Union européenne (UE), les Etats-Unis et l'Australie. La coopérative éthiopienne a su négocier des accords commerciaux équilibrés avec des revendeurs implantés dans certains pays de l'UE et a par ailleurs ouvert des brûleries de café au Royaume-Uni et en Allemagne. En tant que ferme défenseur d'un café produit de l'agriculture biologique, production qui bénéficie d'une demande et de prix de vente plus élevés, l'Union coopérative développe également l'écotourisme dans les régions où l'on trouve les plantations de caféiers.

Les Unions coopératives de Haromaya et de Meki-Bantu exportent des légumes frais vers l'UE. L'Union coopérative des agriculteurs d'Ambo exporte des graines oléagineuses vers les Etats-Unis. Mais alors, comment tout cela est-il possible dans un pays qui renaît de ses cendres après une longue guerre civile?

Une économie affaiblie, l'insécurité alimentaire, des populations déplacées et des sans-abri, des soldats démobilisés et un chômage endémique, tels étaient les principaux traits caractéristiques de la situation en Ethiopie lorsque le Service des coopératives de l'OIT s'est rendu sur place en novembre 1993 afin d'y appliquer ses programmes de valorisation des ressources humaines et de réforme des coopératives.

Le mouvement coopératif continuait de souffrir des blessures du passé. On estimait que les coopératives étaient des institutions communistes et qu'elles n'avaient pas leur place au sein d'une économie de marché. Leurs membres avaient perdu la foi en l'idée collective, une idée discréditée par l'action de l'ancien gouvernement.

C'est pourquoi l'OIT a d'abord dû infléchir la perception du mouvement coopératif. Des voyages d'études ont été organisés dans les pays alentours afin de présenter aux dirigeants de coopératives éthiopiennes le fonctionnement de ces structures dans le cadre de l'économie de marché. A l'issue de ces voyages, des programmes de formation de formateurs et de dirigeants de coopérative ainsi que des programmes de renforcement des capacités de direction ont été mis en œuvre. Ciblant le public le plus large possible, ils venaient s'ajouter à une éducation et une formation de portée plus générale à destination des membres actuels ou potentiels de coopératives, plus particulièrement les femmes et les enfants.

Renaissance du mouvement coopératif

Grâce à ces efforts, le pays a connu une sorte de renaissance du mouvement coopératif au cours de la seconde moitié des années quatre-vingt-dix. Fin 1996, la perception du mouvement coopératif avait radicalement changé - la population, particulièrement les membres des coopératives, devenant de plus en plus consciente du rôle que pouvaient jouer de telles institutions dans l'amélioration de leurs conditions de vie.

Jusque-là moribondes, les coopératives ont alors ressuscité tandis que de nouvelles entités étaient créées à travers tout le pays. Dans les zones rurales, les coopératives devenaient ainsi de puissants leviers de développement local, facilitant l'accès de leurs membres à l'outillage agricole et valorisant les produits fabriqués par les agriculteurs, grâce au perfectionnement des processus de fabrication et des techniques commerciales.

De nouvelles formes de coopératives ont été créées afin de répondre aux besoins particuliers des agriculteurs, supprimant ainsi le recours à des intermédiaires. Des coopératives de logement, de consommateurs, de travailleurs de l'industrie et d'artisans ont vu le jour en milieu urbain, tandis que des coopératives d'épargne, de crédit et de service social se développaient tant dans les villes qu'en milieu rural.

A cet égard, la Commission fédérale des coopératives (FCC), institution gouvernementale chargée de promouvoir les coopératives dans le pays, a joué un rôle de premier plan.

Oromia : Histoire d'une réussite

Les principales avancées du mouvement coopératif sont intervenues dans l'Etat régional de Oromia, où l'OIT a déployé ses plus larges efforts. Cette région, la plus vaste et la plus peuplée des neufs Etats régionaux que compte le pays, est à l'avant-garde du renouveau des coopératives en Ethiopie.

Les institutions coopératives implantées à l'échelon local se sont organisées en unions coopératives pour fournir à leurs adhérents des services courants et réaliser des économies d'échelle. Certaines des trente-quatre unions coopératives, notamment l'Union coopérative des producteurs de café d'Oromia ainsi que d'autres institutions citées précédemment, sont devenues parties prenantes des échanges internationaux.

