Intervention du Roi Abdullah II de Jordanie devant la Conférence internationale du Travail

Affirmant que «le travail et les travailleurs sont au cœur de la prospérité du monde», le Roi Abdullah II de Jordanie a déclaré jeudi devant la Conférence internationale du Travail qu'il était indispensable de gagner la «guerre contre le besoin» si l'on veut «surmonter les divisions et le désespoir qui alimentent la violence dans le monde».

Communiqué de presse | 12 juin 2003

GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Affirmant que «le travail et les travailleurs sont au cœur de la prospérité du monde», le Roi Abdullah II de Jordanie a déclaré jeudi devant la Conférence internationale du Travail qu'il était indispensable de gagner la «guerre contre le besoin» si l'on veut «surmonter les divisions et le désespoir qui alimentent la violence dans le monde».

«Les jeunes, qui ont désespérément besoin d'opportunités et d'espoir, sont confrontés, eux et la société qui les entoure, à la pauvreté, à des problèmes de santé, à l'analphabétisme et autres maux», a-t-il dit. «Est-il dès lors surprenant que ces communautés deviennent un terrain propice au recrutement pour les idéologies extrémistes?»

S'adressant aux quelque 2 700 délégués à la Conférence, le souverain hachémite a estimé que répondre à ce besoin «requiert un développement socio-économique durable, un développement qui permet à tous les peuples de vivre dans la dignité». «Pareil développement, a-t-il ajouté, est un instrument important dans la bataille contre l'extrémisme, comme il peut être à l'origine d'une solution équitable du conflit arabo-israélien et de la question de la Palestine.»

Insistant sur «le besoin urgent de reconstruire et de stabiliser la région du Moyen-Orient», qui se trouve, à ses yeux, à «une importante croisée des chemins», le Souverain hachémite a estimé que «le moment était venu d'œuvrer de concert pour mettre sur le rail le processus qui rendra l'Irak à un gouvernement irakien crédible, représentant tous les irakiens».

Evoquant le récent sommet d'Aqaba, censé ouvrir une nouvelle voie à la paix, le Roi Abdullah a indiqué que «le processus était en marche», mais qu'il était nécessaire que «tous les amis de la paix persistent fermement dans cette voie».

Le chemin de la paix au Moyen-Orient est parsemé de nombreuses difficultés, a dit le Directeur général du Bureau international du Travail (BIT), Juan Somavia, en recevant son hôte, «mais comme vous-même et votre grande nation l'avez montré au cours des années, nous ne pouvons pas renoncer».

Citant les propos tenus par le Souverain hachémite à Aqaba - «la pire des calamités pour le Moyen-Orient est la perte de l'espoir» -, M. Somavia a dit: «Nous avons l'occasion et l'obligation de redonner foi au processus et de revigorer l'espoir en des lendemains meilleurs».

Le Roi Abdullah a fait état des réformes introduites dans son pays pour améliorer la formation et la productivité de la force de travail, sans laquelle l'économie ne peut croître, et insisté sur l'interdépendance croissante des nations. «Aujourd'hui, pour les pays développés comme pour ceux en développement, les progrès possibles au niveau national sont liés aux progrès réalisés sur un plan mondial. Y parvenir appelle un véritable partenariat entre pays développés et pays en développement, un partenariat fondé sur des intérêts communs, l'interdépendance et des responsabilités partagées. C'est la seule voie pour parvenir à une justice planétaire et encourager les pays en développement à promulguer des réformes politiques, économiques et sociales.»

Estimant que le dialogue devait être accompagné d'actes, de part et d'autre, le Souverain hachémite a dit: «Nous avons besoin d'un meilleur accès aux marchés, de l'abolition des barrières douanières et de politiques commerciales prévisibles. Les pays industrialisés doivent accroître le niveau de leur assistance, encourager les investissements, assurer le transfert de technologies et réduire le fardeau de la dette. Les pays en développement sont tenus, pour leur part, d'adopter de solides politiques économiques, de prévoir des filets de sécurité adaptés, et d'opter pour une bonne gouvernance et le respect des lois».

«Dans ma région, dans toutes les régions, nous devons coopérer et vite pour résoudre des problèmes-clés: les libertés politiques, l'amélioration du rôle des femmes, la réduction des écarts qui subsistent dans le domaine des connaissances», a-t-il ajouté.