Le rapport du BIT sur le trafic des enfants en Afrique centrale et de l'Ouest

GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le trafic des enfants en Afrique centrale et de l'Ouest est en augmentation. La lutte contre ce fléau exige de la part des pays concernés un effort concerté de tous les secteurs de la société. C'est en substance la conclusion du rapport publié aujourd'hui par le Bureau international du Travail (BIT) et son Programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC).

Communiqué de presse | 15 juin 2001

GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le trafic des enfants en Afrique centrale et de l'Ouest est en augmentation. La lutte contre ce fléau exige de la part des pays concernés un effort concerté de tous les secteurs de la société. C'est en substance la conclusion du rapport * publié aujourd'hui par le Bureau international du Travail (BIT) et son Programme international pour l'abolition du travail des enfants (IPEC) .

La publication de ce rapport intervient ce 15 juin à la veille de la "Journée de l'Enfant Africain"au cours de laquelle un large éventail d'organisations et institutions locales, nationales et internationales vont, à travers toute l'Afrique, se concentrer sur les problèmes et besoins spécifiques des enfants africains.

Ce "rapport de synthèse", financé par le Département du Travail américain, représente la première phase d'un projet qui vise à lutter contre le trafic des enfants dont la main-d'œuvre est ensuite exploitée dans neuf pays d'Afrique centrale et de l'Ouest.

Cette étude est le résultat de la compilation de témoignages récoltés auprès d'enfants et de parents issus des pays suivants: Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire, Gabon, Ghana, Mali, Nigéria et Togo.

En Afrique de l'Ouest, des rapports indiquent que des enfants sont trafiqués afin d'être exploités dans le commerce du sexe; toutefois, leur nombre est largement inférieur à ceux qui sont trafiqués pour d'autres formes de travail, comme le travail domestique qui semble être la plus courante d'entre elles. L'exploitation peut prendre d'autres visages comme le travail dans des plantations, le petit commerce, la mendicité et le racolage.

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer ce phénomène. L'une d'elles est la disparition progressive de la notion de famille au sens large et les formes traditionnelles de solidarité qui en découlent. Afin de convaincre les parents de laisser partir leurs enfants, les trafiquants promettent des belles sommes d'argent ou des boulots rémunérateurs. Une fois arrivés à destination, ni les enfants ni les parents ne sont payés pour le travail fourni, en tout cas moins que ce qu'il leur avait été promis. En décrivant leur périple depuis leur maison jusqu'à leur endroit de travail, les enfants racontent des histoires poignantes. Beaucoup se plaignent des conditions de travail et de la privation de nourriture.

Les enfants ainsi trafiqués peuvent travailler de 10 à 20 heures par jour, portant de lourdes charges, manœuvrant des outils dangereux, sans recevoir de boissons et de nourriture en suffisance. Selon une étude publiée au Nigéria, un enfant trafiqué sur cinq meurt de maladies et de causes diverses. D'autres encore succombent à des maladies sexuellement transmissibles comme le SIDA. Traumatisés par des conditions de travail abominables, les mauvais traitements et la maladie, les enfants perdent leur dignité humaine et se considèrent de plus en plus comme des parias de la société. Ceci peut les mener aux activités criminelles, à la consommation de drogue ou à des troubles mentaux à long terme, explique ce même rapport.

L'existence de ce trafic d'enfants en vue de l'exploitation de leur main-d'œuvre est maintenant admise par les pays qui participent au projet IPEC-OIT pour combattre ce phénomène. Il s'agit du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, de la Côte d'Ivoire, du Gabon, du Ghana, du Mali, du Nigéria et du Togo.

L'importance de la collaboration bilatérale en matière de rapatriement des victimes et d'extradition des trafiquants est aussi reconnue. L'amorce de ce mouvement se traduit par les premiers accords bilatéraux signés entre la Côte d'Ivoire et le Mali, entre le Bénin et le Gabon, et, entre le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigéria. Des pays comme le Bénin, le Mali et le Togo ont lancé des programmes spécifiques pour combattre le trafic d'enfants. Plusieurs organisations non-gouvernementales s'activent à accroître la prise de conscience en encourageant un débat sur la place publique, en produisant du matériel didactique pour les professeurs et en réintégrant les victimes du trafic.

Le rapport fait des recommandations pour un plan sous-régional d'action: encourager la recherche et la formation tout en augmentant la prise de conscience et en renforçant le cadre légal et institutionnel. D'autres mesures visent à l'assistance directe aux victimes et à une collaboration bilatérale accrue en matière de rapatriement des victimes et d'extradition des trafiquants.

Avec le soutien du gouvernement des Etats-Unis et pour assurer un suivi à ce rapport, le programme IPEC de l'OIT va renforcer son assistance technique pour aider à combattre le trafic des enfants au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, au Gabon, au Ghana, au Mali, au Nigéria, au Togo et en Côte d'Ivoire. Un nouveau projet d'un montant de 4,5 millions de dollars US sera lancé dans chacun de ces pays en vue d'empêcher le trafic des enfants et de réhabiliter les victimes.

Pour plus d'informations, veuillez contacter les experts IPEC suivants:

Demandes en anglais: M me Pin Boonpala: + 4122/799-8176;
Demandes en français: M me Laetitia Dumas: + 4122 /799-7353;
ou par courrier électronique à childlabour@ilo.org

* Combattre le trafic des enfants à des fins d'exploitation de leur travail en Afrique de l'Ouest et du Centre, Rapport de synthèse, Programme international pour l'abolition du travail des enfants. Bureau international du Travail, Genève, 2001. ISBN 92-2-212356-5.