GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Les femmes ont payé un lourd tribut aux guerres qui ont fait rage dans de nombreuses régions du monde ces dix dernières années au Rwanda, en Bosnie, au Kosovo et en Afghanistan.
Pour faire connaître les souffrances que des milliers et des milliers de femmes et de filles ont endurées dans des conditions extrêmes, et souligner aussi leur résilience, le Bureau international du Travail (BIT) s'est associé au HCR à l'occasion de la Journée internationale de la femme qui sera célébrée le vendredi 8 mars. Le Directeur général du BIT, Juan Somavia, et le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, Ruud Lubbers, participeront à cette manifestation.
Trois femmes feront part de leur expérience de la vie en temps de guerre. Il s'agit de Zlata Filipovic, de Bosnie, de Latifa Rohina Sadat et de Chekeba Hachemi, toutes deux d'Afghanistan.
La population de réfugiés qui se forme lorsque éclatent des «troubles civils» ou des «conflits internes» est composée à 75 pour cent de femmes et d'enfants. Le rapport 1 sur les femmes et les conflits armés publié par le BIT en mars 2001 ( Gender and armed conflicts) révèle de sinistres statistiques de la guerre et les stratégies complexes de survie qu'adoptent les femmes confrontées à l'adversité.
Guerres et conflits exposent les femmes à une terreur particulière. Destruction de leur foyer, blessures, mort, ne sont pas les seuls risques qu'elles ont à craindre; le viol, la torture, l'esclavage sexuel ou économique et les unions ou le mariage forcés s'ajoutent souvent au lot d'horreurs qui accompagnent les guerres dans lesquelles il leur arrive de tout perdre, famille, mari et revenus.
Selon le rapport du BIT, le caractère nébuleux des récents conflits n'a fait qu'aggraver la violence. La guerre a changé et les armées nationales ne s'affrontent plus dans des batailles rangées; aujourd'hui, ce sont des communautés ou des pays tout entiers qui sombrent dans des conflits où les civils subissent des brutalités inouïes.
On estime que 250 000 à 500 000 femmes ou filles dont certaines âgées d'à peine cinq ans ont été soumises à la torture, à des sévices et au viol lors du génocide perpétré au Rwanda en 1994. L'organisation non gouvernementale Women for Women International déclare que «outre le traumatisme psychologique et physique causé par le viol, beaucoup de femmes ont donné naissance à des enfants issus de ces agressions; beaucoup souffrent de problèmes gynécologiques et de maladies sexuellement transmissibles tels que le SIDA».
Le BIT rapporte que, selon les estimations, 20 000 à 50 000 femmes auraient été violées en Bosnie, les opérations visant parfois à terroriser les communautés et à les atteindre dans leur identité ethnique.
Une étude 2 du BIT indique qu'en Afghanistan «il est clair que les violations des droits fondamentaux de la femme s'inscrivent dans un contexte beaucoup plus large créé par vingt-trois ans de conflits». Par ailleurs, note le rapport, «le veuvage et les déplacements de population font qu'un nombre croissant de ménages sont maintenant dirigés par des femmes, celles-ci étant amenées à assumer de nouvelles responsabilités, en raison de l'absence prolongée des hommes partis à la guerre. En outre, la découverte des services de santé fournis dans les camps de réfugiés et (pour certaines) des possibilités d'éducation et de formation professionnelle a modifié les attitudes et les aspirations.»
1 "Gender and Armed Conflicts", de Eugenia Date-Bah, Martha Walsh et al.,
2 "Capitalizing on Capacities of Afghan Women: Women's Role in Afghanistan's Reconstruction and Development", de Sultan Barakat et Gareth Wardell, Working Paper No. 4. Programme focal sur la réponse aux crises et la reconstruction
Notes biographiques consacrées aux trois
intervenantes invitées à participer
à la manifestation organisée par le BIT et le
HCR à l'occasion
de la Journée internationale de la femme, 8 mars
2002
Zlata Filipovic, 21 ans, a commencé à tenir son journal en septembre 1991, peu de temps avant son 11 e anniversaire. Elle y relate de façon émouvante la vie à Sarajevo lorsque cette ville a été assiégée.
Prisonnière dans son propre domicile, privée d'eau, de gaz et d'électricité, elle a confié ses peurs et ses espoirs à son journal, évoquant les amis et les membres de sa famille qu'elle a perdus et le combat que les siens ont dû mener pour survivre.
Son journal, dont des extraits ont d'abord été publiés en Croatie sous forme de brochure par le Centre international pour la paix, est devenu un best seller mondial, traduit dans 35 langues.
Depuis qu'elle a quitté Sarajevo en 1993, M me Filipovic n'a cessé de venir en aide aux victimes de la guerre. Elle a beaucoup parlé de l'urgence d'une paix stable dans l'ex-Yougoslavie et des souffrances que la guerre a infligées aux enfants de Sarajevo. Elle a étudié à Paris et à Dublin, et elle est aujourd'hui diplômée de l'Université d'Oxford (Angleterre).
Latifa Rohina Sadat, née à Kaboul en 1980, est issue d'une famille afghane instruite de la classe moyenne, à la fois libérale et religieuse. Adolescente, elle s'intéressait à la mode et au cinéma, aimait sortir avec ses amis et aspirait à devenir journaliste.
En septembre 1996, les Talibans ont pris le pouvoir à Kaboul. Elle s'est retrouvée prisonnière chez elle. Son école a été fermée et on a interdit à sa mère de travailler. Elle a été privée des libertés les plus simples et les plus fondamentales marcher dans la rue, regarder par sa fenêtre.
Latifa s'est mise à écrire pour raconter comment sa vie a changé sous le nouveau régime. Son livre a été publié et le monde y a découvert l'histoire extraordinaire des souffrances endurées par une jeune femme et sa famille pour survivre sous le régime des Talibans. Ce récit retrace avec force et sensibilité les combats menés alors par beaucoup de femmes.
En mai 2001, Latifa a fui en France, avec sa mère et son père. Elle espère pouvoir retourner en Afghanistan.
Chekeba Hachemi, 27 ans, participe depuis 1996 à l'œuvre humanitaire en Afghanistan; elle est la fondatrice et la présidente d'Afghanistan libre, une organisation humanitaire qui s'efforce d'améliorer l'accès des femmes afghanes à l'éducation, notamment dans le cadre de projets de construction et de réparation d'écoles et d'ateliers d'alphabétisation pour adultes. M me Hachemi vit en France depuis qu'elle a quitté l'Afghanistan, à l'âge de 10 ans.
M me Hachemi, qui était une amie proche du commandant Massoud, est la première femme diplomate nommée par le gouvernement afghan pour représenter son pays. Elle est en poste dans la nouvelle ambassade afghane à Bruxelles, où elle est responsable des projets humanitaires en faveur des femmes et de l'éducation.


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