Sécurité et santé au travail

La contribution de l’OIT à la prévention des accidents miniers en Ukraine

L’Ukraine figure parmi les pays ayant les plus forts taux d’accidents du travail dans les mines. L’OIT forme donc les mineurs à la prévention des accidents dans ce secteur.

Reportage | 10 juillet 2018
© Ihor Yosypiv
KIEV, Ukraine (OIT Infos) – L’économie de l’Ukraine reste fortement dépendante de la production de charbon. Le pays est confronté à de graves difficultés en matière de sécurité et de santé au travail (SST) dans ce secteur et dans les autres industries d’extraction, car les installations minières sont vieillissantes et les systèmes de sûreté datent de l’époque soviétique.

L’activité minière est l’industrie la plus dangereuse en Ukraine: elle représentait 18,9 pour cent des accidents du travail en 2017, avec 936 personnes blessées et 33 tuées.

Les problèmes sont aggravés par le fait que l’Ukraine a perdu le contrôle d’une partie de son territoire, dans les régions de Donetsk et de Louhansk qui produisaient la majeure partie du charbon de haute qualité.

Un groupe d’experts a récemment visité les mines des régions de Dniepr et Lviv pour former des mineurs venus de toute l’Ukraine aux normes de sécurité et santé et à la gestion des risques. La visite faisait partie d’un programme de formation spécial de l’OIT qui a pour but d’améliorer l’état de la sécurité et de la santé au travail dans les mines de charbon souterraines et les industries d’extraction de minerais métalliques et autres.

L’une des caractéristiques particulières de la formation était qu’elle prévoyait une session pratique dans une mine. Les sessions de formation ont montré combien les industries s’étaient développées de manière inégale et ont révélé d’énormes disparités quant au niveau de production des travailleurs.

Le premier cycle de trois jours de formation de base à la sécurité dans les mines pour les entreprises extrayant des minerais métalliques et non métalliques a eu lieu à Kryvy Rih, une ville industrielle entourée de gisements de minerais.

La salle où se déroulait la formation était bondée et la télévision locale a présenté l’événement au journal télévisé diffusé aux heures de grande écoute.

Bâtir une culture de prévention

Les experts de l’OIT – Kenichi Hirose, Wiking Husberg, Alexandra Koteraz et Iryna Peksheva – ont expliqué les avantages des systèmes de gestion de la SST basés sur une approche d’évaluation des risques. Ces systèmes ont réussi à forger une culture de prévention dans de nombreux pays. L’idée est d’inverser la chaine de causalité des accidents en identifiant les sources d’accident potentielles et en prenant des mesures pratiques pour éviter de futurs accidents.

Le deuxième jour, 30 participants ont reçu leur première mission: sous la supervision des formateurs, ils devaient identifier les dangers et évaluer les risques dans la mine de Yuvileyna, où le minerai métallique est extrait à 1 420 mètres de profondeur.

Roman Cherneha, Directeur du Service du travail ukrainien les a rejoints pour cet exercice pratique. Il a souligné l’importance du projet de l’OIT, déclarant qu’il «préservait le potentiel productif des travailleurs tout en sauvant des vies et en promouvant la santé, s’appuyant sur les compétences pour conduire une évaluation des risques et prévenir les accidents du travail».

Les participants ont ensuite présenté leurs rapports, classant les dangers et les risques recensés dans la mine en fonction des priorités d’intervention. Pour chaque découverte, ils devaient proposer une solution préventive concrète.

«Il faut bien commencer un jour ou l’autre»

Puis les experts internationaux sont intervenus. L’experte polonaise, Alexandra Koteraz, a montré une vidéo d’une mine expérimentale en Pologne: une explosion de méthane et de poussière de charbon avait provoqué une tempête de feu mortelle dans la mine.

Wiking Husberg, de Finlande, a répondu aux questions concernant les travailleurs qui enfreignent les règles de sécurité. Il a évoqué la Finlande où l’équipement, les machines et les lieux de travail sont conçus de telle manière que le mésusage éventuel est pris en compte. Il a clairement dit que les choses ne pouvaient pas changer du jour au lendemain. «En Finlande, nous avons commencé à construire un système de sécurité et de santé au travail basé sur l’évaluation des risques mais nous n’avons pas terminé. Mais il faut bien commencer un jour ou l’autre».

Il a fallu 40 ans à la Finlande pour forger une culture préventive, a déclaré M. Husberg, ajoutant que pour changer le comportement des travailleurs, la clé était la motivation plutôt que la sanction. Cette idée a reçu le soutien sans réserve du représentant du ministère ukrainien de l’Energie et du Charbon, Igor Yaschenko, qui dirige le Département de la protection civile et industrielle des travailleurs.

L’Ukraine a entamé ce processus en préparant le passage à un système axé sur le risque et en adaptant sa législation nationale pour se conformer aux normes internationales du travail, en particulier la Convention ( n° 187) sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail, 2006, ainsi qu’aux directives de l’Union européenne. Pour les traduire dans la pratique, le gouvernement travaille actuellement sur un nouveau décret, «Concept de réforme du système de gestion de la SST», et sur son plan d’action.

Parallèlement, les participants à la formation de l’OIT mettent dorénavant en pratique ce qu’ils ont appris. Ils se réuniront à nouveau en juillet pour mesurer les progrès accomplis et identifier les régions où les experts internationaux pourraient venir à nouveau.