Inégalités

Mères et enfants ont besoin de plus – et non de moins – de protection sociale

Alors que plusieurs pays s’apprêtent à célébrer la fête des mères, deux récentes études de l’OIT fournissent de nouvelles données mondiales et par pays qui soulignent l’impérieuse nécessité d’accroître la protection sociale pour les mères et leurs enfants.

Actualité | 7 mai 2015
GENÈVE (OIT Info) – Le manque d’accès à la protection sociale (*) est une réalité pour un grand nombre d’enfants et de mères à l’échelle mondiale, selon deux études publiées par l’Organisation internationale du Travail (OIT).

Le rapport Social protection for maternity: Key policy trends and statistics (La protection sociale de la maternité: principales tendances politiques et statistiques) montre que seules 36 pour cent des femmes employées ont légalement droit à des prestations en espèces pendant leur congé maternité. En pratique cependant, la législation sur le congé maternité n’est pas appliquée de manière effective, ce qui fait que seules 28 pour cent des femmes qui travaillent sont couvertes en cas de maternité.

L’étude Social protection for children: Key policy trends and statistics (La protection sociale des enfants: principales tendances politiques et statistiques) dépeint aussi une situation préoccupante. Elle montre que malgré la multiplication de petits mécanismes de transferts monétaires dans les dernières années, il existe d’énormes lacunes pour ce qui est de la disponibilité de prestations adéquates pour les enfants et les familles. Selon cette étude, 108 pays disposent de programmes spécifiques en la matière, prévus par la loi, mais ils couvrent souvent des catégories de la population restreintes.

Environ 800 femmes meurent en couches chaque jour (...) La plupart de ces décès pourrait être évités avec une protection sociale appropriée.»

Isabel Ortiz, Directrice du Département de la protection sociale de l’OIT
«Environ 800 femmes meurent en couches chaque jour. En outre, 18 000 enfants meurent aussi chaque jour. La triste réalité, c’est qu’en dépit des efforts déployés dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le développement, les taux de mortalité maternelle et infantile dans les pays en développement restent très élevés», déplore Isabel Ortiz, Directrice du Département de la protection sociale de l’OIT.

«La plupart de ces décès pourraient être évités avec une protection sociale appropriée. Les soins de santé maternelle et infantile universels sont indispensables pour réduire ces taux de mortalité élevés, et doivent être associés à des transferts monétaires pour assurer une alimentation et un habillement adéquats, ainsi que l’accès aux services sociaux», ajoute-telle.

Des ajustements budgétaires au détriment de la protection sociale des mères et des enfants

L’une des tendances inquiétantes est que, dans certains pays, les niveaux des prestations familiales et de maternité ont chuté avec l’adoption de politiques d’assainissement budgétaire.

Par exemple, plusieurs pays européens ont réduit le niveau des prestations de maternité et pour enfants ou ont diminué l’étendue de la couverture.

«Les mesures d’ajustement et d’assainissement budgétaire menacent les progrès en matière de protection sociale pour les enfants et leurs familles», ajoute Mme Ortiz. «La pauvreté des enfants a augmenté dans 18 des 28 pays de l’Union européenne entre 2008 et 2013».

Couverture universelle: combien ça coûte?

Par contre, plusieurs pays à revenu faible ou intermédiaire ont soit allongé la durée du congé maternité indemnisé soit introduit des prestations en espèces pour les mères et leurs enfants. Cependant, d’importantes lacunes demeurent au niveau de la couverture.

Sur la base d’un échantillon de 57 pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur, les rapports montrent que l’introduction d’une prestation universelle de base en espèces en cas de maternité supposerait d’investir en moyenne 0,41 pour cent du produit intérieur brut (PIB).

Parallèlement, disposer de prestations familiales universelles représenterait en moyenne 1,9 pour cent du PIB national. Les coûts prévisionnels liés à l’introduction de telles prestations varient énormément entre les pays, allant de 5,2 pour cent du PIB au Niger à 0,2 pour cent du PIB au Guyana, étant entendu que les enfants représentent une forte proportion de la population dans ces pays.

La même variation s’applique à la protection minimale universelle de la maternité qui est inférieure à 0,1 pour cent du PIB au Bhoutan, au Guyana, en Inde, Indonésie, Mongolie, au Maroc, Sri Lanka et Vietnam, et atteint 1,1 pour cent du PIB au Niger.

«Alors que le monde discute du programme de développement pour l’après-2015, il est vital que la communauté internationale identifie des sources de financement pour la protection sociale», ajoute Mme Ortiz, rappelant la recommandation (n° 202) de l’OIT sur les socles de protection sociale, 2012.

«Tout l’enjeu consiste à choisir les bonnes priorités: le coût total de prestations universelles, versées à toutes les femmes enceintes et à tous les enfants dans 57 pays à faible revenu, ne représenterait que 0,6 pour cent de ce que les pays du G20 ont utilisé pour renflouer le secteur financier en 2009», conclut Mme Ortiz.

La recommandation (n° 202) sur les socles de protection sociale, 2012 reflète un consensus parmi les gouvernements et les organisations d’employeurs et de travailleurs de 185 pays sur la nécessité d’étendre la sécurité sociale.

Les deux études présentent des données nationales détaillées sur la protection de la maternité et les prestations familiales et pour enfants dans les 188 pays examinés.


* La protection sociale est définie par l’OIT comme un ensemble de mesures publiques qu’une société applique à ses membres: pour les protéger contre la détresse et la misère économiques qui résultent de la perte de son revenu professionnel ou de sa forte diminution pour des raisons de maladie, maternité, absence de travail, invalidité, vieillesse ou autres; pour leur donner accès aux soins de santé; pour verser des allocations aux familles avec enfants. Ce concept de garanties en matière de protection sociale ou de sécurité sociale destinées à réduire/prévenir la pauvreté et la vulnérabilité est inscrit dans les diverses normes de l’OIT, approuvées par les différents pays.