GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le lauréat du Prix Nobel en économie, Joseph Stiglitz exhorte les décideurs politiques et économiques à apporter leur soutien aux objectifs de «travail décent, de plein emploi et de meilleures conditions de travail», défendus par l'Organisation internationale du Travail (OIT). Selon lui, les droits élémentaires au travail constituent un passage obligé et nécessaire au développement économique.
Prenant la parole au deuxième jour du Forum global sur l'emploi qui se tient au Bureau international du Travail (BIT), le professeur Stiglitz estime que, souvent, les politiques internationales actuelles considèrent le travail comme une matière première comme une autre, ignorant ou négligeant sa dimension humaine.
«Un développement durable, équitable et démocratique passe par des droits élémentaires comme la liberté d'association et de négociation collective», a-t-il ajouté.
Le Forum a attiré plus de 700 décideurs politiques et économiques venus du monde entier pour discuter de la «création d'emplois décents au 21ème siècle» et de la montée en puissance du chômage et de la pauvreté, deux phénomènes que le Directeur général du BIT, Juan Somavia, considère «comme les plus grandes menaces à la sécurité du plus grand nombre».
Lors de la session inaugurale de jeudi, M. Somavia et le Secrétaire général de l'ONU ont demandé aux participants du forum d'étudier la question d'un nouvel «Agenda global pour l'emploi». Le but de cet agenda est de combattre les défis qui, à court ou à long terme, vont se poser à l'emploi, y compris les licenciements et l'appauvrissement auxquels on s'attend au vu de la récession actuelle et des retombées du 11 septembre sur l'activité économique.
Selon le Professeur Stiglitz, les politiques économiques ne peuvent pas se contenter de «ne pas faire de mal». Elles devraient au contraire viser un meilleur bien-être pour tous.
«A cet égard, la communauté internationale devrait défendre l'idée du travail décent, du plein emploi et de meilleures conditions de travail. Si, avant toute décision relative à des ajustements structurels, nous pouvions exiger une estimation de leur impact sur l'emploi, il deviendrait alors fort probable que les politiques en faveur des travailleurs soient adoptées».
Le Professeur Stiglitz d'ajouter que dans de nombreux pays, les politiques en matière d'emploi ont été le parent pauvre de politiques économiques plus larges, elles-mêmes dominées par des «intérêts financiers ou commerciaux».
«Pendant trop longtemps, le monde du travail s'est non seulement soumis à ce modèle, mais l'a parfois mieux défendu que ceux à qui il profite», a-t-il ajouté. «Soyons très clairs: je ne prône pas un retour à la guerre des classes, mais je tiens simplement à ce que soient reconnus quelques vérités premières: les marchandages existent; l'incertitude existe; les conséquences des décisions économiques n'ont pas les mêmes effets pour tout le monde; le rôle des conseillers économiques est d'informer les décideurs des conséquences de leurs décisions; le rôle du monde politique est de prendre ces décisions».
Les tables rondes du forum
A la séance de ce matin, un groupe de discussion s'est réuni autour du défi que pose l'emploi des jeunes. Charles Hodson de CNN était le modérateur. Les participants ont relevé que 60 millions de jeunes sont actuellement dans l'incapacité de trouver du travail. Dans dix ans, ce chiffre pourrait atteindre 1200 millions.
Un deuxième groupe s'est penché sur la question de la coordination des politiques macro-économiques internationales avec le prix Nobel d'économie, le professeur Stiglitz, comme modérateur. Les participants ont insisté sur l'importance du rôle des gouvernements dans la protection de l'emploi dans une économie toujours plus mondiale. Ils ont également insisté sur l'importance de la mise en œuvre de politiques monétaires et fiscales qui stimulent la création d'emplois et génèrent plus d'équité.


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