L’OIT met en garde contre le fossé qui se creuse entre les peuples et les dirigeants politiques

Le Directeur général de l’OIT, Juan Somavia, a mis en garde contre le «fossé grandissant entre les peuples et les dirigeants politiques». Il a tenu ces propos devant les jeunes hommes et femmes rassemblés pour l’inauguration du Forum sur l’emploi des jeunes à Genève.

Actualité | 23 mai 2012
GENÈVE (Nouvelles de l’OIT) – Beaucoup de gens disent: «Vous ne prenez pas en compte ma situation», a rapporté M. Somavia. «C’est particulièrement vrai dans le cas des jeunes qui expriment souvent ce sentiment: D’accord, vous parlez de nos problèmes mais nous ne sommes pas présents, nous ne sommes pas associés au processus», ajoute-t-il.

Juan Somavia, a aussi signalé la montée du mécontentement qu’engendre la gestion de la crise mondiale en Europe, tout en saluant les pays en développement qui ont suivi une voie différente et ont pu développer leur protection sociale.

«Ce mécontentement alimente aujourd’hui une réaction à l’échelle mondiale», constate M. Somavia.

«De nombreux pays européens sont bloqués dans une 'récession engendrée par l’austérité' et considèrent la crise d’un point de vue strictement financier, alors que l’opinion publique demande: Et nous? Nous payons le coût d’une crise dont nous ne sommes en aucun cas responsables», ajoute-t-il.
Le mécontentement alimente une réaction mondiale»
J. Somavia


A l’inverse, de nombreux pays en développement «sont sortis plus vite de la crise et avec des politiques différentes de celles menées dans les pays développés qui sont toujours enlisés dans la crise», a indiqué M. Somavia. Ces pays se sont occupés de leur endettement il y a des années de cela et n’ont pas eu besoin d’emprunter auprès du FMI pour faire face à la dernière crise économique mondiale.

«Ils ont réussi à mettre en place des politiques grâce auxquelles ils ont augmenté le salaire minimum, ils ont étendu la protection sociale, ils ont fait beaucoup de choses qui n’auraient pas été possibles» s’ils avaient suivi les mêmes politiques qu’applique actuellement l’Europe.

M. Somavia a salué les jeunes gens du Forum qui «essaient de faire évoluer la société dans la bonne direction», relevant que la tâche n’est pas aisée.

«Est-ce que cela vaut la peine ? Est-ce que les choses avancent? Est-ce que nous les changeons vraiment? Ce militantisme est-il utile? Laissez-moi vous dire. La réponse est oui, trois fois oui.»

Le Forum pour l’emploi des jeunes (www.ilo.org/yef) rassemble une centaine de jeunes hommes et femmes engagés dans la promotion du travail décent pour les jeunes, notamment des entrepreneurs, des syndicalistes et des militants d’organisations de jeunesse.

Une petite délégation restera sur place pour assister à la session annuelle de la Conférence internationale du Travail où la crise de l’emploi des jeunes figure en bonne place parmi les grands thèmes de discussion. Plus de 5 000 délégués gouvernementaux, employeurs et travailleurs des 184 Etats Membres de l’OIT devraient participer à la Conférence qui se déroulera du 30 mai au 15 juin.

Le chômage des jeunes dans le monde reste bloqué au niveau record atteint pendant la crise, avec 75 millions de jeunes gens aujourd’hui sans emploi.