Conférence du BIT pour la promotion du «travail décent» en Afrique
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Conférence du BIT pour la promotion du «travail décent» en Afrique

En dépit d'un retour de la croissance économique dans de nombreux pays africains, la situation de la grande majorité de la main-d'œuvre du continent en cette fin de siècle se caractérise par une baisse des niveaux de vie, un chômage en hausse et une pauvreté croissante, selon un rapport du BIT préparé en vue de la 9e Réunion régionale africaine qui s'ouvre à Abidjan le 8 décembre.

Communiqué de presse | 6 décembre 1999

ABIDJAN (Nouvelles du BIT) - En dépit d'un retour de la croissance économique dans de nombreux pays africains, la situation de la grande majorité de la main-d'œuvre du continent en cette fin de siècle se caractérise par une baisse des niveaux de vie, un chômage en hausse et une pauvreté croissante, selon un rapport du BIT préparé en vue de la 9 e Réunion régionale africaine qui s'ouvre à Abidjan le 8 décembre.

Le rapport relève que l'Afrique possède la main-d'œuvre qui enregistre la croissance la plus rapide au monde avec quelque 9 millions de nouveaux demandeurs d'emplois entrant sur le marché du travail chaque année. Selon le BIT, le chômage et le sous-emploi sont largement répandus, les activités du secteur informel représentant au moins 60% des emplois existants et pratiquement toutes les nouvelles opportunités d'emploi. Les systèmes de protection sociale couvrent moins de 10% de la main-d'œuvre.

Près de 70% de la main-d'œuvre africaine se concentrent dans l'agriculture - il s'agit souvent d'une agriculture de subsistance. Plus de la moitié de la population de l'Afrique, soit presque 400 millions de personnes, vit avec moins d'un dollar par jour.

La situation de ces travailleurs et les efforts déployés par l'Organisation internationale du travail en faveur de l'emploi, de la sécurité sociale, du dialogue social et de la protection des droits des travailleurs en Afrique seront au cœur des débats qui occuperont les délégations tripartites africaines réunies à Abidjan pour chercher à remédier aux difficultés rencontrées par des millions de travailleurs en Afrique, hommes et femmes confondus.

Le rapport du BIT laisse entendre que l'Afrique connaît un environnement de plus en plus propice au progrès économique et social. Il attire cependant l'attention sur le défi qui consiste à liquider l'héritage des précédentes décennies de contre-performance économique, y compris pour ce qui est du poids de la dette et de la pauvreté, du travail des enfants et des conséquences désastreuses des conflits ethniques et autres guerres civiles. Le rapport lance un avertissement contre les risques de détérioration de la situation sur le continent étant donné que «le développement économique ne s'est pas traduit par un progrès social juste et équitable» en Afrique.

Parmi les questions prioritaires qui seront abordées lors de la réunion, figure celle du travail des enfants. Le rapport constate que ce phénomène est très répandu en Afrique, avec plus de 16 millions d'enfants qui travaillent, souvent dans des conditions dangereuses et sous des formes d'exploitation extrêmes. L'OIT, qui a récemment adopté une convention internationale interdisant les pires formes du travail des enfants, considère l'exploitation économique sauvage dont sont victimes tant d'enfants à travers le monde comme «une insulte à l'humanité». En Afrique, 40% des enfants âgés de 5 à 14 ans sont forcés à travailler - 32% des enfants qui travaillent à travers le monde sont africains.

Actuellement, le Programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC) de l'OIT compte déjà parmi ses partenaires une dizaine de pays africains. 1 Une quinzaine d'autres pays du continent ont fait part de leur intention de rejoindre l'IPEC.

La réunion s'efforcera aussi de parvenir à obtenir des pays africains une ratification accrue des normes internationales du travail et de promouvoir la Déclaration sur les principes et droits fondamentaux au travail , adoptée par la Conférence internationale du travail en 1998. 2 L'OIT pense que «le processus de démocratisation en cours dans la région peut être renforcé et favorisé par une meilleure application des normes internationales du travail». En Afrique, les activités de promotion de la Déclaration prendront la forme d'une coopération technique et de services consultatifs en faveur de la liberté syndicale et du droit de négociation collective. Elles viseront en outre l'abolition du travail des enfants, en mettant particulièrement l'accent sur les pires formes du travail des enfants, ainsi que l'élimination de la discrimination en termes d'emploi et de profession.

