GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Les tensions politiques, le fléchissement de l'économie mondiale et la psychose du voyageur ont entraîné la perte de millions d'emplois dans le secteur du tourisme, et l'on n'entrevoit pas de reprise possible avant 2005, indique un nouveau rapport * du Bureau international du Travail (BIT) publié aujourd'hui.
Le document intitulé Impact of the 2001-2002 crisis on the hotel and tourism industry («Impact de la crise 2001-2002 sur l'industrie hôtelière et touristique») précise que, durant cette période, l'industrie liée au tourisme a vu disparaître quelque 6,6 millions d'emplois, mettant au chômage un salarié du secteur sur 12.
«La reprise dans l'industrie du tourisme attendue en 2002 ne s'est simplement pas produite», a constaté M. Juan Somavia, Directeur général du BIT. «Après une croissance de 4 pour cent ou plus, pendant plusieurs années, la demande dans ce secteur a stagné l'an dernier, entraînant la perte continue d'emplois, sans qu'apparaisse le moindre signe d'un revirement en 2003.»
Pour s'attaquer à ce problème, le BIT tiendra, du 13 au 15 mai à Bangkok, une réunion régionale tripartite sur le thème de l'emploi dans l'industrie touristique en Asie et dans le Pacifique.
Les problèmes auxquels le tourisme s'est trouvé confronté ont eu des conséquences négatives dans de nombreux pays. Paradoxalement, certains autres, dont la Chine, la Croatie, Chypre, la Slovénie, la Turquie et le Viet Nam, ont signalé un afflux croissant de touristes étrangers. Selon toute vraisemblance, il s'agit de ressortissants de pays voisins qui ont décidé de passer leurs vacances près de chez eux, de préférence à des lieux de villégiature lointains, qui supposent de longs vols.
Les représentants du secteur n'excluent pas une modeste reprise de l'activité en 2003, mais ils estiment qu'elle ne permettra de récupérer que peu d'emplois, ce qui laisse supposer, selon le BIT, que l'année s'achèvera sur une perte totale de quelque 6,4 millions d'emplois depuis le début de la crise.
«La reprise attendue en 2002 de l'industrie touristique n'a pas eu lieu puisque aussi bien les résultats ont été décevants au second semestre de l'année et que l'emploi a continué de baisser dans de nombreuses régions», a déclaré M. Juan Somavia, Directeur général du BIT. «Si l'on compare ce qu'il est advenu de projections antérieures fondées sur une croissance imaginée avant le 11 septembre, on constate qu'il y a eu, en 2002, une baisse annuelle réelle de 4 pour cent dans la demande voyages et tourisme.»
«Nous pensons que l'industrie touristique mondiale ne retrouvera pas son niveau de 2000 avant 2005», a ajouté M. Somavia. «Il est, de ce fait, probable que le niveau mondial de l'emploi dans cette industrie va stagner dans les deux prochaines années.»
Le rapport cite, parmi les facteurs freinant une reprise, la crainte de nouvelles attaques contre des touristes, comme celles survenues à Bali et au Kenya en 2002, et l'évolution politique au Moyen-Orient et ailleurs. Cela a eu pour effet de modifier les options des candidats au voyage et l'état général de l'économie mondiale.
L'industrie hôtelière et touristique ont souffert des effets combinés d'un fléchissement général de l'économie, qui a commencé début 2001, et de l'onde de choc des attentats du 11 septembre. Alors que la récession économique a vu le taux de croissance annuel, qui était en moyenne de 4,5 pour cent, plonger bien au-dessous de 4 pour cent, le taux de croissance de l'industrie est resté dans le rouge tout au long de l'année 2001 (entre -1 et -5 pour cent).
En 2001, les revenus du tourisme étranger ont chuté de 5,1 pour cent à prix constants en dollar, et le nombre de touristes de par le monde a baissé de 0,6 pour cent. Les plus touchés ont été le Moyen-Orient et les Amériques, en particulier l'Amérique du Nord où les entrées de touristes ont accusé une baisse de 6,8 pour cent pour l'année 2001, avec une pointe de 22,6 pour cent au cours des quatre derniers mois, par rapport à la période correspondante de l'an 2000.
