La crise de l'emploi dans le monde met en péril la démocratie et la liberté, estime le Directeur général du BIT Générer par la croissance des milliers de milliards et des emplois au compte-gouttes n'est pas viable, affirme-t-il
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La crise de l'emploi dans le monde met en péril la démocratie et la liberté, estime le Directeur général du BIT Générer par la croissance des milliers de milliards et des emplois au compte-gouttes n'est pas viable, affirme-t-il

L'énorme écart qui existe entre des richesses évaluées en milliers de milliards et les emplois au compte-gouttes que génère l'économie mondiale constitue une sérieuse menace à la sécurité internationale, au développement et à la démocratie, et demande que l'on s'en préoccupe dans l'urgence, a déclaré lundi le Directeur général du BIT, Juan Somavia.

Communiqué de presse | 6 juin 2005

GENÈVE (Nouvelles du BIT) - L'énorme écart qui existe entre des richesses évaluées en milliers de milliards et les emplois au compte-gouttes que génère l'économie mondiale constitue une sérieuse menace à la sécurité internationale, au développement et à la démocratie, et demande que l'on s'en préoccupe dans l'urgence, a déclaré lundi le Directeur général du BIT, Juan Somavia.

"La crise mondiale de l'emploi est la question politique la plus pressante de notre temps", a indiqué M. Somavia, qui s'adressait aux quelque 3 000 délégués - gouvernements, travailleurs et employeurs - participant, à Genève, à la 93e Conférence internationale du Travail. "Le feu rouge clignote aujourd'hui sur l'état de l'économie mondiale", a-t-il prévenu.

Citant des données établies par le BIT et illustrant le contraste relevé entre un taux de croissance mondial de 5 pour cent et une hausse décevante de l'emploi de 1,7 pour cent en 2004, M. Somavia a dit: "En d'autres termes, le produit mondial s'est accru de près de 4 000 milliards de dollars US, alors que le nombre de chômeurs dans le monde n'a baissé que de 500 000."

"Des milliers de milliards de richesses créées, des emplois au compte-gouttes", a poursuivi M. Somavia. "La crise de l'emploi dans le monde met en danger la sécurité, le développement, les économies ouvertes et les sociétés libres. Ce n'est pas là une orientation viable."

Le Directeur général du BIT a souligné devant la Conférence que l'économie mondiale avait évolué vers ce qu'il a appelé "un vide éthique", parce qu'elle "obéit à des politiques que beaucoup estiment être essentiellement axées sur les valeurs du marché et bien peu sur les valeurs humaines. La conséquence première est qu'il y a plus d'insécurité et moins de liberté."

M. Somavia a estimé que le déséquilibre constaté entre la mondialisation et la croissance, d'une part, la création d'emplois, de l'autre, était une source grandissante de préoccupation dans le monde. Une réalité l'illustre: plus d'un milliard d'êtres humains sont au chômage ou considérés comme des travailleurs pauvres et près de la moitié des travailleurs dans le monde vivent avec moins de 2 dollars par jour.

Le Directeur général du BIT a fait remarquer que, dans certains pays, jusqu'à neuf personnes sur dix travaillaient dans l'économie informelle, une économie "désorganisée, sans protection et instable" et que moins de la moitié des jeunes en âge de travailler, dans le monde, avaient un emploi l'an dernier.

"Il nous faut rétablir le lien rompu entre la croissance économique et la création d'emplois, rééquilibrer les priorités, revaloriser le travail et retenir les bonnes politiques d'investissement", a-t-il dit. "Il nous faut aussi porter l'emploi et le travail décent au cœur du débat international sur le développement."

Notant que "le travail est au centre des préoccupations économiques, politiques et sociales des populations", M. Somavia a souligné que l'Organisation avait répondu à la crise mondiale de l'emploi en réorientant son action pour se concentrer sur les valeurs fondamentales de l'OIT, la dynamisation de ses opérations et la promotion de son programme sur le travail décent.

Le Directeur général du BIT a indiqué que ce programme recueillait une adhésion croissante, qui s'est manifestée au sein de différents forums: Sommet extraordinaire de l'Union africaine sur l'emploi et la pauvreté en septembre dernier, Réunion régionale européenne de l'OIT, en février à Budapest, récents Sommets des chefs d'Etat latino-américains, et Commission sociale de l'Union européenne. En outre, a-t-il rappelé, le rapport 2004 de la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation a suscité un débat international sur la nécessité d'une mondialisation équitable et a reçu le soutien de l'Assemblée générale des Nations Unies dans une résolution adoptée en septembre.

L'ordre du jour de la Conférence internationale du Travail traduit également ce soutien, a estimé M. Somavia, qui a cité, entre autres initiatives: - efforts pour aider les jeunes à trouver des emplois décents afin de "s'assurer qu'il n'y aura pas de génération sacrifiée"; - élaborer et proposer des solutions aux problèmes d'emploi pour les travailleurs confrontés à "de terribles limitations (et) de très dures" conditions pour eux-mêmes et leur famille dans les territoires arabes occupés; - soigner la "plaie ouverte" du travail forcé dans l'économie mondiale; - concevoir une nouvelle structure solide pour les normes de santé et de sécurité au travail; - mettre la dernière main à un nouvel ensemble normatif pour l'industrie mondiale de la pêche; - revoir l'impact des normes existantes en matière d'heures de travail; - examiner la manière dont les Etats membres de l'OIT appliquent les conventions et les normes.

Le Directeur général de l'OIT a indiqué qu'il fallait envisager trois séries d'actions liées pour faire du travail décent un objectif universel:

  • "développer nos capacités collectives" en renforçant les syndicats, les organisations d'employeurs et les ministères de l'Emploi, du Travail et des Affaires sociales;
  • soutenir les efforts de l'OIT en faveur du travail décent au niveau national et régional pour lui permettre de contribuer plus efficacement à la réalisation des priorités nationales;
  • mettre l'emploi et le travail décent au cœur du débat sur le développement, et ce, en inscrivant la croissance, les investissements et l'emploi au centre de la coopération internationale.
"Notre programme de travail décent est l'élément clé pour accélérer les progrès vers la réalisation des objectifs de développement du Millénaire", a ajouté M. Somavia. "Les politiques en matière de macroéconomie, finance, commerce, investissements et travail doivent converger pour faire du travail décent un objectif plutôt qu'un espoir. Nous ne pouvons le faire seuls, mais cela ne peut être fait sans nous. Si nous avons la volonté de tenir ce rôle, alors cela pourra être accompli."

Unité responsable: Communication et information au public

Référence: BIT/05/26

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