Pour sauver des vies et protéger des emplois: la mise en commun des réponses au VIH/SIDA sur les lieux de travail
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Pour sauver des vies et protéger des emplois: la mise en commun des réponses au VIH/SIDA sur les lieux de travail

Quatre-vingt-dix pour cent des 40 millions d'individus affectés par le VIH dans le monde vont se lever aujourd'hui pour se rendre à leur travail. Pour bon nombre d'entre eux, une journée de travail est difficile à supporter. Ils doivent affronter l'opprobre et la discrimination en plus de lutter contre la maladie, en ne disposant souvent que de peu d'informations, de soutien ou de traitement. Pour d'autres cependant, le lieu de travail commence à changer grâce aux efforts conjugués des employeurs et des travailleurs pour surmonter l'épidémie avec l'aide des pouvoirs publics, selon un nouveau rapport du BIT ( Note 1) qui sera distribué à la XVIe Conférence internationale sur le SIDA qui débute le 13 août à Toronto. Avec l'appui du gouvernement des Etats-Unis, l'OIT finance aujourd'hui des programmes d'éducation en entreprise dans 23 pays, qui couvrent 300 000 travailleurs environ, dans 300 entreprises. Le BIT en ligne fournit des informations du Lesotho.

Article | 11 août 2006

MASERU, Lesotho (BIT en ligne) - La fabrique de chaussures Springfield est implantée à la périphérie de Maseru, capitale du Lesotho, et produit des chaussures de sport pour plusieurs grandes marques internationales. Dans ce petit pays sans littoral, au milieu de l'Afrique du Sud, le taux de prévalence du VIH atteint 30 pour cent et l'entreprise prend la question très au sérieux.

Ayant mis en place un solide programme adapté au lieu de travail, la direction et le personnel de Springfield ont créé un environnement permettant aux travailleurs de discuter sans crainte du VIH/SIDA et de se prononcer sur la question. "Cette politique n'est pas un simple morceau de papier, c'est un programme qui est véritablement mis en œuvre ici", déclare un travailleur.

Le responsable des services de santé au travail est le point focal pour le programme de prévention du VIH/SIDA dans l'entreprise, et du temps libre est donné aux personnes qui souhaitent se rendre dans des dispensaires où un traitement antirétroviral est administré gratuitement.

Le programme de l'OIT intitulé "Réponses stratégiques des entreprises à la question du VIH/SIDA (SHARE)" a organisé une formation dans cette entreprise. "Après cette formation, mon attitude à l'égard des personnes affectées par le VIH a changé", a déclaré un participant.

Le directeur, M. John Lyon, est un fervent défenseur du projet. "La gestion d'un tel programme ne revient pas très cher - il faut être motivé, et nous le sommes", a-t-il déclaré. L'entreprise a constaté quelques changements, dont une baisse de l'absentéisme, une plus grande propension à parler ouvertement du VIH et une utilisation accrue des préservatifs fournis sur le lieu de travail.

De l'intention à l'action sur le lieu de travail et ailleurs

Le programme SHARE de l'OIT est centré sur une action au niveau de l'entreprise et sur la participation des employeurs, des travailleurs et souvent de la communauté dans son ensemble.

"Le programme comporte deux stratégies distinctes mais complémentaires. Il opère au niveau national avec les gouvernements, les organisations d'employeurs et de travailleurs pour veiller à ce que le cadre juridique et politique du pays soit propice à la prévention du VIH/SIDA sur le lieu de travail et à la protection des droits des travailleurs. En même temps, le programme œuvre directement avec la direction, le personnel et d'autres partenaires pour élaborer de grandes orientations et lancer des programmes efficaces sur le lieu de travail", explique M. Behrouz Shahandeh, directeur du programme SHARE.

