1. Que faut-il entendre par travail des enfants?
Il s'agit d'un travail accompli par un enfant qui n'a pas atteint l'âge minimum d'admission à l'emploi ou au travail. Conformément aux dispositions de la convention pertinente de l'OIT ( convention n° 138 sur l'âge minimum, 1973), les Etats qui ratifient cet instrument doivent déterminer cet âge minimum. Il est généralement fixé à 15 ans (14 ans pour les pays en développement). Toutefois, les enfants peuvent être affectés à des travaux légers dès l'âge de 13 ans (12 ans dans les pays en développement). En revanche, l'âge minimum d'admission à un travail qui est susceptible de compromettre la santé, la sécurité ou la moralité des adolescents ne doit pas être inférieur à 18 ans.
2. Que faut-il entendre par "pires formes de travail des enfants"?
La convention (n° 182) sur les pires formes de travail des enfants, 1999, définit ainsi, dans son article 3, les pires formes de travail des enfants:
- toutes les formes d'esclavage ou pratiques analogues, telles que la vente et la traite des enfants, la servitude pour dettes et le servage ainsi que le travail forcé ou obligatoire, y compris le recrutement forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur utilisation dans des conflits armés;
- l'utilisation, le recrutement ou l'offre d'un enfant à des fins de prostitution, de production de matériel pornographique ou de spectacles pornographiques;
- l'utilisation, le recrutement ou l'offre d'un enfant aux fins d'activités illicites, notamment pour la production et le trafic de stupéfiants, tels que les définissent les conventions internationales pertinentes;
- les travaux qui, par leur nature ou les conditions dans lesquelles ils s'exercent, sont susceptibles de nuire à la santé, à la sécurité ou à la moralité de l'enfant, ce qui est laissé à l'appréciation des autorités nationales.
Une certaine liberté est laissée aux autorités nationales pour ce qui concerne les travaux visés par l'article 3 d) mais tel n'est pas le cas des autres types de travaux indiqués dans les trois autres alinéas de ce même article: il s'agit de formes intrinsèquement condamnables de travail pour lesquelles aucune exemption ou dérogation n'est autorisée.
3. Qu'est-ce qu'un travail dangereux?
Il s'agit d'un travail qui, par sa nature ou les conditions dans lesquelles il est exercé, est susceptible de nuire à la santé, à la sécurité ou à la moralité de l'enfant. Aucun enfant, garçon ou fille, ne doit donc être affecté à un travail de ce genre.
4. Quelles sont les causes du travail des enfants?
Le travail des enfants a des causes économiques mais, outre la misère, d'autres facteurs entrent en ligne de compte: inégalités, impossibilité d'acquérir de l'instruction, manque d'emplois décents pour les adultes, part prépondérante de l'agriculture dans l'économie, rapidité de la croissance démographique, consumérisme, impact des traditions et des cultures. Dans certains cas, le problème est aggravé par l'exode rural et par les migrations internationales, des pays pauvres vers les pays riches. Le rôle attribué aux enfants et notamment aux filles au sein de la famille, l'attitude des parents et de la collectivité dans ce domaine, la manipulation du marché par des employeurs sans scrupules - tout cela doit être pris en considération, de même que des événements tels que conflits armés ou catastrophes naturelles qui favorisent l'exploitation des enfants.
L'âge, le sexe, l'ascendance ethnique, l'origine sociale et la misère interagissent, et cette interaction détermine le type et l'intensité du travail auquel les enfants sont astreints. L'absence dans un pays d'une politique appropriée garantissant notamment une scolarisation gratuite et de qualité joue aussi un rôle déterminant.
5. Quelle est la nature du travail des enfants en Asie?
Des enfants exploités, il y en a eu de tout temps dans des secteurs tels que l'agriculture, l'industrie ou le service domestique. En outre, beaucoup des pires formes de travail des enfants sont présentes dans la région: traite, exploitation sexuelle à des fins commerciales, travail en servitude, travaux dangereux, recrutement et utilisation d'enfants dans des conflits armés ou pour le trafic de stupéfiants.
