Rapport du BIT sur les Tendances mondiales de l’emploi 2010

Le chômage a atteint un niveau record en 2009: Somavia appelle à faire preuve d’autant de volontarisme pour sauver et créer des emplois que pour sauver les banques

Le nombre de sans-emploi dans le monde a atteint près de 212 millions en 2009, en raison d’une hausse sans précédent de 34 millions par rapport à 2007, à la veille de la crise économique mondiale, révèle le Bureau international du Travail (BIT) dans son rapport annuel sur les «Tendances mondiales de l’emploi».

Communiqué de presse | 26 janvier 2010

GENÈVE (Nouvelles du BIT) – Le nombre de sans-emploi dans le monde a atteint près de 212 millions en 2009, en raison d’une hausse sans précédent de 34 millions par rapport à 2007, à la veille de la crise économique mondiale, révèle le Bureau international du Travail (BIT) dans son rapport annuel sur les Tendances mondiales de l’emploi.

S’appuyant sur les prévisions économiques du FMI, le BIT estime que le chômage devrait rester élevé en 2010, notamment dans les économies développées et l’Union européenne où un surcroît de 3 millions de personnes pourrait grossir les rangs des chômeurs en 2010, en se stabilisant à son niveau actuel, ou déclinant légèrement dans les autres régions du monde.

En outre, le rapport du BIT indique également que le nombre de jeunes au chômage a augmenté de 10,2 millions entre 2007 et 2009, soit la plus forte hausse enregistrée depuis au moins 1991.

Le BIT fait état de grandes variations s’agissant de l’impact de la crise et du rétablissement des marchés du travail à travers les régions et les pays.

Le rapport souligne que, même si les mesures de relance coordonnées semblent avoir évité une catastrophe économique et sociale bien plus grave, des millions de personnes de par le monde sont toujours privées d’emploi, d’allocation chômage ou de toute autre forme viable de protection sociale.

«Alors que le Forum économique mondial s’ouvre à Davos, il est clair que la priorité politique actuelle est d’éviter une reprise économique sans emplois» a déclaré le Directeur général Juan Somavia. «La même volonté politique qui a sauvé les banques doit être appliquée pour sauver et créer les emplois et les gagne-pain. Nous pouvons y arriver grâce à une forte convergence des politiques publiques et de l’investissement privé.»

M. Somavia a ajouté: «Chaque année, la main-d'œuvre mondiale augmente de 45 millions de personnes. Les mesures de relance doivent donc s’attacher à créer des emplois pour les jeunes qui entrent sur le marché du travail pour la première fois.»

Selon le BIT, la proportion de travailleurs en situation d’emploi vulnérable (Note 1) dans le monde est évaluée à plus de 1,5 milliard, soit plus de la moitié (50,6 pour cent) de la main-d’œuvre mondiale. Et ce nombre est susceptible d’avoir augmenté de plus de 100 millions entre 2008 et 2009.

Le rapport indique également que 633 millions de travailleurs et leurs familles vivaient avec moins de1,25 dollar par jour en 2008, avec pas moins de 215 millions d’autres travailleurs vivant à la limite et courant le risque de tomber dans la pauvreté en 2009.

Le rapport souligne l’urgente nécessité d’établir une large couverture de régimes de protection sociale de base pour amortir l’effet dévastateur des brusques fluctuations de l’activité économique.

Autres enseignements clés du rapport:

     

  • Le taux de chômage mondial a atteint 6,6 pour cent en 2009, en hausse de 0,9 point de pourcentage par rapport à 2007. Cependant, il diffère considérablement selon les régions, variant de 4,4 pour cent en Asie de l’Est à plus de 10 pour cent en Europe centrale et du Sud-Est (hors UE) et dans la Communauté des Etats indépendants (ECSE et CEI), ainsi qu’en Afrique du Nord.
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  • Le taux de chômage mondial chez les jeunes a augmenté de 1,6 point de pourcentage depuis 2007, atteignant 13,4 pour cent en 2009, soit la plus forte hausse d’une année sur l’autre depuis au moins 1991, la première année pour laquelle des statistiques sont disponibles.
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  • L’impact général de la crise économique sur les hommes et les femmes est nettement plus important que les différences d’impact entre ces groupes.
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  • Les premières estimations de croissance de la productivité de la main-d’œuvre, mesurée par la production par travailleur, indique que les niveaux de productivité chutent dans toutes les régions sauf en Asie de l’Est, en Asie du Sud et en Afrique du Nord. Le plus fort déclin de production par travailleur s’est produit en Europe centrale et du Sud-Est (hors UE) et dans la CEI avec -4,7 pour cent, annulant ainsi une partie des gains enregistrés dans la première moitié de la décennie.
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  • Il résulte du déclin de la production par travailleur que les conditions de travail se détériorent, en particulier dans les régions où la productivité du travail était déjà faible avant la crise économique, comme en Afrique subsaharienne par exemple.
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Pour traiter ces problèmes, les membres de l’OIT qui représentent l’économie réelle se sont accordés sur un Pacte mondial pour l’emploi qui inclut une série de mesures testées et éprouvées pour apporter une réponse forte au défi de l’emploi en se concentrant sur la création accélérée d’emplois, des systèmes de protection sociale durables, le respects des droits au travail et le renforcement du dialogue. Le Pacte a reçu un soutien massif des chefs d’Etat du G20 et de l’Assemblée Générale des Nations Unies. Il est essentiel de repenser les politiques car nous ne sortirons pas de cette crise en appliquant les mêmes politiques que celles qui nous ont menés à cette crise précisément.

