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Les jeunes entrepreneurs de Tanzanie: où en sont-ils?

Le programme d’apprentissage de l’OIT pour les jeunes, Kazi Nje Nje, a permis de créer 51 489 nouvelles entreprises et 28 834 emplois dans les secteurs du commerce de détail, des services, de la production manufacturée et de l’agriculture.

Reportage | 12 avril 2017
PEMBA, Tanzanie (OIT Infos) – Nuru Nassor, une couturière de 24 ans, a du mal à joindre les deux bouts. Elle était l’une de ces jeunes Tanzaniens sous-employés qui souhaitaient travailler davantage.

«Je réalisais ponctuellement des travaux de tricot et de couture avant les festivals et les célébrations. Je gagnais entre 30 000 et 50 000 TZS par mois mais ce n’était pas un revenu régulier», confie cette mère de trois enfants du district de Chakechake, sur l’île de Pemba.

La pauvreté au travail et le sous-emploi sont les principaux défis que doit relever l’économie tanzanienne. Trois travailleurs sur quatre sont considérés comme des travailleurs pauvres. La population du pays connaît une croissance rapide avec plus des deux tiers âgés de moins de 25 ans. Un quart des 15-34 ans sont sous-employés.

Après avoir entendu parler du programme d’apprentissage des Services de développement commercial (SDC), Kazi Nje Nje, dirigé par l’OIT – destiné à permettre aux jeunes de lancer et développer des entreprises viables – Mme Nassor a décidé d’y participer. Le programme encourageait aussi les jeunes diplômés des universités et des instituts de formation à diffuser aux jeunes des messages positifs sur l’entreprenariat et sur le soutien au développement des entreprises.

Après neuf mois de formation et de tutorat qui reprenaient des éléments du programme Mieux gérer votre entreprise (GERME), Mme Nassor a créé son entreprise. Puis, elle a invité d’autres jeunes femmes à apprendre la couture.

«C’était il y a quatre ans et, aujourd’hui, six jeunes femmes de 20 à 22 ans m’ont rejointe. Je suis satisfaite des résultats obtenus puisque mon revenu a progressé pour atteindre 80 000 à 100 000 TZS par mois», a-t-elle dit.

«La création de mon entreprise m’a donné pleinement satisfaction, car elle m’a permis de former d’autres femmes qui créeront bientôt leur propre entreprise et, surtout, je peux maintenant contribuer davantage à nourrir et à habiller mes enfants», a ajouté Mme Nassor.

Des offres d’emploi à saisir

Kazi Nje Nje, qui signifie littéralement «Des emplois à saisir», fait partie du Programme quinquennal de développement de l’emploi pour les jeunes (YEF en anglais) de l’OIT qui s’est achevé en 2015. Le programme YEF a été présenté comme un projet régional de la Commission africaine en Tanzanie, au Kenya et en Ouganda. Son principal objectif est d’encourager l’esprit d’entreprise, de créer des emplois décents et d’offrir de meilleurs débouchés aux jeunes, hommes et femmes, grâce à l’éducation, au perfectionnement des compétences et à l’accès au financement. Des campagnes de marketing social dans les médias et des concours de plan d’affaires ont été utilisés pour identifier des entrepreneurs potentiels aux idées novatrices.

Le programme Kazi Nje Nje a abouti à la création de 51 489 entreprises qui ont permis la création de 28 834 emplois dans des secteurs comme le commerce de détail, les services, la production manufacturée, l’agriculture et l’agro-alimentaire. Des partenariats ont été conclus avec des banques communautaires et d’autres institutions de microfinance qui ont permis d’améliorer l’accès des jeunes entrepreneurs au financement.

«En Tanzanie, les jeunes travaillent dur parce qu’ils n’ont pas les moyens de rester inactifs. Néanmoins, leur travail ne leur permet souvent que d’assurer leur subsistance», a déclaré Mary Kawar, directrice du Bureau de pays de l’OIT pour la Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi. «Dans le cadre de ce programme, notre rôle en tant qu’OIT, aux côtés du gouvernement et des partenaires sociaux, est de les soutenir pour qu’ils deviennent des travailleurs productifs, touchent un salaire décent, et soient capables d’être des acteurs de leur communauté.»

Dans le cadre de ce programme, notre rôle en tant qu’OIT…. est de les soutenir [les jeunes] pour qu’ils deviennent des travailleurs productifs, touchent un salaire décent.»

Mary Kawar, directrice du Bureau de pays de l’OIT pour la Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi
Comme Mme Nassor, Saleh Awadhi, un ancien toxicomane, a été diplômé de la formation. A presque quarante ans, l’ambition de M. Awadhi est de devenir un styliste de mode de renommée internationale. Il a participé à plusieurs défilés de mode, notamment lors de la Semaine de la mode de Zanzibar.

«Je vends mes créations à des prix raisonnables et je réalise ainsi de gros bénéfices. Je suis heureux de pouvoir subvenir aux besoins de mon fils désormais», dit-il.

De nouveaux investissements dans les initiatives pour l’emploi des jeunes

«Le programme Kazi Nje Nje a fait prendre conscience aux jeunes qu’il y avait des emplois disponibles et qu’ils pouvaient eux-mêmes en créer», a déclaré Jealous Chirove, spécialiste de l’emploi de l’OIT basé à Dar es Salaam. «Une analyse du programme réalisée par les formateurs a montré qu’environ 50 pour cent des jeunes formés avaient créé une entreprise dans les 12 mois suivant la formation, et chacune de ces entreprises a créé en moyenne 2,4 emplois.»

Environ 50 pour cent des jeunes formés avaient créé une entreprise dans les 12 mois suivant la formation.»

Jealous Chirove, spécialiste de l’emploi de l’OIT
Pourtant, les jeunes Tanzaniens ont encore des obstacles à surmonter pour accéder au travail décent, y compris «l’assez faible coordination» entre les différents programmes pour l’emploi des jeunes.

«Le pays a également besoin d’investissements conséquents et diversifiés dans les programmes publics d’emploi des jeunes, dans les dispositifs et les fonds gouvernementaux destinés aux jeunes, afin d’aider ces jeunes gens à être compétitifs sur le marché du travail; ils devront être complétés par de forts dispositifs de soutien au secteur privé en matière d’accès au crédit et d’aide aux entreprises», a ajouté Jealous Chirove.

S’appuyant sur le succès de Kazi Nje Nje, l’OIT a noué un partenariat avec l’Association GERME d’Afrique de l’Est pour fournir des supports de formation et promouvoir les compétences en SDC auprès des jeunes entrepreneurs tanzaniens. Elle a aussi un rôle majeur pour coordonner les projets relatifs à l’emploi des jeunes avec les Nations Unies, y compris le Programme conjoint de l’ONU en faveur de l’emploi des jeunes. Parmi les autres projets, figurent un programme d’apprentissage dans le secteur du tourisme et une initiative visant à reconnaître les compétences acquises par les jeunes dans le secteur informel.

En outre, l’OIT soutient la révision de la politique nationale d’emploi (2008) et de la politique nationale en faveur des PME (2003) en vue d’augmenter les possibilités d’emploi pour les jeunes.