KATHMANDOU, Népal (BIT en ligne) – Anita travaille comme emballeuse pour une société de bâtons d’encens à Birgunj, sur la frontière indienne.
Elle travaille en équipes, huit heures par jour, six jours par semaine, assise sur le sol en ciment d’une usine délabrée. Il y a environ 60 autres employées, toutes des femmes et des jeunes filles, certaines pas encore adolescentes, accomplissant la même tâche dans des conditions de confinement, de chaleur et de poussière.
Le directeur de l’usine explique qu’au Népal les hommes n’accepteraient jamais un tel emploi. Le mari d’Anita, comme beaucoup d’hommes népalais, est parti à l’étranger chercher du travail.
Anita travaille uniquement «à la pièce» et gagne l’équivalent de 0,45 $ par jour. Elle explique que ce salaire permet à sa fille et elle de survivre avec un régime de riz et de sel. Si elles ont de la chance, une fois par mois, elles réussissent à manger de la viande.
Bien qu’Anita n’ait jamais été impliquée dans des activités politiques ou syndicales auparavant, elle a rejoint en 2006 la Fédération nationale des syndicats népalais, l’ANFTU, et est devenue une militante active au niveau de l’entreprise.
«La pauvreté a conduit cette grand-mère placide et apolitique à devenir une activiste syndicale», explique Robert Kyloh, l’auteur de l’étude (Note 1) et spécialiste du marché du travail au BIT. Selon cette étude, ce ne sont pas moins de 83 pour cent des travailleurs népalais qui ne gagnent pas suffisamment pour se hisser eux et leurs familles au-dessus du seuil de pauvreté de 2 dollars par jour.
A 20 kilomètres de l’endroit où travaille Anita, au bout d’une route encombrée et pleine de nids-de-poule, se trouvent la ville de Simra et les locaux immaculés de Surya Nepal, une grande multinationale du tabac.
Les conditions de travail y sont vraiment décentes et le salaire est élevé eu égard aux standards locaux. Des millions de Népalais rêvent d’avoir un emploi dans un endroit comme celui-là. Fin 2006, cependant, la compagnie a fait l’objet de demandes d’augmentation de salaires et d’une grève «sauvage» fortement médiatisée – bien que la plupart des travailleurs perçoivent déjà plus du double du salaire minimum.
La compagnie a cherché à clarifier ses obligations auprès des bureaux régionaux et locaux du travail qui sont censés exercer des fonctions de médiation, de conciliation et d’inspection du travail. Mais le Bureau régional n’a pas répondu et le personnel du Bureau local était trop inexpérimenté et craignait de ne pas parvenir à imposer une solution équitable. Finalement, la direction a cédé et a accordé à tout le personnel de l’usine une hausse de salaire significative.
Les mesures à prendre: réformer le marché du travail
Les difficultés d’Anita et la situation délicate qu’a récemment dû affronter la compagnie de tabac ne sont pas isolées – des histoires comme celles-ci se répètent au fil des jours dans le nouveau Népal.
«Le réveil du syndicat militant maoïste et la récente multiplication des grèves et des manifestations au Népal remettent en question la pérennité du système de relations professionnelles existant. Une diminution des tensions au travail est nécessaire pour cimenter le récent accord de paix, favoriser la stabilité politique et promouvoir la croissance économique», déclare Robert Kyloh.
Son étude passe en revue l’histoire des relations sociales au Népal et émet des critiques du système des relations professionnelles en place. S’intéressant aux évolutions générales de l’économie depuis 1990, il fait la lumière sur la façon dont la législation et les institutions du travail ont influencé l’investissement, la croissance et les emplois à long terme.
Les opinions de ceux qui sont le plus directement concernés par la législation et les institutions du travail et par les attitudes présidant aux relations professionnelles au Népal ont été collectées grâce à des enquêtes et à des entretiens avec des directeurs d’usines et des entrepreneurs, des leaders syndicaux et des centaines de simples ouvriers, dans divers lieux, secteurs d’activités et professions.
Ces opinions ont grandement influencé les conclusions présentées dans cette étude. Elle recommande des ajustements modérés du droit du travail pour en éliminer les rigidités superflues et améliorer la clarté des lois. Plus important, l’étude soutient un renforcement substantiel des institutions du marché du travail, qui pourraient être utilisées pour répondre aux griefs des travailleurs et réduire ainsi le nombre de grèves et d’autres formes d’action professionnelle.
Selon cette étude, les réformes du marché du travail doivent s’attaquer aux principaux défauts du fonctionnement des relations professionnelles, notamment un système d’inspection du travail faible et inefficace. L’étude insiste sur la nécessité d’améliorer les institutions du marché du travail en place, y compris les bureaux du travail qui sont responsables de l’inspection du travail, de la médiation et de l’arbitrage, et, dans l’éventualité d’un conflit professionnel, le Tribunal du Travail et la Section sociale du Ministère du Travail.
L’étude recommande également une réforme complète du système actuel de sécurité sociale qui est inapproprié. Cela signifie l’introduction d’un nouveau mécanisme d’indemnisation des chômeurs pour aider à faire face à la hausse du chômage résultant des changements de la loi sur le licenciement; des améliorations des allocations vieillesse financées par l’impôt; et la mise en place d’une allocation universelle pour les enfants.
«L’objectif ultime doit être un changement fondamental des attitudes prévalant parmi les employeurs et les syndicats. L’approche actuelle des relations professionnelles du «gagnant rafle tout», dans laquelle la direction et les syndicats cherchent à arracher le maximum de concessions à l’autre partie quand ils sont en position de force est une approche à courte vue et dommageable pour tous. La situation exige des réformes du marché du travail qui encouragent une perspective à plus long terme et qui mettent fin au besoin qu’éprouvaient syndicats et patronat de recourir à la peur et à l’intimidation pour atteindre leurs objectifs», conclut Robert Kyloh.
Les réformes subséquemment proposées par l’OIT, et qui portaient sur la législation du travail, les institutions du marché du travail et le système de sécurité sociale, ont été approuvées sur le principe par la Commission consultative du travail, un organisme central et tripartite, début 2008. L’OIT travaille actuellement avec ses mandants au Népal pour davantage développer ces recommandations et les faire appliquer dans leur intégralité.
Note 1 – From conflict to cooperation. Labour market reforms that can work in Nepal, par Robert Kyloh, Bureau international du Travail, Genève, 2008.


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