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Emploi et situations de post-conflit

Unis pour consolider la paix: l’ONU lance une nouvelle politique de création d’emplois dans les situations post-conflit

Promouvoir l’emploi est une tâche difficile en temps de paix mais elle l’est bien davantage en situation post-conflit. Une vingtaine d’agences, de fonds et de programmes des Nations Unies déploient maintenant des efforts de grande ampleur pour accroître et optimiser l’impact, la cohérence et l’efficacité du soutien à l’emploi dans les pays qui sortent d’un conflit. BIT en ligne s’est entretenu avec José-Manuel Salazar-Xirinachs, Directeur exécutif du secteur de l’emploi au BIT qui supervise le Programme focal sur la réponse aux crises et la reconstruction, au sujet de la «Politique des Nations Unies pour la création d’emplois, de revenus et la réintégration dans les situations post-conflit» qui doit être présentée à Genève le 4 novembre .

Article | 3 novembre 2009

BIT en ligne: Pourquoi est-ce si important de créer des emplois dans les pays qui sortent d’un conflit?

José-Manuel Salazar-Xirinachs: Dans les situations post-conflit, la création d’emplois lucratifs est cruciale pour la stabilité, la réintégration, la croissance socio-économique à court terme et pour une paix durable. La création d’emplois et les possibilités de travail indépendant offrent aux individus et aux communautés les moyens de survivre et de redémarrer. Le nombre d’emplois qu’il est indispensable de créer dans ces contextes post-conflictuels est impressionnant. La démobilisation de l’armée irakienne a laissé 350 000 ex-soldats sans emploi, alors que le conflit en Afghanistan a généré plus de deux millions de personnes déplacées qui ont besoin d’être réinsérées et de travailler. Selon l’UNHCR, fin 2008, on dénombrait à l’échelle mondiale 42 millions de personnes déracinées en raison d’un conflit. Cela représente 15,2 millions de réfugiés, 827 000 demandeurs d’asile et 26 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays Note 2.A leur retour dans leur communauté d’origine, ou lorsqu’elles s’intègrent dans une communauté d’accueil, ces personnes auront besoin d’un revenu et d’un emploi. Si aucune action coordonnée ne vient renverser les effets négatifs de la guerre sur les économies d’accueil, elles pourraient représenter un poids supplémentaire pour des marchés du travail déprimés, augmentant le chômage et suscitant des troubles sociaux dans un contexte politique fragile. Par ailleurs, au cours de 2007, des programmes spéciaux se sont efforcés de réintégrer plus d’un million d’anciens combattants.

BIT en ligne: En plus des anciens combattants, qui d’autre est concerné par cette nouvelle stratégie?

José-Manuel Salazar-Xirinachs: Une attention particulière est portée aux besoins et aux capacités des catégories les plus affectées par les conflits, notamment les femmes et les jeunes sans emploi ou sous-employés. Créer des emplois qui utilisent l’énergie positive et les qualifications des jeunes est un défi particulièrement difficile, puisqu’ils sont souvent pris au piège par un cercle vicieux de violence, de pauvreté, d’analphabétisme et d’exclusion sociale. Lorsqu’on s’adresse à des individus ou des groupes spécifiques, tels que les anciens combattants, il convient de trouver un équilibre entre les questions prioritaires de sécurité et des considérations d’équité.

BIT en ligne: Quels sont les autres bénéfices de cette stratégie pour la société?

José-Manuel Salazar-Xirinachs: La fin d’un conflit dans un pays constitue une période propice pour réformer sur le plan économique et social. Les causes profondes du conflit ont souvent un lien avec le monde du travail, à savoir la discrimination, l’exclusion sociale, le travail forcé et les entraves aux droits et libertés fondamentales, entre autres. Les normes fondamentales de l’OIT et un dialogue social approfondi contribueront à traiter quelques-unes de ces causes, en favorisant une mutation socio-économique plus intégratrice, ce qui facilite la réconciliation à long terme.

BIT en ligne: Pouvez-vous nous en dire plus sur ce nouvel effort pour reconstruire les sociétés en situation post-conflit?

José-Manuel Salazar-Xirinachs: Cette nouvelle politique représente un effort à l’échelle de l’ONU pour augmenter et optimiser l’efficacité des programmes d’emploi et de réintégration dans les situations consécutives aux conflits. Elle a été conjointement élaborée par 20 agences onusiennes et institutions financières internationales qui constituent le Groupe de travail inter-agences sur la création d’emplois et la réintégration dans les situations post-conflit Note 3.Le lien crucial entre l’(auto-)emploi et la consolidation de la paix a reçu une pleine reconnaissance à l’issue d’un processus de consultation inter-agences, codirigé par l’OIT et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui a duré trois ans. Le processus a abouti en mai 2008 à l’approbation de la nouvelle politique par le Secrétaire général de l’ONU. La politique souligne la nécessité de mener des stratégies cohérentes et globales pour créer des emplois et réintégrer les victimes des conflits; elle prévoit trois catégories de programmes, définis comme des «séquences».

BIT en ligne: Quelles sont ces trois catégories de programmes?

