Une étude de l'OIT révèle que le travail forcé et le trafic d'êtres humains se développent
L'OIT est une institution spécialisée des Nations-Unies
Accueil OIT > A propos de l'OIT > Centre de presse > Actualités > Une étude de l'OIT révèle que le travail forcé et ...

Une étude de l'OIT révèle que le travail forcé et le trafic d'êtres humains se développent

GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le travail forcé, l'esclavage et le trafic criminel d'êtres humains - en particulier de femmes et d'enfants - sont des phénomènes qui non seulement sont en hausse à travers le monde mais prennent en plus de nouvelles formes insidieuses, selon une nouvelle étude publiée aujourd'hui par le Bureau international du Travail (BIT).

Communiqué de presse | 25 mai 2001

GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le travail forcé, l'esclavage et le trafic criminel d'êtres humains - en particulier de femmes et d'enfants - sont des phénomènes qui non seulement sont en hausse à travers le monde mais prennent en plus de nouvelles formes insidieuses, selon une nouvelle étude * publiée aujourd'hui par le Bureau international du Travail (BIT).

Cette étude, intitulée Halte au travail forcé , a été préparée dans le cadre du suivi de la Déclaration de l'Organisation internationale du Travail (OIT) relative aux principes et droits fondamentaux au travail . Elle sera discutée par les 175 Etats membres de l'OIT lors de la 89 ème session de la Conférence internationale du Travail.

"La progression du travail forcé à travers le monde est très inquiétante", a déclaré le Directeur général du BIT, M. Juan Somavia. "Le tableau qui se dessine est celui d'un décor où l'esclavage, l'oppression et l'exploitation des éléments les plus vulnérables de la société - en particulier les femmes et les enfants - n'ont absolument pas été relégués au rang de simples vestiges du passé".

"A la lumière de ces constatations", a poursuivi le Directeur général, "le monde entier se doit de procéder à un réexamen de conscience et d'engager une action destinée à abolir le travail forcé et les conditions de vie et de travail souvent terribles qui accompagnent ce phénomène. Rien ne saurait justifier le travail forcé au vingt-et-unième siècle".

Selon le rapport, bien que des pratiques barbares aussi anciennes que l'esclavage et le servage de type féodal puissent sembler décliner sous l'impact conjugué du droit national et international et de l'action gouvernementale, elles n'en restent pas moins présentes dans le monde actuel. En outre, le phénomène du trafic d'êtres humains aux fins du travail forcé ou obligatoire prend une telle ampleur dans le monde que la plupart des pays entrent dans l'une des trois catégories - "pays d'envoi, pays de transit ou pays récepteurs".

Les principales destinations sont sans doute les centres urbains des pays les plus riches - Amsterdam, Bruxelles, Londres, New York, Rome, Sydney, Tokyo - ainsi que les capitales des pays en développement et en transition, affirme le rapport. Il n'en demeure pas moins que les flux du trafic d'êtres humains sont hautement complexes et variés. Des pays aussi différents que l'Albanie, la Hongrie, le Nigéria et la Thaïlande peuvent faire office à la fois de pays d'origine (d'envoi), de pays de destination (récepteurs) et de pays de transit.

Le rapport note que l'esclavage absolu, même s'il est de plus en plus rare dans le monde contemporain, se rencontre encore dans une poignée de pays, alors que l'enlèvement massif d'individus et de communautés entières n'est pas inhabituel dans des sociétés déchirées par des conflits telles que le Libéria, la Mauritanie, la Sierra Leone et le Soudan. Le recrutement forcé d'enfants afin de les faire participer à des conflits armés, qui constitue l'une des pires formes de travail des enfants, est également en hausse.

