GENÈVE (nouvelles du BIT) - A Genève, en chair et en os, à Bagdad, par satellite interposé, d'éminentes femmes journalistes se sont réunies aujourd'hui à l'Organisation internationale du Travail (OIT) pour y partager leur expérience de femmes, journalistes de terrain confrontées à la réalité des guerres et des conflits et pour expliquer comment, par leur travail, elles défendent, à leur façon, les droits de toutes les femmes.
La guerre «n'est pas qu'un jeu de garçons. Les femmes représentent la moitié des personnes qui y sont impliquées», a rappelé Kate Adie, directrice du réseau de correspondants de la BBC. Souvent primée pour ses reportages qui l'ont emmenée de la guerre du Golfe en Bosnie, Kate Adie a couvert la plupart des conflits mondiaux et vient également de publier ses mémoires.
A ce titre, elle fut l'une des invitées de la conférence organisée par l'OIT sur le thème: «Mission dangereuse: femmes journalistes dans les zones de conflit». Les participantes ont évoqué les défis particuliers auxquels les femmes - qu'elles soient reporters ou membres de la société civile - doivent faire face lorsqu'elles se retrouvent dans une zone de conflit.
«En organisant des conférences de presse réservées exclusivement aux femmes, Eleanor Roosevelt avait ainsi obligé les directeurs de journaux à engager des femmes dans leurs rédactions. Après avoir longtemps été confinées dans les pages mode, on les retrouve désormais sur tous les fronts, ceux de l'actualité et des combats», a souligné Juan Somavia, le Directeur général du Bureau international du Travail (BIT). «Pour accéder à cette reconnaissance, ces femmes ont dû franchir les obstacles invisibles de la discrimination, ce qui nous permet aujourd'hui de bénéficier d'un point de vue plus féminin sur ces conflits qui semblent, de plus en plus, vouloir marquer notre époque de leurs empreintes.»
Outre Kate Adie, les conférencières invitées, furent:
Christine Anyanwu: cette journaliste nigériane a été condamnée à la prison à vie pour avoir témoigné en 1995 d'une tentative de coup d'Etat contre Sani Abacha, alors président du Nigéria. Pendant les trois années de son incarcération, elle recevra de nombreux prix, tous en rapport avec la liberté de la presse.
Nadia Mehdid: cette journaliste algérienne est aujourd'hui responsable de la rubrique internationale d' Asharq Al Awsat, un quotidien panarabe basé à Londres. A l'époque de son engagement, elle était la première femme à rejoindre la rédaction de ce journal. Après dix années d'absence de son journal du territoire irakien, elle fut la première à retourner travailler à Bagdad.
Quant à Rym Brahimi, l'actuelle correspondante de CNN en Irak, elle est intervenue en direct depuis Bagdad, grâce à une liaison satellite. Elle fit part de l'atmosphère très tendue qui prévaut dans la capitale irakienne et qui affecte particulièrement les femmes. Démoralisées, ces dernières se tournent vers la religion pour y trouver une forme de réconfort. «Je n'ai pas fait l'Afghanistan et donc je ne peux pas comparer les deux situations mais, ici, c'est réellement effrayant», a-t-elle expliqué. «Mais on ne pense pas à la peur. On est là pour faire son travail, sans trop se poser de questions. Voilà ce qui importe», a-t-elle ajouté.
En fait, les femmes doivent se battre plus que les hommes si elles veulent, comme eux, être envoyées sur les points chauds de la planète, a indiqué Kate Adie. Lors du conflit en Bosnie, plusieurs de ses collègues femmes lui avaient fait la confidence que leur motivation première pour être à Sarajevo était liée au fait que c'est dans cette ville que tous leurs collègues masculins voulaient être envoyés. «Nous, les femmes, nous devons courir pendant que les hommes peuvent se contenter de marcher», a-t-elle ajouté.
Quel que soit le type de reportage, les femmes journalistes se battent pour les droits des autres femmes. Ce point a fait l'unanimité auprès des conférencières. «Les femmes n'ont pas le même regard que les hommes sur les conflits», a indiqué Kate Adie. «Les hommes ne s'intéressent qu'aux machines de guerre, ces jouets grandeur nature de leur enfance, pendant que nous, les femmes, nous préférons nous inquiéter de savoir comment la société civile se débrouille pour survivre dans un contexte de guerre ou de savoir comment la reconstruction va pouvoir s'opérer une fois que les armes se seront tues.»
Pour Christine Anyanwu, cette vision plus large, les femmes peuvent l'exercer tant en période de paix qu'en temps de guerre. «Après des années consacrées au reportage, je vais fonder ma propre station de radio qui laissera la parole aux femmes qui veulent se faire entendre», a-t-elle indiqué. «Les problèmes spécifiques des femmes doivent encore faire l'objet d'une sérieuse prise de conscience tant par le continent africain que par l'ensemble de la planète.»
Pour Nadia Mehdid, les femmes peuvent couvrir des conflits qui n'entrent pas dans la catégorie des guerres proprement dites. Il peut s'agir de la perception du rôle des femmes dans la société, des guerres de l'information, des extrémismes et de ces autres formes de violence, déclarée ou plus subtile, encore dirigées contre les femmes dans de nombreuses sociétés.
«Nous, les femmes, nous devons souvent faire face à des visions étriquées voire désobligeantes qui sont le produit de cultures particulières», a-t-elle ajouté.
«Que ce soit un champ de bataille, un point chaud ou encore une zone dangereuse, toutes ces femmes ici présentes ont choisi les endroits les moins sûrs du monde comme lieu de travail», a rappelé Juan Somavia. «En agissant de la sorte, les femmes continuent à transformer leur environnement de travail dans le monde. Malgré l'augmentation des chances qui s'ouvrent à elles, les barrières invisibles de la discrimination demeurent intactes et les écarts entre les salaires une réalité.»
Selon diverses études, 40 pour cent des informations sont préparées par des femmes, et un peu plus de la moitié d'entre elles les présentent à la télévision ou à la radio.


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