Une autre question devant être abordée à Abidjan a trait aux effets de l'épidémie de VIH/SIDA au sujet de laquelle le rapport constate qu'elle a atteint «des proportions alarmantes».

Une réunion d'experts de l'OIT qui s'est récemment tenue à Windhoek, en Namibie, a relevé que le SIDA a dépassé le stade du problème de santé pour devenir une véritable crise de croissance avec des conséquences potentiellement alarmantes pour l'Afrique et le monde. A Abidjan, l'accent sera mis sur les ravages du VIH/SIDA dans la population active. Une étude de l'OIT menée au Rwanda, en Tanzanie, en Ouganda et en Zambie a montré que 80% des personnes infectées par le VIH sont âgées de 20 à 49 ans, c'est-à-dire, en d'autres termes, qu'elles se trouvent dans la fleur de l'âge pour ce qui est de leur vie active. Les victimes souffrent de négligence, de discrimination et de persécution. Leurs survivants au sein de la famille subissent aussi les conséquences négatives de la situation puisque nombre d'entre eux sont des enfants laissés orphelins ou qui se retrouvent dans un foyer monoparental.

La conférence examinera la situation de ces groupes en Afrique et cherchera à intensifier la lutte contre le VIH/SIDA et contre la discrimination dont sont victimes les travailleurs infectés.

Du côté positif, le rapport du BIT relève que «l'ouverture démocratique amorcée à la fin des années quatre-vingt s'est en général poursuivie tout au long des années quatre-vingt-dix avec, dans la majorité des pays, la révision des Constitutions et des lois électorales, la mise en place d'institutions, l'instauration du pluralisme politique et syndical et l'organisation d'élections». Cependant, le rapport note également que ses progrès ont été fragiles du fait que le processus de démocratisation a été caractérisé par de nombreuses faiblesses: pauvreté chronique et ampleur du chômage; nombreux conflits armés provoquant une instabilité politique dans les pays concernés et entraînant des millions de personnes dans la pauvreté.

Le Directeur général du BIT estime que la première mission de l'OIT en Afrique doit être de saisir les opportunités créées par la démocratisation afin que «chacun, homme ou femme, puisse accéder à un travail décent et productif dans des conditions de liberté, d'équité, de sécurité et de dignité.»

«Malgré les conflits qui persistent», affirme le BIT, «l'afropessimisme s'estompe». Le principal organe de vigilance des Nations Unies s'agissant des questions liées au travail considère qu' «il importe que la reprise de la croissance se consolide et repose largement sur l'emploi; il faut aussi qu'elle soit soutenue par plus d'équité, de démocratie, de respect des droits de l'homme et de justice pour toutes les catégories de personnes, en particulier les groupes vulnérables comme les femmes, les personnes handicapées, les victimes d'un conflit, les travailleurs migrants et les enfants».

1 Afrique du Sud, Bénin, Burkina Faso, Egypte, Kenya, Madagascar, Mali, Ouganda, Sénégal, Tanzanie.

2 En 1998, la Conférence internationale du Travail a adopté une Déclaration solennelle sur les principes et droits fondamentaux du travail, qui réaffirme l'engagement de la communauté internationale à «respecter, promouvoir et appliquer de bonne foi» les droits des travailleurs et des employeurs à liberté d'association et le droit effectif à la négociation collective, et à œuvrer en faveur de l'élimination de toutes les formes de travail forcé ou obligatoire, l'abolition effective du travail des enfants et la suppression de la discrimination au niveau de l'emploi. La Déclaration souligne tous les Etats Membres de l'OIT ont l'obligation de respecter les principes fondamentaux qu'elle contient, même si'ils n'ont pas ratifié les conventions correspondantes.

Unité responsable: Communication et information au public

Référence: BIT/99/44

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