José-Manuel Salazar-Xirinachs: Il s’agit premièrement de stabilisation, deuxièmement de retour et de réintégration, et troisièmement de création d’emplois durables et de travail décent. Tous les programmes encouragent le travail indépendant mais sous des angles différents. La séquence de programmes dit «accélérée» comprend des emplois temporaires d’urgence et vise à consolider la sécurité et la stabilité grâce à des programmes qui distribuent rapidement les dividendes de la paix à des bénéficiaires bien déterminés comme les femmes chefs de famille, les anciens combattants, les jeunes, les rapatriés, les personnes déplacées et les autres personnes fortement exposées aux risques d’exploitation ou d’abus, en particulier les femmes. Les programmes de la deuxième séquence concernent le renforcement des capacités des gouvernements locaux et autres autorités locales, ainsi que les fournisseurs de services aux entreprises; des programmes de développement gérés par les communautés comprenant des investissements participatifs dans les infrastructures socio-économiques locales; et des programmes locaux de reprise économique. Les programmes de la troisième séquence incluent un appui aux politiques macroéconomiques et fiscales, aux politiques actives du marché du travail, à la législation du travail et aux politiques d’investissement; un soutien au secteur financier et aux services de développement des entreprises; et la promotion des institutions liées au travail qui améliorent l’employabilité, de la protection sociale et d’autres aspects de l’administration du travail.

BIT en ligne: Comment vous assurez-vous que tous les acteurs concernés participent au processus de reconstruction?

José-Manuel Salazar-Xirinachs: Les programmes doivent être soutenus et validés par un dialogue social entre les mandants tripartites (gouvernements, employeurs et travailleurs) et les autres acteurs concernés afin de réunir un consensus autour de la politique du marché du travail, ainsi que des réformes légales et institutionnelles. Le but ultime est de promouvoir à long terme un développement durable qui favorise l’emploi productif et le travail décent, tout en respectant les droits humains fondamentaux, en promouvant l’égalité entre hommes et femmes et l’attention aux groupes marginalisés.

BIT en ligne: Quel est le rôle de l’OIT dans cette mobilisation conjointe?

José-Manuel Salazar-Xirinachs: Grâce aux derniers événements, l’Agenda pour le travail décent est devenu un instrument essentiel pour le relèvement post-conflictuel et la consolidation de la paix au niveau du pays, au sein du système des Nations Unies et au-delà. L’OIT va ainsi obtenir un rôle accru dans le domaine de la stratégie et du conseil et va influencer les opérations de rétablissement et de reconstruction, assurant une meilleure cohérence au sein de l’ONU. Comme l’ont souligné la Déclaration de l’OIT sur la justice sociale pour une mondialisation équitable en 2008 et le Cadre stratégique pour 2010-2015, le monde du travail est un contributeur essentiel au progrès socio-économique et à la stabilité politique. La mise en œuvre de cette politique sera une contribution efficace à la réalisation du travail décent dans les pays qui émergent d’un conflit.

BIT en ligne: Quelles sont les prochaines étapes?

José-Manuel Salazar-Xirinachs: Le Secrétaire Général de l’ONU a demandé à l’OIT et au PNUD de développer une capacité interne pour appuyer la mise en œuvre de programmes de travail décent dans les situations consécutives aux conflits. Une décision qui accompagnait l’approbation de cette politique a mandaté l’OIT et le PNUD pour établir une équipe conjointe d’appui (Joint Support Team) pour une durée déterminée, hébergée au siège du BIT, qui sera vouée à déployer cette politique et à combler les manques qui subsistent dans le processus de mise en œuvre au niveau du pays. Après le lancement de la politique, le déploiement du programme débutera dans cinq pays avec le soutien de l’équipe conjointe et d’une cellule de travail inter-agences impliquant des partenaires opérationnels du groupe de travail des Nations Unies, ainsi que de nouveaux membres associés tels que l’ONUDI et le PNUE. La phase initiale de déploiement se déroulera au Timor-Leste, au Népal, au Burundi, en Côte d’Ivoire et en Sierra Leone. Un appui supplémentaire sera envisagé pour de nouveaux pays en fonction des ressources disponibles.


Note 1 Sergei Ordzhonikidze, Directeur général de l’Office des Nations Unies à Genève, présidera le lancement officiel de la Politique des Nations Unies pour la création d’emplois, de revenus et la réintégration dans les situations post-conflit, le 4 novembre 2009 à 15 heures au Palais des Nations (Salle XII, troisième étage).
Note 2 UNHCR 2009, «Tendances mondiales 2008: réfugiés, demandeurs d’asile, rapatriés, déplacés internes et apatrides».
Note 3 Banque asiatique de développement (BAsD), Département des affaires économiques et sociales (DAES), Département des affaires politiques (DAP), Département des opérations de maintien de la paix (DOMP), Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Organisation internationale du Travail (OIT), Fonds monétaire international (FMI), Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH), Bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique (OSAA), Bureau d’appui à la consolidation de la paix (BACP), Représentant spécial du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, Fonds d’équipement des Nations Unies (FENU), Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNWRA) et Banque mondiale.

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