GENÈVE (Nouvelles du BIT) - La situation économique et sociale s'est à nouveau gravement détériorée dans les territoires occupés l'an dernier, entraînant avec la montée du chômage et la baisse des revenus «une crise humanitaire sans précédent», indique un rapport (Note 1) du Directeur général du Bureau international du Travail (BIT), Juan Somavia.
Le rapport, qui sera discuté jeudi par la Conférence internationale du Travail, réunie à Genève, relève cependant que «la situation économique et sociale semble s'être stabilisée au cours du premier trimestre de 2003, mais à un niveau nettement plus bas qu'avant le début de l'intifada en septembre 2000».
Le document constate par ailleurs que la situation qui prévaut «a plongé l'économie israélienne dans une récession sans précédent»: pour la seconde année consécutive, la croissance du Produit intérieur brut (PIB) a été négative en 2002. La Banque d'Israël a estimé le coût, direct et indirect, de l'intifada pour l'économie entre 3 et 3,8 pour cent de ce PIB.
La période allant de juin 2002 à mai 2003 a été marquée par «un approfondissement de la crise économique et sociale dans les territoires occupés», indique le rapport, qui note que, en 2002, le chômage s'est encore accru (entre 31 et 38 pour cent) et que la baisse cumulée du revenu par habitant a atteint l'an dernier «le taux impressionnant» de 47,7 pour cent par rapport à celui de 1999.
Selon certaines estimations, 60 pour cent de la population des territoires occupés (soit près de deux millions de personnes) vivaient, en 2002, avec moins de 2,15 dollars par jour, indique le rapport, qui explique: «les restrictions sévères à la circulation des personnes et des biens à l'intérieur des territoires occupés et entre ces territoires et Israël se sont soldées par une baisse spectaculaire de la consommation, des revenus et de l'emploi, et par une contraction sans précédent de l'activité économique, qu'il s'agisse de la production, du commerce ou de l'investissement». «La situation actuelle est inacceptable, et il faut y mettre un terme», affirme le rapport.
Le rapport constate cependant que la situation semble être à un «tournant» depuis le début de l'année, en raison des développements politiques sur le terrain et de la «feuille de route» proposée par le quatuor (ONU, Union Européenne, Etats-Unis et Russie) et prévoyant la création d'un Etat palestinien et la fin du conflit dans deux ans.
Le texte note également «un certain assouplissement des bouclages» au début de l'année, comparé à la situation qui régnait à la mi-2002, une augmentation des permis de travail délivrés aux travailleurs palestiniens employés en Israël, la reprise des versements à l'Autorité palestinienne des recettes fiscales perçues par le gouvernement israélien, des efforts des travailleurs et employeurs palestiniens, et une «assistance massive» des donateurs, estimée à 1,1 milliard de dollars en 2002. Mis côte-à-côte, ce sont là les facteurs qui ont contribué à une modeste stabilisation de la situation économique.
Le rapport constate toutefois que le bouclage des territoires reste «une caractéristique dominante de la vie quotidienne», et que l'érection du mur de séparation le long de la frontière ouest de la Rive occidentale, les incursions militaires, destructions et pertes en vies humaines, et la poursuite de la politique de colonisation contribuent à une détérioration de la situation. Sur ce dernier point, le texte se fait l'écho d'estimations situant à 401 000 le nombre de colons installés dans les territoires, y compris Jérusalem-Est et le Golan. Citant le Gouverneur de Gaza, il affirme que, dans cette ville, «une colonie de six familles est protégée en permanence par plus de 500 soldats israéliens».
Evoquant les perspectives ouvertes par la «feuille de route», M. Somavia souligne que «dans ce cadre, la création d'institutions du travail est un élément essentiel». L'Organisation internationale du Travail (OIT), qui a déjà apporté, sur ses propres ressources, une contribution de 1,4 million de dollars affectée en partie à la création d'un Fonds palestinien pour l'emploi et la protection sociale, «aura un rôle à jouer pour les questions de l'emploi, de la sécurité sociale et du dialogue social».
«L'OIT a pris des mesures et continuera à en prendre pour renforcer son programme de coopération technique visant à créer des emplois et des possibilités d'emploi durable ainsi qu'à réformer les institutions du travail», indique le rapport.
Oeuvrant de concert avec les travailleurs et les employeurs, l'Organisation prêtera son assistance à l'Autorité palestinienne pour mettre en application son programme de réformes et bâtir les fondements de l'Etat. Elle coopérera avec le ministère du Travail et les organisations d'employeurs et de travailleurs pour mettre en place des institutions viables et adaptées à un Etat démocratique, fournira une assistance technique destinée à créer et mettre en route le Fonds palestinien pour l'emploi et la protection sociale, et apportera son concours pour la création d'un système de protection sociale, qui fait cruellement défaut.
«Il est essentiel que s'instaure un dialogue social constructif visant à préparer et à accompagner les nombreuses réformes qui doivent être mises en place pour stimuler la reprise économique et garantir aux travailleurs palestiniens des droits au travail, des emplois productifs et rémunérateurs, et une protection», ajoute M. Somavia. «En dernière analyse, le succès des programmes que nous menons avec nos mandants est tributaire de l'amélioration de la situation politique et de la coopération collective. Nous serons toujours prêts à favoriser le dialogue en vue de la paix. Nous devons tous encourager l'espoir et aller de l'avant.»
Note 1 - La situation des travailleurs des territoires arabes occupés , Rapport du Directeur général, Annexe, Conférence internationale du Travail, 91 session 2003, Bureau international du Travail, Genève. ISBN 92-2-212884-2. Prix: 12,50 francs suisses.


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