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L’histoire de Najma: «S’informer pour émigrer en toute sécurité»

Cherchant désespérant à partir travailler à l’étranger pour échapper à la pauvreté, Najma s’est dans un premier temps tournée vers un intermédiaire. Mais ce qu’elle a appris lors d’une formation financée par l’OIT lui a fait prendre conscience qu’elle avait été trompée.

Reportage | Bangladesh | 30 septembre 2016
Najma
DHAKA, Bangladesh (OIT Info) – L’amour et le mariage auraient dû offrir un nouveau départ prometteur pour Najma, âgée de 26 ans, originaire du district de Narayanganj, dans le centre du Bangladesh.

Elle est l’aînée de trois filles dans une famille qui a toujours lutté contre la pauvreté, d’aussi loin qu’elle s’en souvienne.

«Mon père travaille dans une épicerie et ma mère est femme au foyer. Même s’ils travaillaient dur pour subvenir aux besoins de la famille, ils n’y réussissaient pas. La plupart de nos désirs d’enfant sont restés insatisfaits à cause de la pauvreté. C’est pourquoi dès mon plus jeune âge, j’ai eu la volonté de soutenir ma famille et d’améliorer notre situation», explique Najma.

A quatorze ans à peine, elle a quitté l’école pour prendre un emploi d’ouvrière. A 18 ans, elle est tombée amoureuse d’un voisin et, après s’être fréquentés cinq ans, ils se sont mariés.

Mais le mariage ne lui a pas permis d’échapper aux problèmes complexes liés à la pauvreté.

«Ma belle-mère m’a rejetée parce que ma famille était pauvre et que nous n’avions pas de maison. Elle a dit qu’elle accepterait notre mariage à condition que mes parents construisent une maison. J’ai donc commencé à travailler très dur, essayant de mettre de l’argent de côté pour permettre à mes parents de construire – mais ce n’est pas facile de se constituer une épargne pour construire quand on travaille comme ouvrière avec un petit salaire. Même après trois ans de mariage, je ne pouvais toujours pas allée chez mon mari, ce qui était très frustrant pour moi.»

Puis, la jeune femme a pensé avoir trouvé une issue. Najma avait vu beaucoup de ses voisins et parents partir à l’étranger et changer de vie en devenant travailleurs émigrés. L’argent supplémentaire gagné en s’expatriant leur permettait de construire des maisons, d’acheter de jolis meubles et bien d’autres choses. Elle a donc décidé de suivre leur exemple.

Elle a contacté un intermédiaire qui lui a promis de lui trouver un emploi au Qatar. Il lui a demandé 30 000 BDT (383 dollars), ajoutant qu’il récupérerait les autres frais plus tard. Najma avait quelques économies; elle a emprunté le reste à son entourage.

Cependant, elle s’est vite inquiétée. L’intermédiaire lui promettait sans cesse que son visa et son voyage seraient prêts prochainement mais elle n’arrivait jamais à obtenir des précisions sur sa date de départ.

Puis, un jour, elle a reçu la visite d’une employée de terrain du Programme Ovibashi Kormi Unnoyon (OKUP) qui est soutenu par un projet de l’OIT financé par le Royaume-Uni, l’Initiative en faveur du recrutement équitable et du travail décent pour les travailleuses immigrées en Asie du Sud et au Moyen-Orient, connu sous le diminutif Work in Freedom (WIF, Travailler en liberté).

Bien préparer la migration

«Shapla Apa, une employée de terrain d’OKUP, est venue chez nous un jour et m’a invitée à participer à une formation avant de prendre ma décision, puisque j’étais candidate à l’émigration. Elle a évoqué les risques et les vulnérabilités liés à une migration périlleuse et les mauvaises pratiques de nombreux intermédiaires. Quand mon intermédiaire s’est rendu compte que j’allais suivre la formation de l’OKUP, il a essayé de m’en dissuader mais je ne l’ai pas écouté et j’y suis allée quand même.»

La formation de deux jours a marqué un tournant pour Najma: «Je n’avais jamais entendu parler de choses comme les contrats de travail ou les agences de recrutement auparavant, et je n’avais jamais songé à évaluer les coûts et avantages de l’émigration. J’ignorais que le véritable coût d’émigration des femmes était si faible et que le gouvernement du Bangladesh envoyait des femmes travailler en Jordanie et en Arabie saoudite sans frais. Je ne savais pas non plus combien coûtait l’obtention de passeport.»

La migration est utile pour les femmes pauvres comme moi, mais elle doit être sure et résulter d’une décision réfléchie», estime Najma.

Najma a rapidement mis en pratique ses nouvelles connaissances: «En suivant la formation, j’ai compris quels étaient mes droits et j’ai demandé à l’intermédiaire un contrat et un visa. Il a néanmoins refusé de me donner les papiers. J’ai demandé à de nombreuses reprises jusqu’à ce qu’il finisse par ne plus répondre à mes appels téléphoniques. A ce moment-là, j’ai compris que j’avais été bernée. Mais j’avais la chance d’avoir bénéficié de la formation et je savais comment partir à l’étranger sans risque. J’aurais pu être victime de trafiquants ou subir d’autres préjudices.»

Najma a obtenu son passeport sans aide extérieure. Elle prévoit d’émigrer en Arabie saoudite dans le cadre d’une procédure gouvernementale officielle.*

«Je suis très heureuse d’avoir pu obtenir mon passeport sans l’aide d’un intermédiaire et je n’ai payé que les frais officiels (environ 45 dollars). Je suis allée moi-même au bureau des passeports et j’ai rempli le formulaire de demande. A l’extérieur du bâtiment, beaucoup d’intermédiaires voulaient m’aider et me demandaient de l’argent. Ils disaient que si je déposais moi-même ma demande, je ferais des erreurs et obtiendrais mon passeport avec retard. Mais je n’ai écouté personne. J’ai fait tout par moi-même, et j’ai eu mon passeport à temps.»

Le projet WIF, financé par le ministère du Développement international (DFID) du Royaume-Uni, vise à réduire la vulnérabilité à la traite des femmes et des filles dans les pays d’origine d’Asie du Sud (Bangladesh, Inde et Népal) et dans quelques pays de destination (Inde, Jordanie, Liban et Emirats arabes unis).

«Emigrer en connaissance de cause, c’est émigrer en sécurité», rappelle le Directeur du bureau de l’OIT au Bangladesh, Srinivas Reddy. «La formation à la prise de décision pour les candidats à l’émigration les aide à simplement à comprendre ce que signifie l’émigration et comment éviter l’exploitation.»

«La migration est utile pour les femmes pauvres comme moi, mais elle doit être sure et résulter d’une décision réfléchie», estime Najma. «De nombreuses femmes peuvent apporter un changement positif dans leur vie grâce à l’émigration. Pourtant, de nombreuses candidates à l’émigration manquent d’informations.»

* Note: Najma a trouvé un emploi par la filière officielle et travaille maintenant en Arabie saoudite.