L'assurance maladie sociale dans les pays en développement: briser le lien pauvreté - soins de santé
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L'assurance maladie sociale dans les pays en développement: briser le lien pauvreté - soins de santé

Chaque année dans le monde, les dépenses de santé acculent quelque 100 millions de personnes à la pauvreté. La semaine dernière à Berlin, plus de 200 participants de 40 pays ont assisté à la 'Conférence internationale sur l'assurance maladie sociale dans les pays en développement'. Ils ont discuté de la façon dont ces personnes pourraient être mieux protégées contre les turbulences financières provoquées par la maladie. C'était la première réunion internationale organisée par l'OIT, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l'Agence allemande du développement (GTZ) suite à leur accord de 2004 sur des activités conjointes dans le domaine de la protection sociale. Reportage de la journaliste allemande Anne Sieger en direct de Berlin.

Article | 13 décembre 2005

BERLIN (BIT en ligne) - Il y a quelques mois, Amos et Gloria Chiwuba d'Abakpa au Kenya menaient encore une vie relativement confortable. Le couple travaillait dur, gérant sa propre petite boutique de matériaux de construction. Ils n'avaient pas beaucoup d'argent, mais ils arrivaient à vivre et à envoyer leurs cinq enfants à l'école. Personne dans la famille n'allait se coucher la faim au ventre.

Un jour, Gloria a dû subir une césarienne d'urgence. Le coût s'élevait à 200 dollars, plus que leur revenu moyen pour une période de 4 mois. Leurs maigres économies se sont envolées en un instant. Comme leurs parents et leurs amis ne pouvaient pas leur prêter suffisamment d'argent, Amos a dû donner à l'hôpital sa mobylette en gage. Cependant, sans sa mobylette, il ne pouvait plus aller chercher le matériel chez le grossiste. Ses affaires ont périclité et, peu de temps après, les enfants n'ont plus été en mesure d'aller à l'école parce qu'il n'y avait plus d'argent pour payer les frais de scolarité. Aujourd'hui, la famille survit avec un seul repas par jour.

L'histoire d'Amos et Gloria Chinwuba ressemble à celle de bien d'autres personnes dans les pays en développement. Quatre personnes sur cinq dans ce monde ne bénéficient pas de soins médicaux accessibles. Devoir se procurer un traitement médical d'urgence peut ruiner toute une famille en un rien de temps.

Dans la plupart des pays en développement, le système institutionnalisé de soins médicaux couvre exclusivement les travailleurs du secteur formel et leurs familles. Même lorsque les gouvernements fournissent des services sanitaires de base aux travailleurs de l'économie informelle et aux pauvres, les médicaments et les traitements nécessitent quand même de mettre la main à la poche. Ce sont ces dépenses qui poussent les familles vers la pauvreté: selon l'OMS, un tiers des soins de santé dispensés dans les pays à faibles revenus sont financés sur des deniers personnels.

"Globalement, 150 millions de personnes sont contraintes de dépenser près de la moitié de leur revenu en frais médicaux. Ils sont aussi les plus susceptibles de tomber dans le piège maladie-pauvreté", explique Assane Diop, Directeur exécutif au BIT, en charge du Secteur de la protection sociale.

Une étude comparative sur l'impact de la protection sociale en matière de santé en Afrique du Sud, au Sénégal et au Kenya, entreprise conjointement par l'OIT, l'OMS et l'OCDE et présentée à la Conférence de Berlin, illustre le lien entre protection sociale et pauvreté (Note 1): dans les trois pays, le déficit de protection sociale concerne tout particulièrement les ménages qui ont peu ou pas de revenus, les travailleurs de l'économie informelle, les femmes et les ménages ruraux. Nombre de ces personnes sont poussées au-dessous du seuil de pauvreté ou dans une plus grande misère en raison des frais médicaux.

Les participants à la Conférence de Berlin ont cependant noté une prise de conscience grandissante du fait que la protection médicale universelle est d'intérêt national. "Le monde se réveille, confirme Assane Diop. Les mentalités changent, mais malheureusement il reste des gouvernements qui considèrent la santé et même l'éducation comme un investissement improductif. Le lien entre l'accès aux soins de santé et le développement économique est indéniable." Si une main-d'œuvre en bonne santé stimule la croissance économique, la maladie ou même les décès prématurés liés aux épidémies telles que la tuberculose, la malaria ou le VIH/sida ont des effets dévastateurs pour l'économie.

Une sécurité sociale pour tous

Dans leur combat contre l'exclusion sociale et la pauvreté, l'OIT et ses partenaires se concentrent sur l'assurance maladie sociale. A côté des soins médicaux financés par l'impôt, comme cela existe pour les travailleurs du secteur formel et leur famille, l'assurance maladie sociale est l'autre concept majeur lorsqu'on parle de protection sociale. Elle comprend les travailleurs de l'économie informelle et leur famille, ainsi que les pauvres. Les membres d'un tel système contribuent selon leurs capacités financières plutôt qu'en fonction de leur condition sanitaire ponctuelle. Les ressources financières sont mises en commun et bénéficient à tous les membres du système en cas de maladie.

"Il n'existe pas d'approche universelle, affirme Assane Diop, mais nous devons nous assurer que, quel que soit le système, il sera basé sur la solidarité. Les plus pauvres d'entre les pauvres ont besoin de pouvoir accéder à la santé aussi. Une approche purement fondée sur le marché ne peut suffire. La décision relève bien sûr du gouvernement qui devra subventionner le système." Mais Assane Diop, ancien ministre de la Santé dans son pays natal, le Sénégal, fait aussi état des principales contraintes: "Le problème général dans la plupart des pays africains est qu'en premier lieu nous devons apprendre à la population à se prendre en charge elle-même. Malheureusement, elle ne fait souvent même pas confiance à certaines infrastructures gouvernementales existantes."

L'effet potentiel de l'assurance maladie sociale sur les Objectifs du Millénaire pour le Développement des Nations Unies (OMD) ne peut être surestimé. L'accès universel à des services de santé ne va pas seulement affecter les OMD directement liés à la santé, comme l'objectif n° 4 (réduire la mortalité infantile), l'objectif n° 5 (améliorer la santé maternelle) et l'objectif n° 6 (lutter contre le VIH/sida, la malaria et autres maladies), mais il aura aussi un impact majeur pour atteindre le premier objectif qui est d'alléger la pauvreté d'ici 2015.

"Malheureusement, nous n'atteindrons pas les Objectifs du Millénaire pour le Développement d'ici 2015. Il est trop tard. Mais nous pouvons nous mobiliser pour être sûrs de les atteindre après 2015, commente Assane Diop. Ce dont nous avons besoin maintenant, c'est d'action. Nous avons besoin de systèmes de santé simples, basiques mais opérationnels et efficaces et de stratégies de mise en œuvre. Nous avons tout analysé. Nous savons où se trouve le problème. Tout le monde doit maintenant comprendre que la santé est le problème premier des êtres humains. Et c'est un droit de l'Homme", ajoute-t-il.


Note 1 - Xenia Scheil-Adlung, Johannes Jütting, Guy Carrin, et autres, Genève, Quel est l'impact de la protection maladie sociale sur l'accès aux soins de santé, les dépenses de santé et l'appauvrissement? Une étude comparative de trois pays africains; à paraître OIT EES Extension of Social Security Paper (2006) et Health Systems Financing Discussion Paper, OMS (N° 2, 2006).

Tag: qualité de la vie de travail, assurance-maladie, santé

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