GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Des délais d'attente excessifs aux frontières, des douaniers inefficaces ou corrompus, ou la vulnérabilité des routiers aux maladies sexuellement transmissibles telles que le VIH/Sida, mettent le secteur du transport routier international en danger, selon un nouveau rapport ( Note 1) de l'Organisation internationale du Travail (OIT).
Dans de nombreux cas, de piètres infrastructures, une organisation inefficace des formalités et des douaniers incompétents ont non seulement un impact négatif sur les conditions de vie et de travail des chauffeurs routiers internationaux aux postes frontières partout dans le monde mais ont aussi des effets négatifs pour l'économie, affirme le rapport préparé en vue d'une réunion tripartite qui doit se tenir ici à Genève du 23 au 26 octobre.
"Sur les routes et aux postes frontières d'Europe, d'Afrique, d'Amérique et d'Asie, les questions telles que les politiques de visa en vigueur constituent la principale pierre d'achoppement pour les chauffeurs, spécialement en ce qui concerne les restrictions de leur droit au travail", affirme un expert du BIT dans le domaine des transports, Marios Meletiou. "Dans de nombreux cas, les coûts croissants du transport répercutent également des interruptions dans les chaînes de fabrication et de livraison."
Le rapport étudie les questions économiques, sociales et de travail engendrées par les problèmes de mobilité transfrontalière des chauffeurs internationaux dans le secteur du transport routier. Il cite une étude récente qui montre que des infrastructures inadéquates auraient coûté des milliards en termes de pertes de revenus bruts et des dizaines de milliers d'emplois.
Alors que la durée officielle pour obtenir un visa Schengen valide dans l'Union européenne était en moyenne de 4 jours en 2005 par exemple, les délais effectifs pour les chauffeurs professionnels de cars et de camions des pays hors espace Schengen tels que le Kazakhstan, le Maroc, l'Ukraine et la Turquie, varient de un jour et demi pour un conducteur turc à 31 jours et demi pour un routier kazakh au cours de la même période.
En Afrique, les formalités douanières se révèlent un véritable goulot d'étranglement. Par exemple, le rapport affirme qu'une transaction douanière implique en moyenne 20 à 30 parties prenantes, 40 documents et 200 données d'information, dont 30 sont répétées au moins 30 fois. Et selon une étude menée en 2005 par la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF) sur les conditions de travail des chauffeurs de poids lourds de sept pays d'Afrique centrale, tous les chauffeurs avaient fait l'expérience d'attentes prolongées aux postes frontières variant de deux à cinq jours.
Selon l'Union internationale du transport routier, des délais d'attente excessifs ont aussi été rapportés à certains postes frontières d'Europe. Des transporteurs ont témoigné d'attentes de 12 à 48 heures à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie, de 20 à 48 heures à la frontière entre la Finlande et la Fédération de Russie, et de 12 à 72 heures aux frontières de la Lituanie avec la Fédération de Russie et la Biélorussie. Des délais d'attente extrêmement longs ont aussi été enregistrés aux frontières avec l'Asie, allant jusqu'à 72 heures entre la Turquie et l'Irak, et entre la Fédération de Russie et d'autres pays d'Asie centrale.
Qui plus est, les dessous de table et le harcèlement sont un problème majeur pour les chauffeurs, les employeurs et les gouvernements et même pour les consommateurs, précise le rapport. Les routiers et les compagnies de transport absorbent une grande part des frais mais les gouvernements perdent des taxes sur les biens, et les coûts sont souvent reportés tout au long de la chaîne de distribution vers d'autres entreprises et au final vers le consommateur.
Les délais causés par les formalités douanières sont souvent liés à des installations inadéquates, y compris l'absence de stationnement sécurisé, d'hébergement, d'installations sanitaires, de services de restauration et d'outils de communication. En outre, le stress et la fatigue qu'engendrent les délais peuvent provoquer des accidents de la circulation, parfois mortels. "Ces conditions de vie et de travail, qui sont tout sauf enviables, des chauffeurs internationaux ont aussi un impact négatif sur la société dans son ensemble", déclare M. Meletiou.
Le rapport souligne également la vulnérabilité des ouvriers du transport routier international face aux maladies sexuellement transmissibles telles que le VIH/Sida, qui a un impact sur de bien plus nombreuses personnes à travers les régions où vivent et voyagent les chauffeurs.
Selon le rapport, si les gouvernements portent la responsabilité première dans la lutte contre la majorité des problèmes soulevés, la contribution des employeurs et des employés demeure essentielle pour améliorer la situation. Le rapport se réfère également à la convention de l'OIT sur les pièces d'identité des gens de mer (révisée) de 2003 (n° 185) qui pourrait servir de référence pour une approche similaire dans le cas des chauffeurs routiers internationaux.
"Le secteur du transport routier a besoin d'un afflux d'hommes et de femmes jeunes pour assurer sa pérennité et tenir le rythme face à une demande croissante de commerce par transport routier", indique M. Meletiou. "Nous devons garantir que les conditions de vie et de travail des chauffeurs routiers s'améliorent constamment et que ce secteur d'activité continue d'offrir des conditions d'emploi attractives pour les travailleurs partout dans le monde."
Note 1 - Questions sociales et dans le domaine du travail découlant des problèmes de la mobilité transfrontalière des chauffeurs routiers internationaux, Rapport à fin de discussion à la Réunion tripartite sur les Questions sociales et dans le domaine du travail découlant des problèmes de la mobilité transfrontalière des chauffeurs routiers internationaux, Genève, 23-26 octobre. Bureau international du Travail, ISBN 92-2-218477-7 / 978-92-2-218477-4, Genève, 2006.


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