DAKAR, Sénégal - Les ministres du travail, les représentants et responsables des organisations des travailleurs et des employeurs d'Afrique de l'Ouest ont adopté aujourd'hui un Plan d'action pour améliorer les conditions de travail de dizaines de millions de travailleurs migrants qui apportent à leurs pays une importante part de capitaux.
Les représentants tripartites du Burkina Faso, du Cap Vert, de Gambie, du Ghana, du Mali, de Mauritanie et du Sénégal ont signé ce Plan d'action à l'issue d'une réunion régionale de quatre jours organisée à Dakar par l'Organisation internationale du Travail pour promouvoir l'intégration et le développement des travailleurs migrants en Afrique.
Selon l'OIT, quelque 20 millions d'Africains vivent et travaillent en dehors de leur pays d'origine. Un travailleur africain sur 10 en 2015 risque d'être un travailleur migrant.
L'argent envoyé par les migrants à leur pays d'origine figure désormais en tête des mouvements financiers. Mais, selon les participants à la réunion, les obstacles administratifs et les diverses restrictions faites à la libre circulation ont amené un accroissement de la migration irrégulière, de l'exploitation des travailleurs vulnérables et du trafic.
Dans l'accord signé aujourd'hui dans le cadre du Plan d'action, les pays d'Afrique de l'Ouest déclarent que la ratification et l'application des Conventions de l'OIT relatives à l'égalité de traitement ainsi que leur transposition dans les législations nationales constituent une priorité pour les pays d'Afrique de l'Ouest.
Le document rapporte que les manifestations de discrimination et de xénophobie envers les étrangers sont en augmentation dans la région, que la migration non réglementée est perçue comme une menace potentielle envers la sécurité et le bien-être intérieurs et qu'aucun pays n'a encore de politique cohérente, compréhensible en matière de gestion de la migration liée au travail.
Le Plan d'action prévoit le lancement de consultations tripartites sur les migrations liées au travail et en appelle aux organisations régionales telles que l'Union africaine, la CEDEAO et l'Union Monétaire et Economique de l'Afrique de l'Ouest pour établir un mécanisme de consultation avec les milieux d'affaires et les syndicats sur la question de la migration liée au travail.
Les responsables des gouvernements et des partenaires sociaux des 8 pays se sont mis d'accord pour prendre des mesures immédiates afin d'harmoniser leur législation du travail en ligne avec les normes internationales.
"La migration est la dernière frontière de la mondialisation", a déclaré Patrick Taran, spécialiste des migrations au BIT, ajoutant que les mouvements de capitaux et de biens sont rapidement libéralisés tandis que les pays industrialisés rechignent à mettre en place des voies légales supplémentaires pour les candidats à l'immigration "alors même que le besoin existe sur leur marché du travail".
"Un des résultats de cette politique a été le marché florissant du trafic et de la contrebande", a constaté Mme Victoria Nwogu, coordinatrice de projet au bureau de l'OIT au Nigeria.
"Quand la gestion des problèmes de migration est bien faite, toute une gamme d'avantages s'ouvre pour les pays d'origine ou les pays d'accueil, mais quand le problème est mal géré, cela peut conduire à des mouvements xénophobes et à des pratiques discriminatoires", a remarqué M. Lucien Glélé, Représentant de l'Union des Organisations des Employeurs d'Afrique de l'Ouest. M. Mamadou Niang de Mauritanie a, quant à lui, noté au nom des délégués travailleurs que les lignes directrices de la réunion étaient le concept de travail décent pour tous, les normes internationales du travail, les principes et droits fondamentaux au travail ainsi que les deux conventions de l'OIT sur les travailleurs migrants.
Les pays se sont mis d'accord pour développer et renforcer la collecte de données et leur analyse selon des critères communs.
Le soutien de l'Union européenne au projet de l'OIT a été fortement apprécié par les participants. Cependant, la fuite des cerveaux qui touche les médecins, les infirmières et les enseignants africains constitue une préoccupation majeure dans la mesure où le phénomène est en augmentation du fait du manque de personnel dans les écoles et les hôpitaux des pays riches.
Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la moitié des médecins africains vont vraisemblablement quitter leur pays d'origine. Chaque année l'Afrique perd 20 000 de ses professionnels les plus qualifiés. Cela correspond à un coût de 4 milliards de dollars par an pour les gouvernements, employeurs et travailleurs d'Afrique en matière d'impôt.
"Les gouvernements d'Afrique de l'Ouest vont tenter d'agir ensemble pour assurer un traitement juste des travailleurs migrants dans la région. Mais la migration est un sujet mondial qui demande l'attention de toute la communauté internationale", a conclu M. Assane Diop, Directeur Exécutif du BIT.
Les participants de la réunion de Dakar ont décidé de partager leur Plan d'action avec l'Union européenne et l'Union africaine. Ils ont exprimé leur soutien aux efforts de l'OIT pour la mise en place d'un cadre multilatéral pour une approche globale de la migration du travail fondée sur les droits.
Contact presse:
À Dakar, Djibril N'Diaye +221/5699941, courriel: ndiayed@ilo.org
À Addis Abeba, Guebray Berhane +2511/444415, courriel: guebray@ilo.org


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