Des conditions analogues à l'esclavage et le servage pour dettes attendent de nombreux travailleurs qui sont la proie de pratiques de recrutement coercitives dans les zones rurales, en particulier lorsqu'il s'agit du travail dans les plantations agricoles ou du travail domestique. Des populations autochtones comme les Pygmées et les Bantous en Afrique ainsi que les Aymara et les Exnet en Amérique latine sont particulièrement vulnérables à de telles formes de travail forcé, note le rapport avant de citer le cas du travail forcé au Myanmar qui a provoqué une réaction exceptionnelle de la part de la communauté internationale. Le rapport n'en détaille pas moins les succès enregistrés par les efforts de lutte contre le travail forcé en Inde, au Népal et au Pakistan.

La pauvreté, le chômage, les troubles civils, la répression politique ainsi que la discrimination fondée sur le sexe ou sur la race déterminent un environnement par trop propice à l'exploitation des personnes vulnérables par les trafiquants, avertit le rapport. L'Europe, en particulier, a connu une explosion des trafics depuis l'éclatement de l'ancienne Union soviétique, alors que l'on rencontre en Europe et en Amérique latine de nombreuses usines exploitant leurs ouvriers - parmi lesquels on trouve de nombreux immigrants clandestins.

Le travail forcé est de plus en plus difficile à détecter dans la mesure où il s'articule souvent autour de bandes criminelles internationales qui considèrent que le trafic d'êtres humains est moins dangereux que le trafic de stupéfiants. Une bonne part du travail forcé concerne des activités illégales ou souterraines et sinon, il est caché au grand public. La progression du travail industriel irrégulier, de l'agriculture informelle et du secteur urbain informel sont autant de facteurs alimentant les forces économiques et sociales qui génèrent l'essentiel des migrations et de l'exploitation.

Dans des régions frontalières de l'Asie du Sud-Est, la coercition, la tromperie et la vente de mineurs sont le fruit d'un recrutement direct dans les villages, souligne le rapport avant de préciser que le secteur du sexe entretient l'essentiel de l'activité. Dans les Balkans et en Europe orientale - en particulier dans des pays comme la Moldavie, la Roumanie et l'Ukraine - le trafic des femmes ne cesse de progresser, la Bosnie-Herzégovine et la région du Kosovo apparaissant comme d'importantes destinations de transit sur le chemin de l'Europe. En Israël, on a constaté un afflux de femmes entrées dans le pays par le biais de nombreux réseaux criminels. On pense que chaque année les Etats-Unis sont la destination de 50 000 femmes et enfants victimes de trafic, les secteurs du sexe, des travaux domestiques et des travaux de nettoyage (dans les bureaux, les hôtels, etc..) alimentant l'essentiel de la demande: les principaux points d'entrée sont l'Etat de New York et la Californie.

En dépit de l'existence d'un consensus universel sur la définition du travail forcé (essentiellement tout travail accompli sous la contrainte et soumis à une peine), certains des aspects que prend le travail forcé continuent de faire l'objet d'un débat politique. Parmi les questions les plus litigieuses figure celle qui porte sur la participation obligatoire des citoyens à des travaux publics dans le cadre du développement économique - une pratique qui prévaut dans un certain nombre de pays asiatiques (notamment au Vietnam) ainsi que dans plusieurs pays africains (République centrafricaine, Sierra Leone et Tanzanie).

Le recours au travail en prison est un autre sujet de contentieux pour les pays où la réhabilitation (rééducation) par le travail fait partie de la peine, comme cela est le cas en Chine, ainsi que pour les pays, comme la Malaysie, les Etats-Unis et Madagascar par exemple, où est autorisée la sous-traitance à des entreprises privées du travail effectué par des prisonniers.

En dépit des différentes formes que prend le travail forcé et malgré l'ampleur du phénomène, le rapport met l'accent sur un certain nombre de succès enregistrés par le mécanisme de contrôle international et par les programmes de l'OIT qui attirent l'attention sur les problèmes et contribuent à les résoudre. A titre d'exemple, on mentionnera que certains pays adoptent une approche pluri-ministérielle impliquant les secteurs de la justice, des douanes, de la sécurité sociale et du travail dans la traque des opérations clandestines qui dépendent du travail forcé.

