Dar es Salaam, le “ havre de paix ” de la Tanzanie, comme l’avait baptisée le sultan du Zanzibar. Mais cette paix fut longtemps troublée par des épidémies causées par l’amoncellement de détritus dans les rues de la ville. Comme sa population avait beaucoup augmenté en raison de l’exode rural, la ville était confrontée non seulement à une pénurie de logements, mais aussi à l’inadaptation de ses services municipaux essentiels comme la collecte des déchets.
Face à cette situation de plus en plus insalubre et à l’aggravation du chômage, des femmes et des jeunes ont décidé de prendre les choses en mains… littéralement parlant.
C’est ainsi que furent créées 52 petites entreprises qui sont aujourd’hui chargées de l’évacuation des déchets solides dans la ville. En peu de temps, la proportion de déchets collectés est passée de 4 à 40 pour cent. Cette initiative a permis de fournir du travail à deux mille femmes et jeunes gens.
Ce n’est peut-être pas un travail agréable, mais c’est un travail, comme l’explique Alodia Ishengoma, coordinatrice du Programme de gestion des déchets solides de l’OIT.
Alodia Ishengoma, Coordinatrice du Programme de gestion des déchets solides de l’OIT
Les déchets n’ont pas une bonne odeur, mais ils ont l’odeur de l’argent. Et c’est précisément en essayant d’en tirer profit que l’on parvient à créer des opportunités d’emploi et de revenu.
La municipalité de la ville a joué un rôle décisif en créant un système de franchise pour la gestion des déchets, qui repose sur un partenariat entre le secteur public et le secteur privé. Grâce à ce système, la ville a désormais des rues plus propres et moins de chômeurs.
Mercy Kinenekejo, fonctionnaire municipale chargée par intérim des questions d’environnement
Ce partenariat a été déterminant pour résoudre le problème des déchets urbains. De plus, il a contribué à améliorer la situation économique de la population.
Moins il y a de déchets, moins il y a de besoins, dit-on de nos jours. Et pourtant, de nouveaux besoins apparaissent, comme lorsque les touristes se précipitent pour acheter les sculptures qu’Ali Kasare fabrique avec des déchets recyclés, et l’artiste a un tel succès qu’il a pu monter sa propre entreprise.
Ali est arrivé à Dar es Salaam pour travailler comme domestique non rémunéré, puis, comme il en avait assez, il a intégré le groupe d’éboueurs de son quartier. Ensuite, grâce à une formation financée par l’OIT, il a appris à transformer les vieux papiers en papier mâché et c’est ainsi qu’a débuté l’atelier de papier mâché Kimara.
Ali Kassar, 25 ans
Cet atelier est très important pour nous, il est notre source de revenu. Avec ce que j’ai gagné, je me suis acheté une ferme.
En Afrique, plus de la moitié des jeunes sont sans travail, alors gagner sa vie en évacuant ce qui a été mis au rebut est sans aucun doute une meilleure solution que de devenir soi-même un rebut de la société.


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