De la sorte, SHARE vise à réduire la discrimination au travail à l'encontre des personnes vivant avec le VIH/SIDA; à diminuer les comportements à risque entre les travailleurs; à faciliter l'accès aux traitements, aux soins et aux aides; et à protéger la sécurité de l'emploi des travailleurs atteints du VIH/SIDA dans les entreprises ciblées.

La majorité des travailleurs affectés par le VIH sont âgés de 15 à 49 ans et appartiennent donc au segment le plus productif de la main-d'œuvre. Si l'épidémie a pris de l'ampleur sur tous les continents, elle a atteint des proportions catastrophiques dans les pays d'Afrique subsaharienne. L'impact économique est maximal lorsque des entreprises perdent des travailleurs dotés de qualifications, d'expérience et d'une mémoire institutionnelle qui sont difficiles à remplacer.

Après des initiatives lancées antérieurement en Afrique, l'OIT a cherché à donner un rang élevé de priorité à la question en 2000, en adoptant une résolution historique à la session du Millénaire de la Conférence internationale du Travail, résolution qui a ouvert la voie à la création d'un programme mondial sur le VIH/SIDA et le monde du travail (OIT/SIDA). Peu après, l'Organisation a adopté son recueil novateur de directives pratiques et elle est devenue le huitième coparrain de l'ONUSIDA.

Ayant créé un environnement propice, l'OIT a véritablement entrepris de lancer une campagne ambitieuse visant à promouvoir une politique et des programmes qui s'attaquent au VIH/SIDA sur le lieu de travail. Avec l'appui financier et politique décisif du ministère du Travail des Etats-Unis, un Programme international d'éducation en entreprise sur le VIH/SIDA a été mis sur pied et a commencé modestement en Inde en 2000.

Avec une allocation initiale de 400 000 dollars des Etats-Unis, le projet pilote lancé dans certains Etats indiens s'est développé pour devenir une initiative interrégionale dotée d'une allocation cumulée de 24,5 millions de dollars, couvrant 23 pays et touchant 300 000 travailleurs dans 300 entreprises établies dans différents pays du monde. Aujourd'hui, 250 homologues nationaux environ sont chargés d'orienter la mise en œuvre des activités de projet.

"A son niveau actuel de financement, le programme, qui opère au niveau intersectoriel, de la banque au bâtiment, en passant par les vendeurs de rue du secteur informel, devrait aider directement 120 000 autres travailleurs à mesure que démarrent de nouveaux projets par pays", déclare Mme Sophia Kisting, directrice du programme OIT/SIDA.

L'expérience acquise en Inde confirme le caractère décisif des contributions apportées par des institutions partenaires représentant les personnes qui vivent avec le VIH/SIDA. "Il est très important de mettre à contribution les personnes atteintes du VIH/SIDA. De nombreux hauts dirigeants et autres décideurs n'en ont jamais rencontré auparavant. Dès lors qu'ils constatent que ces personnes sont en mesure de s'acquitter de leurs tâches et qu'elles ne mettent pas en danger la vie de leurs collègues, les décideurs adhèrent à nos objectifs", indique M. Syed Mohammed Afsar, coordinateur du programme national pour l'Inde.

Selon M. Manoj Pardesi, lui-même affecté par le VIH/SIDA et assurant des activités de sensibilisation dans le cadre du projet SHARE en Inde, la participation au projet de personnes qui vivent avec le VIH/SIDA a des effets positifs. "Les entreprises et les syndicats souscrivent maintenant à l'idée de maintenir dans leur emploi les personnes affectées par le VIH/SIDA et de créer un environnement non discriminatoire pour nous", déclare-t-il.


Note 1 - Pour sauver des vies et protéger des emplois: Programme SHARE international d'éducation en entreprise contre le VIH/SIDA: réponses stratégiques des entreprises à la question du VIH/SIDA; rapport intérimaire, Bureau international du Travail, Genève, 2006. Pour consulter la version électronique du rapport (disponible en Anglais uniquement) : http://www.ilo.org/public/english/protection/trav/aids/publ/savingbook.pdf

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