Aperçu régional

Dans les économies développées et l’Union européenne, le taux de chômage a grimpé à 8,4 pour cent en 2009, contre 6 pour cent en 2008 et 5,7 pour cent en 2007. Le nombre de chômeurs de la région aurait ainsi gonflé de plus de 13,7 millions entre 2007 et 2009, dont près de 12 millions pour la seule année 2009. L’emploi a davantage souffert dans les secteurs industriels que dans l’agriculture ou les services.

De manière générale, bien que représentant moins de 16 pour cent de la main-d’œuvre mondiale, la région des économies développées et de l’Union européenne concourt pour plus de 40 pour cent à la hausse du chômage mondial depuis 2007. Le chômage de cette région devrait se maintenir à un niveau élevé, avec une augmentation prévue du taux de chômage pour 2010 à 8,9 pour cent.

Entre 2008 et 2009, les plus fortes hausses du chômage par région se sont produites dans les économies développées et l’Union européenne qui ont connu une augmentation de 2,4 points de pourcentage, en Europe centrale et du Sud-Est (hors UE) et dans la CEI avec 2 points de pourcentage, et en Amérique latine et dans les Caraïbes (+1,2 point). Alors que ces trois régions contribuent pour les deux tiers à la hausse du nombre mondial de chômeurs en 2009, elles ne constituent que 30 pour cent de la main-d’œuvre mondiale. Les autres régions ont connu des hausses du chômage beaucoup plus limitées (0,5 point ou moins).

Selon le rapport du BIT, le chômage pourrait demeurer plus ou moins stable pendant l’année 2010, sauf dans les économies développées et l’Union européenne où un surcroît de 3 millions de personnes pourrait grossir les rangs des chômeurs en 2010.

En Afrique subsaharienne, le taux de chômage est estimé avoir augmenté à 8,2 pour cent en 2009 et ne devrait pas connaître beaucoup de changement entre 2009 et 2010. Cette hausse limitée ne reflète pas fidèlement l’impact de la crise en Afrique subsaharienne et devrait être appréciée à la lumière d’indicateurs mesurant notamment le nombre de travailleurs en situation d’emploi vulnérable et de travailleurs pauvres (Note 2).

En Afrique du Nord, on estime que le taux de chômage global a atteint 10,5 pour cent en 2009 et devrait rester élevé en 2010, à 10,6 pour cent. Cela représenterait une hausse de 300 000 chômeurs en 2010 par rapport à 2009. Globalement, l’état de faiblesse des marchés du travail dans cette région avant la crise accentue l’impact d’une croissance économique réduite, et la région aura sans doute besoin de beaucoup de temps pour récupérer.

Au Moyen-Orient, le taux de chômage régional n’a pas beaucoup augmenté au cours de la période 2007-2009 et devrait rester relativement inchangé en 2010, autour de 9,3 pour cent. Cependant, comme près de 23 pour cent des travailleurs de la région vivent eux et leurs familles avec moins de deux dollars par jour, l’impact de la crise doit aussi être évalué en termes d’accroissement de l’emploi vulnérable: toute détérioration de la qualité de l’emploi peut également déboucher sur une pauvreté accrue.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, le taux de chômage est passé de 7 pour cent en 2008 à 8,2 pour cent en 2009, représentant 4 millions de sans-emploi supplémentaires en 2009 (Note 3). Les statistiques actuelles indiquent aussi que la proportion des travailleurs vivant dans une extrême pauvreté varie de 7 à 9,9 pour cent en 2009, une hausse de 3,3 points de pourcentage depuis 2008. En 2010, le chômage devrait légèrement diminuer à 8 pour cent, reflétant l’amélioration de la situation fin 2009.

En Asie de l’Est, le chômage est progressivement monté à 4,4 pour cent en 2009 par rapport à 4,3 pour cent en 2008 et 3,8 pour cent en 2007. L’amélioration rapide du marché intérieur chinois, ainsi que les retombées positives pour les pays voisins, a conduit à une amélioration des chiffres relatifs à l’économie et au marché du travail dans la région. Le taux de chômage de la région devrait légèrement diminuer pour atteindre 4,3 pour cent en 2010.

La région d’Asie du Sud-Est et du Pacifique inclut un certain nombre d’économies qui sont hautement dépendantes du commerce international et des flux d’investissements étrangers. On estime que le nombre des travailleurs en situation d’emploi vulnérable dans la région a augmenté de 5 millions depuis 2008. Le taux de chômage régional serait ainsi passé à 5,6 pour cent en 2009, soit 0,2 point de pourcentage de plus par rapport à 2007; il devrait se stabiliser en 2010.

De toutes les régions du monde en 2009, ce sont l’Europe centrale et du Sud-Est (hors UE) et la Communauté des Etats indépendants (ECSE et CEI) qui ont subi le choc le plus sévère en termes de croissance économique. Ce qui s’est traduit par une augmentation du taux de chômage de 2 points de pourcentage, passant de 8,3 pour cent en 2007 à environ 10,3 pour cent en 2009. La perspective pour 2010 est celle d’un léger recul du taux de chômage à 10,1 pour cent.

Pour plus d’informations sur le Rapport Tendances mondiales de l’emploi, veuillez contacter le Département de la communication et de l’information publique du BIT au +4122/799-7912 ou sur communication@ilo.org


Note 1 - Les travailleurs en situation d’emploi vulnérable sont définis comme des personnes travaillant soit à leur propre compte, soit comme travailleurs familiaux non rémunérés.

Note 2 - Les travailleurs pauvres sont définis comme des personnes qui travaillent mais ne gagnent pas de quoi se hisser eux et leurs familles au-dessus d’un seuil de pauvreté établi.

Note 3 - A comparer avec le taux chômage urbain régional en Amérique latine et dans les Caraïbes estimé à 8.5 pour cent (moyenne pondérée) par le BIT pour la période janvier à septembre 2009: Panorama Laboral 2009, OIT Lima.