Les travailleurs migrants font souvent l'objet de discriminations en raison de leur couleur, leur race ou leur religion, ou simplement en raison de leur statut de migrant, affirme le nouveau rapport global du BIT sur les discriminations dans le monde (Note 1). En Thaïlande, ce constat est confirmé par une étude réalisée par l'une des principales universités du royaume, qui révèle une vaste exploitation de jeunes travailleurs migrants, que ce soit dans les maisons, les fermes, les usines ou les bateaux de pêche. Reportage de Thaïlande d'Allan Dow, Chargé de communication du projet.
BANGKOK (BIT en ligne) – «J'ai travaillé pendant deux ans mais je n'ai jamais reçu de salaire», déclare l'une des personnes interrogées dans le cadre de l'enquête menée par les chercheurs de l'Université Mahidol de Bangkok ajoutant que son employeur était «malveillant».
Cette jeune cambodgienne de 17 ans – que l'on appellera «D.O.» pour préserver son anonymat, et pour la protéger contre toutes représailles – travaillait comme domestique chez une famille thaïe. Elle raconte qu'elle devait se lever tous les jours à 5 heures du matin et n'était pas autorisée à aller se coucher avant 2 heures du matin. «Il me giflait, me frappait et me pinçait», dit D.O., «Sa femme riait lorsqu'il me giflait. Elle n'a jamais cherché à m'aider. Leurs trois enfants me faisaient mal eux aussi».
Plus de la moitié des travailleurs domestiques immigrés, et un jeune migrant sur cinq sur les bateaux de pêche, étaient soit obligés de rester sur leur lieu de travail, soit «forcés de travailler» – pratiquement esclaves des caprices de leurs employeurs, affirme l'étude (Note 2) basée sur l'enquête de l'université thaïlandaise et financée par le projet subrégional du Mékong de lutte contre le trafic des enfants et des femmes.
Alors que certains cas d'abus commis par les employeurs locaux peuvent aller jusqu'au trafic d'êtres humains, les violences psychologiques et verbales sont monnaie courante. D'autres abus – agressions physiques, travail forcé, entrave à la liberté de circulation, enfants migrants contraints par la force de travailler dans des conditions dangereuses – sont définis comme les pires formes du travail des enfants pour les mineurs de 18 ans.
Souvent à l'abri des regards des autorités et d'une grande majorité de la population, 82 pour cent des domestiques immigrés et 45 pour cent des jeunes migrants qui s'échinent sur les bateaux de pêche ont déclaré devoir travailler plus de 12 heures par jour, souvent sept jours sur sept.
La recherche souligne «un besoin urgent d'une inspection du travail efficace», en particulier dans les secteurs d'activité qui impliquent des jeunes de moins de 18 ans. Seul un migrant sur cinq travaillant dans le secteur piscicole a eu l'occasion de rencontrer un fonctionnaire du ministère du Travail. En matière de protection au travail et des droits des travailleurs, la plupart des immigrés ignoraient tout ou presque de leurs droits au regard de la législation thaïe de protection de la main-d'œuvre – une loi de 1998 qui en aucun cas n'étend sa protection aux bateaux de pêche, au travail agricole ou au personnel de maison.
La majorité des travailleurs, quel que soit le secteur d'activité, étaient payés en dessous du salaire minimum légal – ce qui constitue une violation flagrante de la législation thaïe. L'enquête a révélé que de nombreux employeurs préféraient embaucher des enfants ou de jeunes migrants parce qu'ils sont censés être plus maniables et faciles à contrôler.
L'un des aspects les plus dérangeants du rapport est l'attitude des employeurs envers les immigrés en matière de liberté de mouvement. Plus de la moitié des employeurs interrogés reconnaissaient qu'ils devaient «enfermer les immigrés la nuit pour qu'ils ne s'échappent pas». Huit pour cent des domestiques immigrés ont confirmé que leur patron les avait déjà enfermés.
