Une jeune esthéticienne timoraise prend une longueur d’avance

Eugenia de Jesus Cardoso tient avec succès un salon de beauté à Maliana, sa ville natale au Timor-Leste. Elle a acquis les compétences techniques et entrepreneuriales dont elle avait besoin grâce à un programme de formation dispensé par le gouvernement est-timorais et par le Programme sur l’emploi des jeunes (PEJ) de l’OIT. Récit de Matt Crook pour le Bureau de liaison de l’OIT au Timor-Leste.


DILI, Timor-Leste – Quand Eugenia de Jesus Cardoso, âgée de 20 ans, a obtenu son diplôme de fin d’études secondaires, elle avait deux problèmes. Premièrement, elle n’avait pas les moyens d’aller à l’université et, deuxièmement, elle savait que trouver du travail dans sa ville natale de Maliana n’allait pas être facile.

«J’avais des compétences et j’ai essayé de postuler à des emplois auprès du gouvernement ou des ONG, mais leurs critères de sélection étaient très sévères. Je n’avais pas les qualifications requises pour ces emplois», dit-elle.

«Bon nombre de mes amis ne pouvaient ni poursuivre leurs études ni trouver de travail. Certains sont partis pour la capitale, Dili, à la recherche d’un emploi dans les supermarchés ou pour nettoyer les bureaux de l’administration et des ONG.»

Mlle Cardoso était sur le point d’abandonner quand elle a entendu parler d’un programme gouvernemental qui recherchait, à travers tout le pays, des jeunes gens prêts à se rendre à Dili pour y recevoir une formation en vue de gérer leur propre petite entreprise.

La jeune diplômée a posé sa candidature et a été l’une des 12 jeunes sélectionnés pour participer à cette initiative. Son but était d’ouvrir un salon de beauté dans sa ville natale. Les trois mois suivants comprenaient une formation à la gestion des petites entreprises, aux techniques d’esthétique et de coiffure.

La formation faisait partie de l’initiative JOIN (Jovem Iha Serbisu) mise en place par le secrétariat d’Etat pour la Formation professionnelle et l’Emploi du Timor-Leste (SEFOPE), en collaboration avec le Programme sur l’emploi des jeunes (PEJ) de l’OIT.

Rejoignez le monde de l’entreprise

«JOIN peut aider les jeunes gens à créer leur entreprise, comme un salon de beauté», explique Jose Maria da Costa Soares, Directeur de la Direction nationale pour l’emploi au SEFOPE. «Nous avons constaté qu’il y avait une forte demande de coiffeurs dans les districts, nous avons donc demandé aux personnes intéressées de s’inscrire pour la formation. Maintenant, ils ont leurs propres salons dans diverses régions.»

Après la formation, le SEFOPE a aidé Mlle Cardoso à monter son salon. Les miroirs, les fauteuils, les ciseaux et même les lavabos ont été fournis par le SEFOPE. Une fois que tout son équipement a été installé et qu’une couche fraîche de peinture a été posée sur les murs, il ne lui manquait plus que des clients.

Le salon de Mlle Cardoso est situé dans une petite pièce attenante au kiosque familial où la population locale vient acheter des boissons et des en-cas, ce qui permet d’attirer plus facilement la clientèle. Ses frères et sœurs et d’autres parents ont également diffusé la nouvelle. Avant peu, l’ouverture du salon était connue et un flot incessant de clients en franchissait le seuil.

«Le projet de salon a été une vraie réussite», constate Susan Slattery, ambassadrice australienne de la jeunesse pour le développement et qui travaille pour le SEFOPE. «Ici à Maliana, nous avons eu plus de 20 candidats. Nous avons juste affiché une publicité un peu partout en ville. Les postulants remplissaient un dossier et fournissaient un CV et Mlle Cardoso a été retenue comme la meilleure candidate.»

Le Programme PEJ de l’OIT et son assistance technique au SEFOPE sont actuellement financés par un accord de partenariat entre le gouvernement australien et l’OIT. Le Programme a été rendu possible par le Fonds pour l’emploi et la formation professionnelle du gouvernement est-timorais qui a financé diverses activités communautaires.

L’OIT et le SEFOPE travaillent en étroite collaboration depuis 2008, quand un programme PEJ de 11,3 millions de dollars E.-U. a été lancé pour cinq ans avec le soutien d’AusAid, le programme de coopération du gouvernement australien. Le programme fortifie la communauté en dispensant une formation de compétences entrepreneuriales tout en renforçant les capacités de l’administration nationale et des autres institutions.

Des débouchés pour les jeunes

«Avant d’apporter notre appui à nos clients, surtout des jeunes, nous identifions d’abord les idées d’entreprise potentielles. Puis nous invitons les communautés à soumettre des candidatures. Les postulants sont interviewés et les propositions élaborées avec l’aide des formateurs», explique Alexandrina Verdial de S. Gama, chef du Département de promotion des travailleurs indépendants au SEFOPE.

«JOIN offre des débouchés aux jeunes du Timor-Leste où le chômage est élevé. De nombreux jeunes ne poursuivent pas leurs études au-delà du secondaire, ils perdent donc la possibilité de s’engager dans des emplois lucratifs qui sont extrêmement rares», ajoute-t-elle.

«Une partie de ma formation concernait l’entreprise, y compris le marketing et la promotion, raconte Mlle Cardoso. J’ai préparé des prospectus, je me suis rendue dans les bureaux de l’armée et de la police pour leur proposer une remise spéciale. Cela a vraiment bien fonctionné et les affaires sont plutôt bonnes.»

Mlle Cardoso a maintenant de nombreux clients réguliers, qui lui garantissent un revenu de 100 dollars par mois – un excellent début pour une entreprise dans un pays où environ 40 pour cent de la population vit avec moins d’un dollar par jour.

Chaque mois, la jeune coiffeuse dépose ses recettes sur son tout nouveau compte bancaire, en en gardant un peu pour elle. Elle vient aussi en aide à sa famille, notamment en envoyant son jeune frère à l’école. Le reste est réinjecté dans l’affaire. Avec ses compétences et l’appui du SEFOPE, elle prévoit de développer son affaire et d’accéder ainsi à un avenir plus brillant.

«Je suis vraiment heureuse. Bien que j’aie rencontré des difficultés, je ne me suis pas énervée, ni rien. J’ai juste essayé de me battre pour subvenir à mes besoins. Ma famille a été très heureuse quand j’ai lancé cette affaire», dit-elle.

Programme sur l’emploi des jeunes de l’OIT

En 2010, sur 591 millions de chômeurs dans le monde, 12,7 pour cent – environ 75,1 millions – avaient entre 15 et 24 ans. Dans les économies à faible revenu, ce triste tableau du chômage est encore assombri par la multitude de jeunes qui occupent des emplois de mauvaise qualité et peu rémunérés, souvent dans l’économie informelle.

A travers un réseau mondial de spécialistes de l’emploi, le Programme sur l’emploi des jeunes (PEJ) de l’OIT apporte une assistance aux pays pour qu’ils élaborent des politiques et des programmes cohérents et coordonnés sur l’emploi des jeunes. Cette approche intégrée conjugue des politiques macroéconomiques et des mesures ciblées qui répondent à l’offre et à la demande de main-d’œuvre, ainsi qu’à la qualité et à la quantité de l’emploi.