Une première étape essentielle de toute méthode visant à éliminer le travail forcé consiste à aider les gouvernements à identifier la nature et l'ampleur des problèmes à l'intérieur de leurs frontières nationales et au-delà, affirme le rapport. Le mélange complexe de considérations économiques et sociales alimentant le travail forcé permet difficilement à un pays de faire face seul à ce problème.

La complexité du phénomène exige une combinaison de mesures de lutte contre la pauvreté et de régulation du marché du travail. Les problèmes durables associés au travail forcé devraient être liés aux institutions agraires - lesquelles devraient être réformées en tenant compte des préoccupations liées à l'agriculture durable, à la productivité et aux droits de l'homme. Le trafic d'êtres humains, bien qu'il comporte des dimensions en rapport avec le travail forcé, devrait également être appréhendé sous d'autres perspectives. Dans la mesure où l'OIT dirige des projets de micro-financement, de réhabilitation et de requalification des travailleurs sortis de situations de travail forcé, et étant donné que l'Organisation est en train d'élargir sa base de connaissance sur les trafics associés au travail et les mesures de prévention en faveur des personnes qui y sont exposées, on peut dire que l'OIT et ses partenaires ont un défi global et mondial à relever. Pour répondre à ce défi, après que ce rapport aura été discuté par la Conférence internationale du Travail, l'OIT est déterminée à travailler en étroite collaboration avec les gourvernements, les employeurs et les travailleurs dans des pays spécifiques ainsi qu'avec la communauté internationale du développement.

Le rapport met l'accent sur le Programme international de l'OIT pour l'abolition du travail des enfants (IPEC) qui travaille avec les gouvernements, les syndicats et les organisations d'employeurs ainsi qu'avec les ONG afin de résoudre les problèmes relatifs au travail et au trafic des enfants. Les programmes impliquant les femmes - par le biais de l'éducation, de la formation, de l'accès au crédit et d'autres outils de promotion des capacités - se sont avérés cruciaux pour l'efficacité de la stratégie de lutte contre le trafic d'enfants.

Le rapport examine le rôle important joué par les institutions responsables de l'application des lois et par les organes des Nations Unies qui ont réuni leurs forces pour coordonner les efforts et s'attaquer au problème sur plusieurs fronts (comme l'illustre le Programme mondial contre le trafic des êtres humains). En outre, les organisations de travailleurs et d'employeurs, ainsi que des entreprises à titre individuel, ont pris un certain nombre de mesures concrètes en souscrivant par exemple à l'Initiative globale (Global Compact), cet accord de partenariat du système des Nations Unies avec le monde des affaires qui a placé le droit de ne pas être soumis au travail forcé comme l'un de ses principes fondateurs.

Le rapport du BIT se termine par un appel lancé aux gouvernements et aux partenaires sociaux de tous les pays afin qu'ils approfondissent la connaissance du phénomène et qu'ils redoublent d'efforts pour éliminer cette terrible atteinte à la liberté humaine sous toutes ses formes.

* Halte au travail forcé, Rapport global en vertu du suivi de la Déclaration de l'OIT relative aux principes et droits fondamentaux au travail, Conférence internationale du Travail, 89e session 2001. Bureau international du Travail, Genève. ISBN: 92-2-211948-7. Prix: 20 francs suisses.

Unité responsable: Communication et information au public

Référence: BIT/01/15

Ce contenu est disponible en
English  Español 
A A+ A++ Imprimer Envoyer
Fermer

Courriel

Une étude de l'OIT révèle que le travail forcé et le trafic d'êtres humains se développent

Pour

Adresse e-mail:
Séparez les adresses par une virgule (,)

Vos coordonnées:

Votre nom:
Votre E-mail:
Envoyer
Partager ce contenu
Retournez en haut de la page
© 1996-2012  Organisation internationale du Travail (OIT) | Droit d'auteur et autorisations | Déclaration de protection de la vie privée | Déni de responsabilité