XVIIe Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail Travail décent, travail sûr
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XVIIe Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail Travail décent, travail sûr

ORLANDO (BIT en ligne) - Trop souvent des vies sont inutilement brisées par de mauvaises conditions de travail et des systèmes de sécurité inadaptés. Selon un nouveau rapport de l'OIT, le nombre de décès liés au travail atteint 2,2 millions par an, un chiffre sans doute largement sous-estimé. Le BIT en ligne s'est entretenu avec Jukka Takala, directeur du Programme Safework du BIT lors du XVIIe Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail qui se tient à Orlando, en Floride, du 18 au 22 septembre.

Article | 19 septembre 2005

BIT en ligne: Combien de personnes meurent-elles d'accidents du travail ou de maladies professionnelles dans le monde?

Jukka Takala:
L'OIT estime qu'au moins 5 000 personnes meurent chaque jour d'accidents ou de maladies liés au travail. En outre, les chiffres sont en hausse. Selon les dernières évaluations de l'OIT, 2,2 millions de décès liés au travail surviendraient chaque année, ce qui représente une augmentation de 10 pour cent par rapport à l'estimation qui figurait dans notre rapport pour le XVIe Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail qui s'est tenu à Vienne en 2002.

BIT en ligne: Est-ce un indicateur réaliste de l'ampleur des décès et des maladies dans le monde du travail ou pensez-vous qu'il ne s'agit que de la pointe de l'iceberg?

Jukka Takala:
Il ne s'agit certainement que de la partie émergée de l'iceberg. Nous pensons que les chiffres sont en fait sous-estimés en raison des lacunes dans les méthodes de comptabilisation et de compte rendu sur la sécurité et la santé au travail, en particulier dans les pays émergents d'Asie. De plus, le nombre de personnes décédées n'est qu'une petite part du fléau des accidents et des maladies dans le monde du travail. Il y aurait environ 270 millions d'accidents du travail non mortels entraînant un arrêt de travail de plus de 3 jours chaque année, ainsi que 160 millions de cas de maladies professionnelles.

BIT en ligne: Comme obtenez-vous ces chiffres?

Jukka Takala:
Nous avons d'assez bons rapports sur les accidents du travail dans les pays industrialisés mais, dans le reste du monde, nous n'arrivons pas à obtenir d'information de qualité. Dans les pays émergents en particulier, nous devons procéder par estimation. Dans notre rapport actuel, environ 90 pour cent des accidents du travail dans les pays industrialisés sont couverts, mais dans les pays en développement, en Asie, en Afrique et en Amérique latine, nous n'avons parfois qu'une infime part de leur fréquence réelle et devons donc nous appuyer sur nos propres estimations.

BIT en ligne: Quelles sont les raisons qui expliquent cette sous-évaluation des accidents du travail et des maladies professionnelles?

Jukka Takala:
Il n'existe souvent aucun système fiable au niveau de l'entreprise. Si les entrepreneurs n'ont aucun intérêt à rapporter les accidents et les maladies, pourquoi le feraient-ils? S'il y a des incitations économiques, par exemple quand les employeurs peuvent se retourner vers leurs assureurs - en tout ou partie - pour obtenir le remboursement des indemnités, ou si les entrepreneurs prennent conscience qu'ils perdent de l'argent en ne rendant pas compte, vous pouvez obtenir de meilleurs rapports et par conséquent mener une meilleure politique de prévention et corriger les mauvaises conditions de travail qui sont à l'origine des accidents et des maladies.

BIT en ligne: Peut-on éviter les accidents du travail et les maladies professionnelles?

Jukka Takala:
Presque tous les accidents pourraient être évités par un ensemble de mesures bien connues. De nombreuses entreprises et certains gouvernements ont déjà adopté l'objectif zéro accident. Si tous les Etats Membres de l'OIT mettaient en œuvre les bonnes pratiques et les stratégies de prévention des accidents qui existent déjà et sont facilement accessibles, 300 000 décès (sur un total de 360 000) et 200 millions d'accidents (sur 270 millions) pourraient être évités, sans compter les économies en termes d'indemnisation et autres bénéfices économiques.

BIT en ligne: Quels sont les bénéfices économiques de la prévention?

Jukka Takala:
Les compagnies dépourvues de vision à long terme embaucheront rapidement un autre travailleur pour remplacer celui qui aura eu un accident et continueront à fonctionner comme si de rien n'était. Elles ne voient pas qu'éviter des incidents qui bloquent durablement la production prend tout son sens d'un point de vue économique. L'Union Européenne a récemment estimé que les accidents professionnels en 2000 avaient coûté 55 milliards d'euros et pense que ce chiffre pourrait bien être en dessous de la réalité. Cela ne couvre pas le coût des maladies professionnelles qui causent 1,6 à 2,2 fois plus de jours d'incapacité de travail que les accidents; dans le même temps, 2,4 fois plus de personnes sont reconnues souffrir de maladie de longue durée. L'OIT estime que 4 pour cent du PIB global sont perdus chaque année en raison des accidents et maladies professionnels. Il a aussi été démontré qu'un haut niveau de compétitivité va de pair avec une sécurité accrue et une meilleure santé.

BIT en ligne: Un argument souvent rebattu est que les pays et les entreprises pauvres n'ont pas les moyens d'adopter des mesures en faveur de la sécurité et de la santé…

Jukka Takala:
Rien ne prouve qu'à long terme un pays ou une entreprise pourrait tirer parti d'un bas niveau de sécurité et de santé. Au contraire, de récentes études menées par le Forum économique mondial et l'Institut de management de Lausanne IMD ont démontré que les pays les plus compétitifs sont aussi les plus sûrs. Opter pour une stratégie de survie basée sur une moindre sécurité, une santé médiocre et de bas revenus ne peut engendrer ni haute compétitivité ni développement durable.

BIT en ligne: Qu'en est-il des pertes en capital humain?

Jukka Takala:
Un grand nombre des travailleurs inactifs ont des capacités de travail diminuées, même si leur incapacité n'est peut être pas suffisante pour leur donner droit à une pension d'invalidité ou à une indemnisation. Cependant, la perte de capacités de travail peut atteindre un degré tel qu'elle peut sérieusement amputer leurs chances d'être réemployés. Par exemple, un travailleur du bâtiment dont le dos ne supporte pas de porter des charges normales ou un peintre qui souffre d'asthme ou de réactions allergiques en raison de l'exposition aux solvants contenus dans les peintures est difficile à employer. Une étude récente sur les retraites pathologiques a montré que seul un tiers des ouvriers du bâtiment atteignait l'âge normal de la retraite quand deux tiers d'entre eux étaient placés en pré-retraite pour incapacité pathologique.

BIT en ligne: Pensez-vous qu'on prête suffisamment d'attention à ces problèmes?

Jukka Takala:
Les médias mentionnent beaucoup les quelque 500 000 personnes qui meurent dans des guerres chaque année, mais les plus de 2 millions de personnes qui meurent sur leur lieu de travail sont à peine évoqués - sans parler des autres victimes qui souffrent des suites d'un accident du travail ou d'une maladie chronique. Le Congrès mondial est une occasion de mettre en lumière l'ampleur de ce problème, ce n'est pas seulement une réunion d'experts. Nous voulons aussi que les médias et les décideurs accordent à ces questions une meilleure place dans l'agenda politique que cela n'a été le cas par le passé.

Davantage d'informations sur le Programme SafeWork de l'OIT et le rapport de l'OIT pour le Congrès mondial disponibles sur www.ilo.org/safework. Lien vers le XVIIe Congrès mondial sur la santé et la sécurité au travail: www.safety2005.org.

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