GENÈVE (Nouvelles du BIT) - La Convention n°182 de l'OIT (1999), norme internationale fondamentale sur les pires formes de travail de enfants, a été ratifiée par 27 gouvernements 1 pendant sa première année, obtenant ainsi plus de ratifications que toute autre Convention de l'OIT pendant une période comparable, a annoncé aujourd'hui le Bureau international du Travail. La Convention entrera en vigueur le 19 novembre de cette année.
Parlant d'une réception qui sera organisée dans le cadre de la Conférence internationale du Travail à l'intention des délégués des pays qui ont ratifié la Convention, le Directeur général du BIT, M. Juan Somavia, s'est dit heureux de voir tant d'Etats Membres de l'OIT désireux d'accélérer sa ratification et a réitéré son intention de faire de l'abolition des pires formes de travail des enfants une cause mondiale.
A cette occasion, M. Juan Somavia a déclaré ce qui suit: «La rapidité avec laquelle cette Convention est ratifiée montre que le combat contre le travail des enfants, et en particulier contre ses pires formes, est de plus en plus soutenu, et nous permet d'espérer que l'élimination de ce fléau deviendra une réalité pour les millions d'enfants qui sont aujourd'hui exploités.»
La réception, qui est ouverte à la presse, viendra honorer les pays qui ont ratifié cette Convention fondamentale de l'OIT et qui cherchent à en accélérer la ratification universelle. Elle se tiendra au 11 e étage du bâtiment du BIT de 12 heures à 13 heures le mercredi 7 juin.
La Convention n°182, qui a été adoptée à la session de la Conférence internationale du Travail de juin 1999, devrait recueillir 12 autres ratifications avant la fin de la session actuelle de la Conférence internationale du Travail, le 15 juin. De nombreuses autres ratifications sont attendues.
La Convention n°105 sur l'abolition du travail forcé est la seule autre Convention de l'OIT à avoir atteint ce taux de ratification, avec 17 ratifications pour la première année qui a suivi son adoption.
La Convention n°182 et la Recommandation n°190 qui l'accompagne définissent les pires formes de travail des enfants comme celles qui ont un effet débilitant sur la santé, les mœurs ou le bien-être psychologique des enfants et qui risquent d'entraver le développement normal de l'enfant et son passage à l'âge adulte. Font partie de ces activités les activités industrielles dangereuses telles que l'extraction minière ou les activités illégales comme la prostitution, la pornographie et le trafic de drogues, les travaux réalisés dans des conditions extrêmes de chaleur ou de froid, et le travail qui implique une exposition à des substances et des produits chimiques dangereux.
La Convention oblige les Etats à interdire ces activités et à élaborer et mettre en œuvre des programmes d'action visant à éliminer les pires formes de travail des enfants en priorité. Ces deux instruments ont été adoptés à l'unanimité par la 87 e session de la Conférence internationale du Travail le 17 juin 1999 et viennent compléter une autre norme internationale sur le travail des enfants, y compris la Convention n°138 sur l'âge minimum (1973), qui est ratifiée aujourd'hui par 90 des 175 Etats Membres de l'OIT.
Grâce à son Programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC), qui a été lancé en 1992, l'OIT a joué un rôle positif par l'intérêt et le soutien qu'elle suscite à l'égard de cette nouvelle Convention. Sur les 27 pays qui ont ratifié la Convention jusqu'ici, 17 font partie des 90 pays partenaires de l'IPEC, parmi lesquels on trouve des donateurs, des pays participants et des pays préparatoires.
Cette nouvelle Convention commence à avoir des répercussions concrètes sur la vie des enfants qui travaillent. En effet, elle suscite non seulement des changements de politique générale et de législation, mais aussi des actions concrètes.
C'est ainsi qu'en Indonésie, premier pays d'Asie à avoir ratifié la Convention, la préoccupation grandissante ressentie à propos des pires formes de travail des enfants a abouti, entre autres, à la création d'un comité de haut niveau de lutte contre le travail des enfants sur les plates-formes de pêche (Jermals), qui constitue l'une des formes les plus horribles du travail des enfants dans ce pays. 2 Un projet destiné à arracher près de 2 000 enfants à l'industrie des Jermals dans certaines régions du Nord de Sumatra et à les réinsérer dans la vie normale a été lancé dans le cadre de l'IPEC.
Au Brésil, le Programa de Erradicacao do Trabalho Infantil (PETI) a été élargi en 1998 dans le cadre des actions menées en vue de la ratification de la Convention, le but étant d'arracher 120 000 enfants à certaines des pires formes de travail des enfants dans le pays, y compris le travail dans les mines de charbon, les plantations de thé, la production de sisal, les carrières, les plantations de canne à sucre et les mines.
En Afrique, continent où ce phénomène est le plus répandu (80 millions d'enfants en 1999), l'adoption de cette nouvelle Convention a entraîné un développement sans précédent des activités de l'IPEC. En plus des programmes nationaux en cours, des activités sont menées au Kenya et en Tanzanie pour soustraire les enfants au travail dans les plantations de café et de thé. Dans un certain nombre de pays d'Afrique occidentale, des programmes de lutte contre la traite des enfants, leur exploitation comme travailleurs domestiques et leur utilisation comme soldats sont en préparation.
L'IPEC est également en train de réaliser des enquêtes statistiques et des travaux de recherche orientés vers l'action afin d'obtenir des données quantitatives à jour et des informations qualitatives sur toutes les formes de travail des enfants, y compris les pires.
L'IPEC s'est engagé sérieusement ces derniers temps à créer des liens solides de partenariat avec d'autres organismes qui s'occupent du travail des enfants. D'ailleurs, un programme de recherches conjointes avec l'UNICEF et la Banque mondiale qui est centré à Florence, en Italie, au Centre de recherches Innocenti de l'UNICEF, a été lancé récemment dans le but d'élaborer de nouvelles stratégies pour comprendre le travail des enfants et son impact.
Les contributions à l'IPEC ont sensiblement augmenté après l'adoption de la Convention. Les contributions importantes faites par les Etats-Unis et beaucoup d'autres donateurs ont pratiquement triplé la dimension pratique du programme, ce qui lui permet de développer ses activités dans des zones et des régions qui sont sous-représentées, comme les Caraïbes et l'Afrique.
1 Afrique du Sud, Belize, Brésil, Botswana, Canada, Etats-Unis, Finlande, Ghana, Hongrie, Indonésie, Islande, Irlande, Italie, Jordanie, Malawi, Maurice, Mexique, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Portugal, Qatar, Royaume-Uni, Rwanda, Saint-Marin, Sénégal, Seychelles, Slovaquie et Tunisie.
2 Les «Jermals» sont des plates-formes dangereuses faites de planches érigées à partir des fonds marins sur lesquelles reposent des planches qui forment des plates-formes sur lesquelles travaillent et vivent des enfants et des hommes qui sont employés comme pêcheurs. Les enfants y sont confinés pour des périodes de trois mois et plus, et y sont soumis à des abus physiques, mentaux et moraux.


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