L'industrie forestière au cœur du débat sur la mondialisation

GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Selon un dernier rapport du Bureau international du Travail (BIT) consacré à la foresterie et à l'industrie du bois, des millions d'emplois pourraient être perdus à travers le monde dans ces secteurs. Ces derniers englobent les industries du papier et de l'ameublement. Quelle que soit l'activité concernée, on s'attend à une perte de vitesse significative de l'ensemble du secteur ces prochaines années.

Communiqué de presse | 14 septembre 2001

GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Selon un dernier rapport du Bureau international du Travail (BIT) consacré à la foresterie et à l'industrie du bois * , des millions d'emplois pourraient être perdus à travers le monde dans ces secteurs. Ces derniers englobent les industries du papier et de l'ameublement. Quelle que soit l'activité concernée, on s'attend à une perte de vitesse significative de l'ensemble du secteur ces prochaines années.

Rien qu'en Chine, les restrictions imposées au niveau de l'abattage vont affecter plus de 1,2 million de travailleurs forestiers et 900.000 d'entre eux vont perdre leur emploi. En Indonésie, en raison d'un manque de matières premières, les fabricants de contre-plaqués ont dû fermer leurs portes, entraînant dans leur sillage la perte de 40.000 emplois. Aux Etats-Unis, une nouvelle loi interdit la construction de routes dans les forêts du domaine public. Les syndicats américains craignent que cette seule mesure ne se traduise par la perte de 12.000 emplois.

«Tout n'est pas aussi noir qu'il n'y paraît. Cette industrie se retrouve simplement au cœur du débat sur la mondialisation», a souligné Peter Poschen, un spécialiste de ce secteur au sein du BIT et co-auteur du rapport. «Indiscutablement et avec plus de sérieux que toute autre industrie, le secteur forestier s'est fixé comme objectif un développement durable. Beaucoup d'entreprises et de pays cherchent à ce que ce secteur reste rentable d'un point de vue économique tout en préservant la forêt et en assurant une justice sociale».

«La grande question est de savoir si la mondialisation de l'économie peut profiter aux individus sans nuire à l'environnement? Ce sont les entreprises du secteur forestier qui détiennent la réponse. Tout dépend de la façon dont ces dernières vont traiter leurs ressources forestières, leurs travailleurs et le gagne-pain de plus d'un milliard de personnes qui vivent dans ou aux alentours des forêts», a poursuivi M. Poschen.

De par le monde, près de 47 millions de personnes travaillent directement dans la foresterie et l'industrie du bois. Si nous ne parvenions pas, ni à relever les défis posés par la globalisation ni à soutenir ces deux secteurs, les pertes d'emplois seraient supérieures à 5%, indique le rapport du BIT. Parmi les facteurs qui menacent l'emploi dans cette branche d'activités, on retrouve les restrictions au niveau de l'abattage, les effets des fusions et acquisitions, les changements structuraux et le manque de ressources dans les industries forestières et du bois (ameublement, papier).

Des pays comme le Brésil, le Canada, le Chili, la Finlande, le Ghana, la Nouvelle-Zélande, la Russie, la Suède, l'Afrique du Sud et les Etats-Unis sont les plus actifs dans cette branche d'activités. Selon le rapport du BIT, en Finlande, en Suède et en Nouvelle-Zélande l'emploi dans ce secteur a diminué de plus de 10% entre 1990 et 1998.

En Russie, la production et les exportations sont retombées à leur niveau de 1940 et plus d'un million d'emplois ont été perdus dans ce pays entre 1990 et 1999. D'autres pays en transition ont également perdu des emplois et peuvent s'attendre à en perdre davantage encore avec les restructurations en cours.

Pour les pays en voie de développement, les perspectives risquent d'être moins brillantes également, prédit le rapport. La mondialisation de l'économie implique la mobilité des capitaux et un accès facilité aux dernières technologies partout dans le monde. La globalisation signifie également la présence d'entreprises de plus en plus grandes et de plus en plus enclines à substituer du capital au travail. Dans ces conditions, la création d'emplois dans les industries forestières, même dans les pays en voie de développement, apparaît comme un combat perdu d'avance.

Pour faire face à ce défi, l'industrie forestière a mis en place une série de mesures innovantes qui permettent d'inclure ce concept abstrait de durabilité au cœur même des méthodes de production. Par cette nouvelle approche, l'industrie n'exploite plus une forêt mais la gère, pas seulement à son profit, mais en tenant compte des besoins des riverains et de l'intérêt public. Pour officialiser ces nouvelles méthodes de gestion, des labels indépendants de qualité ont fleuri un peu partout ces dernières années. Ces initiatives sont encouragées et soutenues par les acheteurs de produits forestiers, par les organisations non gouvernementales actives dans la protection de l'environnement, par les syndicats et par l'industrie elle-même», souligne le co-auteur du rapport.

Les gouvernements ont un rôle important à jouer en matière de réglementation mais surtout de promotion d'un développement durable de ce secteur. Outre le dialogue social, les autorités peuvent agir par l'amélioration des formations et par l'aide à la création de petites et moyennes entreprises, plus consommatrices de main-d'œuvre. Le rapport met en évidence de nombreuses initiatives prometteuses qui vont dans cette direction, tout en indiquant que beaucoup reste à faire si l'on veut apporter la démonstration que la mondialisation de l'économie peut effectivement s'avérer compatible avec un développement durable.

Ces questions seront débattues lors d'une réunion tripartite qui débutera ce lundi 17 septembre au BIT à Genève.

* « Mondialisation et développement durable de la foresterie et des industries du bois: un secteur en mouvement», Bureau international du Travail, Genève, 2001. ISBN 92-2212518-5. Prix: 20 francs suisses.