6. Quels sont les coûts et les avantages de la prévention et de l'élimination du travail des enfants?
Au BIT, l' IPEC a réalisé une enquête pour déterminer le coût probable de l'élimination complète du travail des enfants et l'impact économique que cela pourrait avoir. Globalement, les avantages devraient l'emporter sur les coûts selon un ratio de 6,7 à 1, soit un "retour sur investissement" de 43,8 pour cent. En Asie, le ratio est encore plus élevé (7,2/1).
7. Quel est l'impact des crises sur le travail des enfants?
Lorsque les structures familiales, sociales, économiques s'effondrent, les enfants courent plus que jamais le risque d'être exploités. Dans les pays où le travail des enfants est assez facilement toléré et qui sont en proie à l'instabilité politique ou à des conflits (par exemple, Afghanistan, Indonésie, Népal, Sri Lanka), le problème est exacerbé et particulièrement difficile à combattre. En cas de guerre, les adultes, mobilisés, sont parfois remplacés par des enfants. Enfin, des catastrophes naturelles comme les tsunamis ou les tremblements de terre favorisent aussi l'exploitation des enfants.
8. Comment les pays d'Asie peuvent-ils combattre le travail des enfants?
Les exemples de la Malaisie, de la République de Corée, de la Thaïlande et de la Chine montrent que la volonté du pouvoir politique de faire reculer la pauvreté et de favoriser l'accès à une éducation gratuite et de qualité peut avoir un effet décisif. Le recul régulier du travail des enfants en Thaïlande s'explique en grande partie par l'engagement pris en 1992 par le chef du gouvernement de l'époque, le premier gouvernement démocratiquement élu, de mettre un terme au travail des enfants et à l'exploitation sexuelle. Au cours des vingt-cinq dernières années, la Chine est de tous les pays celui qui a soustrait le plus grand nombre de gens à la pauvreté et scolarisé le plus d'enfants, ce qui a sans nul doute eu beaucoup d'impact sur le travail des enfants. Au moment de son indépendance, en 1945, la République de Corée était un pays très pauvre dans lequel très peu d'enfants étaient scolarisés mais, en l'espace d'une génération, ce pays a mis en place un système d'éducation ouvert à tous. Enfin, la Malaisie a réussi à faire beaucoup reculer la pauvreté et tous les enfants ont aujourd'hui accès à l'éducation.
En juillet 2006, un séminaire tripartite régional a été organisé par le BIT à Jakarta. Les participants, venus de 12 pays de l'Asie de l'Est et du Sud-est, ont examiné les mesures à prendre pour combattre encore plus efficacement le travail des enfants, notamment par l'établissement d'un calendrier pour l'élimination des pires formes d'exploitation. Certains de ces pays, dont le Cambodge, l'Indonésie, la Mongolie, les Philippines et le Viet Nam, ont déjà adopté un calendrier précis.
Les participants ont dressé la liste des priorités. Il s'agit notamment de redoubler d'efforts pour combattre la pauvreté et élargir l'accès à l'éducation, d'allouer plus d'argent à la lutte contre le travail des enfants, de fixer dans chaque pays des objectifs précis afin d'éliminer le plus rapide possible les pires formes de travail des enfants, d'accorder une attention particulière aux groupes les plus vulnérables (par exemple, minorités et migrants) et de ratifier toutes les conventions fondamentales de l'OIT.
9. Quel est le lien entre le travail des enfants et d'autres problèmes de développement?
Il y a évidemment un lien entre travail des enfants et travail décent. L'exploitation des enfants, par sa nature même, prive les enfants et les jeunes de la possibilité d'acquérir le bagage nécessaire pour pouvoir accéder, une fois adultes, à un travail décent, soit productif et sans danger, de même qu'elle prive les adultes de la possibilité d'exercer un travail décent. Elle perpétue les irrégularités sur le marché du travail, favorise l'exploitation de tous les travailleurs et minent les efforts qui sont faits pour réglementer les conditions d'emploi. Elle permet à des employeurs sans scrupules de prospérer et à la corruption de se propager.
Le travail des enfants est à la fois une cause et un effet de la pauvreté. Il entrave le développement. Il est donc encourageant d'observer que de plus en plus d'efforts sont faits pour que l'élimination du travail des enfants trouve sa place dans les stratégies nationales de réduction de la pauvreté et dans les stratégies de valorisation des ressources humaines.


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