Les membres d'unions de producteurs, dont le nombre s'accroît, bénéficient des profits engendrés par le regroupement des coopératives et peuvent ainsi améliorer leurs conditions de vie et réduire la pauvreté. Récemment créée dans la région, la banque coopérative d'Oromia répond désormais aux besoins financiers croissants des adhérents. Depuis 2004, la banque a ouvert sept agences florissantes en divers endroits de la région, sur la base de fonds collectés uniquement auprès des membres de la coopérative.

En janvier 2001, l'OIT a reçu un prix remis par le gouvernement de l'Etat régional d'Oromia pour toute l'aide apportée par l'organisation aux coopératives de la région entre 1994 et 2000. "L'attitude des gouvernements vis-à-vis des coopératives, tant au plan national, régional que local, est un élément clé de leur réussite. Ils doivent soutenir les efforts déployés par les coopératives et créer un environnement propice à l'organisation de leurs membres", déclare Jürgen Schwettmann, chef du Service des coopératives de l'OIT.

  
   Echelon national   


   Echelon régional (Etat d'Oromia)   

   Coopératives enregistrées    14 423    2 720
   Nombre d'adhérents    4 513 718    1 453 018
   Capital    40 millions de dollars    15 millions de dollars
   Nombre d'unions coopératives (sociétés secondaires)       104    34
   Nombre de banques coopératives    8    8
   Nombre d'institutions de formation liées aux coopératives    5    3

Rôle des coopératives dans la réalisation des OMD

En Ethiopie, les coopératives jouent un rôle moteur dans la réduction de la pauvreté et participent à la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement en favorisant:

  • un meilleur accès de leurs membres à des services à des prix hautement compétitifs, l'augmentation de leur revenu résultant de la suppression des intermédiaires et de la réduction des coûts de production;
  • l'amélioration des méthodes de production au moyen d'activités éducatives et de formation pour les membres des coopératives, l'augmentation du revenu des agriculteurs, le renforcement de la sécurité nutritive et alimentaire grâce à des rendements plus élevés;
  • la redistribution aux membres des bénéfices tirés d'une gestion efficace des affaires, ce qui permet d'accroître encore leurs revenus et de réduire la pauvreté;
  • la prestation de services éducatifs et de formation au bénéfice des membres afin de promouvoir l'esprit d'entreprise et les pratiques de gestion transparentes/participatives;
  • la création de nouveaux emplois et le maintien de l'emploi existant en milieu urbain et rural.

Comment l'approche coopérative de l'OIT permet d'aider les populations autochtones en Indonésie



Le nouveau projet de l'OIT intitulé "Renforcer la sécurité des personnes et combattre la pauvreté chez les peuples autochtones de Papouasie" répond aux besoins des personnes les plus pauvres et les plus vulnérables de la province, les communautés autochtones. Financé à hauteur de 1,5 million de dollars par le gouvernement du Japon, le nouveau projet sera mis en œuvre en Papouasie dans le cadre d'une étroite collaboration avec le ministère d'Etat pour le Développement rapide de l'Indonésie orientale et d'autres organisations locales.

L'accès au crédit, la formation professionnelle, le conseil en marketing figurent parmi les composantes du projet ayant pour objectif de permettre aux petites entreprises et aux coopératives de promouvoir l'emploi indépendant parmi les pauvres. Cette stratégie a été expérimentée par l'OIT-INDISCO auprès des populations autochtones d'autres pays et sera adaptée à la situation locale en Papouasie pendant toute la durée du programme.

Le projet, partie intégrante du Programme du BIT en faveur du travail décent en Indonésie, entend multiplier les chances de chacun d'obtenir un emploi décent et productif. Prenant notamment pour cible les femmes et les jeunes filles autochtones, le projet aidera prioritairement les populations autochtones, les migrants ainsi que les organismes officiels de la province à combattre contre la pauvreté et la discrimination dans l'emploi et l'éducation.

En outre, le projet fournira aux communautés autochtones des instruments et des méthodes adaptées à leur culture pour permettre le renforcement de leurs capacités en vue de créer des possibilités d'emplois décents, des revenus durables et des activités génératrices de revenus. Il entend également faciliter le dialogue entre les communautés autochtones, la population migrante et le gouvernement local et contribuer ainsi à l'amélioration de la situation des personnes.