Les nouvelles tendances relevées montrent bien une préférence des voyageurs à rester plus près de chez eux. Les experts concordent sur un point: la trilogie «mer, sable, soleil» et le dépaysement dans des contrées exotiques sont tombés en désuétude. «Les pays en développement vont avoir à relever un défi particulier pour compenser le déclin des voyages lointains», a estimé M. Somavia. Bali est un bon exemple: après l'attaque terroriste, l'industrie touristique de l'île tente de compenser la perte de touristes du Japon, d'Australie et du monde occidental en attirant, par des prix raisonnables, ceux des pays voisins comme Singapour et la Malaisie et le tourisme domestique, notamment en provenance de la grande île indonésienne de Java.
Les Etats-Unis ont sans doute été parmi les plus affectés: les arrivées de touristes se sont effondrées de plus de 30 pour cent pendant la période qui a suivi les évènements du 11 septembre, par rapport à la période correspondante de l'année précédente. Pour l'ensemble de 2001, les recettes touristiques ont baissé de 5,8 pour cent, et l'on est loin d'une reprise en 2002 (-0,4 pour cent). Même si les projections de dépenses de voyages aux Etats-Unis laissent entrevoir une hausse de 5 pour cent en 2003 pour atteindre 555,6 millions de dollars, ce résultat restera bien en dessous de celui de 2000.
Pour les seuls Etats-Unis, l'emploi dans ce secteur a chuté de 5,8 pour cent en 2001, se traduisant par une perte de 1,1 million d'emplois, et l'on estime que les deux tiers des 760 000 emplois appelés à disparaître en 2002 dans les agglomérations américaines concernent les voyages, le tourisme et les activités qui s'y rattachent. Proches des Etats-Unis, d'autres pays ont connu une baisse significative de la fréquentation touristique: le Canada (-19 pour cent), Cuba (-26 pour cent), la République dominicaine (-25 pour cent), le Mexique (-24 pour cent) et la Jamaïque (-20 pour cent).
En Europe, nombre de pays, qui attendaient un afflux important de touristes venant des Etats-Unis, ont vu le nombre de visiteurs décliner sensiblement: -17 pour cent en Allemagne, -16 pour cent en Suisse, -12 pour cent au Royaume-Uni, -11 pour cent en Italie, et -9 pour cent en Autriche. Ailleurs, le phénomène a été plus sensible encore: -25 pour cent aux Philippines et -21 pour cent en Australie.
D'autres pays, considérés à tort ou à raison comme comportant des risques, non nécessairement liés aux événements du 11 septembre, ont connu une chute importante de la fréquentation touristique: -22 pour cent pour le Népal, et -16 pour cent pour l'Egypte et le Sri Lanka respectivement. Quant au secteur touristique marocain, il a accusé une baisse record de 43 pour cent de ses revenus en janvier 2002 par rapport à janvier 2001.
A l'inverse, certains pays de l'Europe du sud ont tiré profit de la situation et attirent beaucoup plus de touristes qu'autrefois, offrant probablement une solution alternative à nombre d'européens, peu enclins désormais à de longs voyages dans les airs. Cela a notamment été le cas, en 2001, de la Turquie (+12 pour cent), la Croatie (+12 pour cent), la Slovénie (+11 pour cent), l'Espagne (+3 pour cent), la Grèce (+2 pour cent) et Chypre (+1 pour cent).
Un autre pays a tiré son épingle du jeu, la Chine, qui a connu une croissance impressionnante du flux touristique, domestique et étranger. Les revenus annuels tirés du tourisme ont augmenté de quelque 12,7 pour cent au cours des dernières années, un rythme plus rapide que celui du produit intérieur brut (7,4 pour cent en moyenne).
* Impact of the 2001-2002 crisis on the hotel and tourism industry («L'impact de la crise 2001-2002 sur l'industrie hôtelière et touristique»), par Dirk Belau, Bureau International du Travail, janvier 2003.


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