Amérique latine et Caraïbes

Rapport OIT / CEPALC: Détérioration des conditions de travail et augmentation du chômage urbain

Un nouveau rapport CEPAL-OIT indique qu’en 2016 le taux moyen de chômage régional a connu sa plus forte hausse annuelle en vingt ans. Il fournit aussi une analyse des caractéristiques de l’insertion des migrants dans le monde du travail.

Actualité | 11 mai 2017
SANTIAGO, Chili (OIT Infos) – En Amérique latine et dans les Caraïbes, le taux moyen du chômage urbain va encore augmenter en 2017 pour atteindre 9,2 pour cent, dans une année marquée par une croissance économique modeste qui ne sera pas suffisante pour contrecarrer la mauvaise conjoncture du marché du travail, selon un nouveau rapport publié aujourd’hui par la CEPAL et l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Dans une nouvelle édition de leur publication conjointe La situation de l’emploi en Amérique latine et dans les Caraïbes, qui analyse les performances du marché du travail régional en 2016, les deux organisations indiquent que l’an dernier le chômage urbain a atteint 8,9 pour cent contre 7,3 pour cent en 2015, une hausse sans précédent depuis vingt ans que l’on peut attribuer à l’aggravation de la crise économique, avec une deuxième année de contraction du Produit intérieur brut (PIB).

Compte tenu de la croissance économique régionale modeste de 1,1 pour cent que prévoient la CEPAL et l’OIT pour l’année en cours, il est très probable que l’état de faiblesse du marché du travail perdurera en 2017, surtout en ce qui concerne la création de nouveaux emplois et les caractéristiques des emplois existants et à venir. Plus précisément, se profile une nouvelle, quoique plus petite, hausse de 0,3 point de pourcentage du taux de chômage urbain régional, qui porterait la moyenne pour l’année à environ 9,2 pour cent, principalement en raison du nombre insuffisant de créations d’emploi salarié; ce qui devrait provoquer une nouvelle chute du taux d’emploi (proportion de la population en âge de travailler effectivement au travail).

«Etant donné que l’emploi est la principale clé de la réduction de la pauvreté et des fortes inégalités dans la région, ces tendances du travail donnent de sérieux motifs d’inquiétude. En fait, les progrès de la région en matière de lutte contre la pauvreté et les inégalités ont déjà ralenti. Il faut donc redoubler d’efforts pour ‘promouvoir une croissance économique soutenue, durable et partagée, le plein emploi productif et le travail décent pour tous’, comme l’exige l’Objectif de développement durable 8», avertissent Alicia Barcena, Secrétaire générale de la Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL), et José Manuel Salazar, Directeur régional de l’OIT, dans la préface du document.

En 2016, 13 pays ont connu une hausse du taux de chômage urbain, tandis que huit autres enregistraient un déclin ou conservaient le même niveau qu’en 2015. Cette performance contraste avec celle observée en 2015, quand le taux de chômage avait augmenté dans huit pays tout en reculant ou stagnant dans 13 autres.

Le rapport reconnaît aussi une hausse de l’emploi indépendant qui, surtout dans un contexte de faible création d’emplois salariés, se caractérise par des revenus faibles et irréguliers. Ce qui implique une détérioration de la qualité moyenne de l’emploi qui se reflète aussi bien par des taux de croissance de l’emploi faibles (et dans plusieurs cas négatifs) que par des hausses de salaire réduites.

La dernière édition de La situation de l’emploi en Amérique latine et dans les Caraïbes note également qu’une détérioration des conditions de travail tend à affecter avant tout les groupes vulnérables – les immigrés au même titre que les femmes et les jeunes ayant un bas niveau d’instruction. A partir des informations issues des recensements de population et des enquêtes sur les ménages, un panorama général de l’insertion professionnelle des immigrés dans les pays de la région est dressé, un sujet d’importance grandissante compte tenu du poids acquis par les migrations intrarégionales dans un contexte de décélération de l’émigration vers d’autres régions.

Selon le rapport, on évalue à 28,5 millions le nombre de personnes ayant émigré de leurs territoires d’origine respectifs dans la région vers 2010 (4,8 pour cent de la population totale), au moment où les pays de la région recevaient plus de 7,6 millions de personnes, soit 1,3 pour cent de sa population. Le rapport fait la distinction entre les pays selon l’ampleur et les caractéristiques de l’immigration qu’ils reçoivent. Plus spécifiquement, dans les lieux qui ont récemment accueilli de forts flux migratoires, les immigrés touchent un revenu moyen inférieur à celui des natifs, souffrent de plus hauts niveaux d’informalité du travail et possèdent une couverture de sécurité sociale nettement inférieure à celle des employés autochtones, en particulier les femmes immigrées.

Parallèlement, dans presque tous les pays couverts par l’étude (Argentine, Brésil, Bolivie, Chili, Costa Rica, République dominicaine, Equateur, Mexique, Panama, Paraguay, Uruguay et Venezuela), plus de 80 pour cent de la population immigrée économiquement active viennent d’autres pays d’Amérique latine et des Caraïbes, à l’exception du Brésil et du Mexique, ainsi que du Panama où il existe une forte présence d’immigrants asiatiques, venus de Chine et d’Inde pour l’essentiel.

Selon la CEPAL et l’OIT, les résultats de cette recherche rappelle l’importance de renforcer les mécanismes d’intégration professionnelle, ce qui suppose d’incorporer une dimension d’égalité hommes-femmes. A cette fin, le rapport passe aussi en revue les politiques nécessaires pour faciliter l’insertion des travailleurs immigrés dans des emplois productifs et décents, ainsi que les récents progrès du programme de développement international.