EDEA, Cameroun (BIT en ligne) - Dans l'usine ultra-moderne d'aluminium ALUCAM, à 60 km environ du port de Douala, les employeurs prennent des mesures pour lutter contre l'épidémie de VIH/Sida qui dévaste des vies, d'ici en Afrique de l'Ouest jusqu'à l'Océan Indien, à travers tout le continent africain.
Au Cameroun, des milliers de travailleurs et leur famille vivent avec le VIH/Sida. Lorsqu'ils tombent malades ou meurent par manque de prévention, de protection, de traitement ou de soins, les familles éclatent, la production est réduite et la main-d'œuvre de demain mise en danger. Cependant, les activités menées par la direction d'Alucam ont apporté de l'espoir.
En 1995, Alucam, premier fabricant d'aluminium au Cameroun, a lancé ses premières activités de prévention aboutissant à un programme global qui comprenait un traitement anti-rétroviral. A ce moment-là, un traitement contre le VIH au Cameroun coûtait environ 1 000 dollars par personne et par mois. Aujourd'hui, le coût n'est plus que de 5,30 à 12,50 dollars par personne.
"De 1985 à 1995, nous avons été confrontés à des décès liés au VIH mais nous n'avions pas les moyens de combattre l'épidémie et le pays ne possédait aucune stratégie face au Sida", déclare Jean Booh, Directeur des Ressources humaines chez Alucam. "Nous avons appris combien il était important de continuer à nous battre en dehors de l'entreprise, y compris dans les écoles où la main-d'œuvre de demain est en danger. Nous avons détecté 2,5 pour cent d'élèves séropositifs dans la région d'Edea."
"Tu ne peux pas lutter contre le Sida tout seul"
Alucam est membre de la principale organisation patronale au Cameroun, le GICAM (groupement inter-patronal du Cameroun). Quand le GICAM a pris connaissance du programme d'Alucam, il a relevé le défi et mobilisé ses membres pour lutter contre le VIH/Sida sur le lieu de travail. Deux cent cinquante entreprises individuelles et 20 associations de branches sont membres du GICAM; elles représentent 75 pour cent de la richesse produite par l'économie formelle du pays.
"Depuis 2003, nous possédons une plate-forme d'entreprises. Vous ne pouvez pas vous battre contre le Sida tout seul. Mais des entreprises comme la nôtre peuvent apporter leur savoir-faire et leur expérience de gestion", commente Jean Booh.
L'expérience du GICAM a débuté en novembre 2000 au cours d'un atelier sous-régional réunissant une vingtaine d'organisations d'employeurs d'Afrique Centrale et de l'Ouest, organisé conjointement par l'OIT, l'Organisation internationale des employeurs (IOE) et l'ONUSIDA à Douala, sur le thème: "Le rôle des organisations patronales dans la lutte contre le Sida".
Les activités de suivi conduites avec le soutien de l'OIT ont consisté en la mobilisation des membres sur la question du VIH/Sida, représentant le monde des affaires dans l'élaboration des politiques, et en une série de forums sur le Sida, l'établissement de partenariats avec le gouvernement, les organisations d'employeurs, la Banque mondiale, des agences onusiennes et d'autres acteurs concernés.
Le développement d'une approche intégrée du VIH/Sida et de la santé au travail, de la sécurité et de la protection sociale par le GICAM s'est concrétisé par la mise en œuvre de plans d'action contre le VIH/Sida dans 183 entreprises, y compris des petites et moyennes entreprises, à la fin 2004. Les campagnes de dépistage ont été étendues à d'autres affections notamment la malaria, le diabète et l'hépatite.
Des patients de plus en plus nombreux reçoivent un traitement anti-rétroviral à l'échelon de leur entreprise et un nombre croissant de campagnes de dépistage volontaire est mené. Une plus grande solidarité entre employeurs et travailleurs a aussi bénéficié aux malades qui, dorénavant, souffrent moins de stigmatisation et de discrimination.
A travers divers programmes et campagnes, telles que la "Croisade du GICAM contre le VIH/Sida" lancée lors de l'atelier de 2001, davantage d'information, de sensibilisation et d'éducation ont été apportées. Le GICAM a également développé des relations fructueuses avec les ministères de la Santé et du Travail. Nouer des alliances et des partenariats avec le gouvernement et avec des agences des Nations Unies fut aussi un élément clé de la stratégie du GICAM contre le Sida, étant donné le besoin critique de ressources financières et techniques.
Le GICAM fait partie d'une coalition globale qui comprend l'ONUSIDA, l'Etat du Cameroun, les entreprises, les travailleurs, l'Agence allemande de développement GTZ, le Fonds national de protection sociale du Cameroun CNPS, les médias et d'autres acteurs impliqués.
Le GICAM utilise aussi le Recueil de directives pratiques du BIT sur le VIH/sida et le monde du travail et le manuel de formation et les directives pour les employeurs qui l'accompagnent. Le Recueil fut le premier outil international à apporter une orientation sur le Sida au travail, fondée sur le dialogue entre gouvernements, employeurs et travailleurs. Ce Recueil figure, avec d'autres documents fondamentaux, sur un nouveau CD-ROM du BIT qui a pour but d'aider les organisations d'employeurs et leurs membres à entreprendre de véritables actions contre le VIH/Sida sur le lieu de travail. Le CD-ROM est sur le point d'être finalisé et sera disponible dans les semaines à venir.
Face à une profusion d'informations relatives au VIH/Sida, le CD-ROM aide les utilisateurs à trouver les matériels pertinents, à identifier les outils et les ressources clés et à partager leur expérience avec d'autres. Il fournit aux organisations patronales et aux entreprises des faits à jour sur le VIH/Sida et renforce la réponse du monde des affaires à l'épidémie. En plus du travail du GICAM sur le VIH/Sida, le CD-ROM contient également des études de cas d'organisations d'employeurs à la Barbade, au Botswana, au Brésil, au Cambodge, en Indonésie, en Jamaïque, au Kenya, en Ouganda, au Swaziland et en Thaïlande.
"Les entreprises ont à la fois des motivations morales et économiques de s'investir pour relever les défis que nous lance le VIH/Sida. L'épidémie n'est pas seulement perçue comme un problème de profit par la haute direction mais aussi comme un problème humain", conclut Jean-François Retournard, Directeur du Bureau des activités pour les employeurs du BIT.
"L'expérience du GICAM va maintenant servir à développer une approche du VIH/Sida auprès des organisations d'employeurs et des entreprises d'autres régions, comme l'Afrique Centrale et l'Océan Indien", ajoute-t-il.


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