Situation de l’emploi en Amérique latine et dans les Caraïbes

En Amérique latine et dans les Caraïbes, les indicateurs du travail continuent de se détériorer dans le contexte d’une contraction économique régionale

Le rapport CEPAL/OIT indique que le chômage urbain a augmenté au cours du premier semestre de 2016 et pourrait atteindre une moyenne de 8,6 pour cent pour l’année, avec des disparités prononcées entre les pays et les sous-régions.

Actualité | 19 octobre 2016
© Bruna cs
SANTIAGO DU CHILI (OIT Info) – Au cours de la première moitié de 2016, les marchés du travail d’Amérique latine et des Caraïbes ont continué de subir les effets de la contraction de l’économie régionale; ils ont enregistré une hausse significative du taux de chômage et une détérioration générale de leurs indicateurs de travail, selon un nouveau rapport CEPAL-OIT.

La Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPAL) et l’Organisation internationale du Travail (OIT) ont dévoilé aujourd’hui une publication conjointe sur la situation de l’emploi en Amérique latine et dans les Caraïbes, qui analyse les résultats relatifs au travail dans la région au cours de la première moitié de cette année.

Le rapport relève que, selon les projections les plus récentes, le Produit intérieur brut (PIB) régional va reculer de 0,9 pour cent en 2016. Au cours du premier semestre, cette contraction a entrainé une chute de 0,6 point de pourcentage du taux d’emploi urbain, ce qui, associé à une hausse du taux d’activité, a provoqué une montée du chômage de 1,6 point de pourcentage par rapport à la même période de l’an passé.

Le taux d’emploi urbain est la proportion de la population en âge de travailler qui a un emploi, tandis que le taux d’activité fait référence à la proportion de la population en âge de travailler qui est soit employée soit au chômage (c’est-à-dire qu’il exclut les personnes qui sont en dehors de la population active, essentiellement les étudiants, les hommes et femmes au foyer, les retraités, etc.).

Pour la seconde moitié de 2016, nous n’espérons pas de nette amélioration de la situation de l’emploi au niveau régional, a précisé l’étude. La contraction du PIB régional et son impact sur la demande de main-d’œuvre vont probablement entretenir la chute du taux d’emploi d’une année sur l’autre. D’un autre côté, l’essor des emplois informels, en particulier sous forme de travail indépendant, devrait atténuer l’impact en termes quantitatifs mais il correspond aussi à une détérioration de la qualité de l’emploi.

Le rapport ajoute que le chômage déclaré en milieu urbain devrait continuer d’augmenter et grimper à 8,6 pour cent dans la région en 2016. En moyenne, le taux de chômage régional a atteint 7,0 pour cent en 2014 et 7,4 pour cent en 2015.

«Si ces résultats négatifs sont fortement influencés par le cas du Brésil et ses effets sur les moyennes pondérées, tous les autres pays d’Amérique du Sud pour lesquels nous disposons d’informations, excepté le Pérou, ont également souffert de hausses de leur taux de chômage. A contrario, dans les pays d’Amérique centrale et les Caraïbes, sauf le Panama et Trinité-et-Tobago, le taux de chômage a reculé», ont constaté Alicia Barcena, Secrétaire générale de la CEPAL, et José Manuel Salazar, Directeur régional de l’OIT pour l’Amérique latine et les Caraïbes, dans l’avant-propos du rapport.

Ils ont aussi noté que cette grande hétérogénéité entre les sous-régions transparaissait au travers des indicateurs disponibles en matière de qualité de l’emploi, de variation interannuelle de l’emploi et des salaires réels dans le secteur formel.

Parallèlement à l’analyse de la situation des travailleurs dans la région, le rapport CEPAL/OIT traite de la participation des pays d’Amérique latine et des Caraïbes aux chaînes d’approvisionnement mondiales et son impact sur l’emploi décent. Le rapport précise que l’intégration économique de la région est plus limitée que dans d’autres régions du monde et souligne que la faiblesse des liens entre les économies latino-américaines et caribéennes découle d’une diversification insuffisante de la production. A cet égard, l’impact des exportations sur l’emploi est plus élevé sur les emplois indirects, en particulier dans des secteurs comme les mines ou la production alimentaire, que sur les emplois directs.

Le rapport aborde aussi quelques exemples de pays de la région qui ont réussi à accroître leur participation économique aux chaînes d’approvisionnement mondiales, ce qui pourrait entraîner des progrès sociaux grâce à davantage de création d’emplois, de meilleurs salaires et une formalité accrue. Cependant, il est précisé que ce lien n’est pas automatique puisque les résultats en termes de travail décent dépendent aussi des autres politiques économique, sociale et éducative qui viennent appuyer ce processus.