Alors que la plus grande incertitude pèse encore sur l'issue du processus de paix en Colombie, les syndicalistes - qu'ils soient dirigeants ou simples membres d'un syndicat - continuent pour leur part d'être l'une des principales cibles du conflit. L'Organisation internationale du Travail, l'OIT, tire la sonnette d'alarme à propos d'une réalité qui met sérieusement en péril les perspectives de paix et de démocratie en Colombie. Miguel Schapira, de la télévision de l'OIT, nous explique ce qu'il en est.
Dans ce qui peut incontestablement être considéré comme l'un des pays les plus violents du monde, les syndicalistes sont désormais les premiers à être pris pour cibles, essentiellement en raison des efforts qu'ils déploient pour défendre les droits des travailleurs. En 2001, l'Organisation internationale du Travail, l'OIT, a recensé 167 assassinats de syndicalistes en Colombie. La même année, dans ce même pays, une centaine d'autres syndicalistes ont disparu, ont été enlevés ou, comme Wilson Borja, ont survécu à des attentats.
Wilson Borja, syndicaliste
J'ai l'impression d'être un rescapé - un survivant - et je suis convaincu que je dois ma vie non seulement à mes gardes du corps, non seulement à mes propres agissements, mais aussi à quelque chose de bien supérieur qui se situe au-delà de tout ça. Mais je suis également convaincu que j'ai survécu parce que la situation n'est pas nouvelle pour moi. Pas plus que ne le sont les menaces de mort. Il existe dans mon pays une réalité permanente qui aboutit naturellement à des tentatives d'attentats contre moi et contre d'autres.
La réalité de la Colombie, c'est un conflit qui dure depuis deux décennies - un conflit qui implique des guérilleros, des groupes paramilitaires, des trafiquants de drogue et le gouvernement. Des centaines de milliers de civils ont été contraints de fuir la violence en laissant derrière eux leur emploi et leurs biens, pour chercher refuge là où ils pouvaient, comme au bureau de la Croix-Rouge à Bogota, par exemple. Ce sont des paramilitaires qui ont tiré sur Javier Gonzalez, un paysan déplacé. Avec ses trois balles toujours dans la peau, il se considère lui-même comme un miracle vivant - un miracle sur jambes.
Javier Gonzalez
Il faut avoir souffert autant que moi pour pouvoir vous expliquer tous les sacrifices que demande le simple fait de survivre. Vivre ici, en ville, comme ça… vous perdez votre fierté, vos enfants… tout…
A Genève, l'OIT a signé avec le gouvernement colombien un accord visant la mise sur pied d'un programme destiné à protéger la vie des syndicalistes et des travailleurs et à assurer leur sécurité ainsi que le respect de leur liberté d'association. Ce programme pourrait bien introduire une nouvelle réalité en Colombie…: la paix.
Marcelo Castro Fox, bureau de l'OIT en Colombie
Je crois que nous progressons dans certains domaines comme, par exemple, dans la promotion de la négociation collective et du dialogue social. Nous avons entamé plusieurs activités et j'espère que nous pourrons bientôt entrevoir des résultats concrets, en particulier en termes de résolution de conflit.
La liberté d'association - la liberté syndicale - représente une valeur essentielle dans toute société démocratique. C'est pourquoi les meurtres de syndicalistes en Colombie résonnent comme un tragique rappel de la difficulté du combat pour la démocratie et la paix - une paix qui, à en juger par de si funestes statistiques, semble chaque jour plus improbable.


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