La Thaïlande est un pays doté d'une économie plus avancée que celle de ses voisins – et c'est un facteur d'attraction pour des centaines de milliers de jeunes migrants économiques – en particulier en provenance du Myanmar, de la République démocratique et populaire du Laos et du Cambodge – qui, pour la plupart, pénètrent sur le territoire thaïlandais sans papiers ni permis de travail.
Le rapport fait au total 29 recommandations prônant à la fois des actions isolées et coordonnées d'un certain nombre d'acteurs afin de remédier à l'exploitation actuelle que subissent les jeunes migrants.
La recherche est l'une des activités de l'OIT dans le cadre d'un projet quinquennal de prévention du trafic d'êtres humains financé par le ministère britannique pour le Développement international. Le projet subrégional de l'OIT du Mékong de lutte contre le trafic des enfants et des femmes a débuté en 1998 et couvre le Cambodge, la province chinoise du Yunnan, le Laos, la Thaïlande et le Viet Nam. Le projet consiste à coopérer avec des partenaires locaux pour la mise en œuvre de projets d'éducation et de formation professionnelle, de promotion de moyens de subsistance alternatifs, d'alphabétisation et de sensibilisation.
Les discriminations envers les travailleurs migrants sont de plus en plus préoccupantes
Selon le nouveau rapport global du BIT sur les discriminations, la situation des travailleurs immigrés est une préoccupation grandissante dans le monde entier puisque les travailleurs nés à l'étranger représentent une proportion croissante et significative de la main-d'œuvre de nombreux pays.
«Estimés à 86 millions dans le monde, dont 32 millions dans les régions en développement, les déplacements d'hommes et de femmes partis chercher du travail à l'étranger sont susceptibles d'augmenter encore dans les années à venir. En Europe occidentale, la main-d'œuvre est actuellement constituée pour 10 pour cent d'immigrés, alors que dans un certain nombre de pays africains, asiatiques ou américains les pourcentages sont plus élevés, dépassant 50 pour cent dans certains pays du Golfe», précise Manuela Tomei, auteur du rapport.
Les discriminations à l'encontre des immigrés se manifestent notamment par le fait qu'ils sont cantonnés dans des emplois «en 3 D» (dégoûtants, dangereux et dégradants) dans lesquels la protection est souvent insuffisante voire inexistante, dans la loi ou dans les faits, constate le rapport.
Bien que la plupart des pays tendent à leur donner une égalité de traitement en droit avec leurs nationaux au regard de la rémunération, des horaires de travail, des congés payés, de l'âge minimum pour travailler, les travailleurs migrants réguliers sont confrontés à diverses restrictions à l'embauche. L'incidence et l'étendue de la différence de traitement peuvent varier selon que les immigrés sont là à titre permanent ou temporaire et qu'ils sont ou non qualifiés.
«Les travailleurs hautement qualifiés se voient généralement offrir davantage de garanties de pouvoir s'installer durablement que les personnes sans qualification. Cette différence de traitement pèse doublement sur les moins qualifiés qui sont déjà particulièrement vulnérables à l'exploitation et aux violations de leurs droits. L'absence de qualification peut résulter d'une inégalité des chances dans l'éducation ou au travail dans le pays d'origine en raison du sexe, de la religion ou de l'origine ethnique; traiter moins bien les immigrés sans qualification dans les pays d'accueil reviendrait à aggraver encore les discriminations», explique Manuela Tomei.
Note 1 - L'égalité au travail: relever les défis, Rapport global en vertu du suivi de la Déclaration de l'OIT relative aux principes et les droits fondamentaux au travail, Conférence internationale du Travail, 96e session, 2007.
Note 2 - Le défi du Mékong - Sous-payés, exploités et sous surveillance: les réalités des jeunes travailleurs migrants en Thaïlande est publié en thaï et en anglais. Un nombre limité d'exemplaires est à votre disposition. Les demandes doivent être faites par courriel à prevention@childtrafficking.net. Un téléchargement gratuit est également disponible sur www.childtrafficking.net.


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