Migration and Gender

Protéger les infirmières et les infirmiers philippins qui émigrent

Quand un travailleur qualifié ne gagne pas assez dans son pays, il choisit souvent d’émigrer. Mais le rêve de travailler à l'étranger peut rapidement tourner au cauchemar s’il n’existe pas dans le pays d’accueil des lois qui protègent les travailleurs migrants. Les femmes sont particulièrement exposées aux abus et à l’exploitation, car elles travaillent souvent dans des secteurs où la législation du travail est mal respectée. Par contre, lorsque les lois protégeant les migrants sont effectivement appliquées, non seulement le rêve de ces travailleurs devient réalité, mais ils bénéficient aussi de certains avantages lorsqu’ils retournent dans leur pays.

Date de parution: 22 décembre 2008 | Taille/durée: 00:04:05 (12.1 MB)

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Le personnel infirmier philippin est réputé dans le monde entier pour son niveau élevé de compétences. Chaque année, des milliers d’hommes et de femmes philippins se forment pour exercer une profession dont la demande ne cesse de croître au fur et à mesure que la population mondiale vieillit.

Mais le pays qui fournit un des personnels infirmiers les plus qualifiés au monde n’est pas en mesure de le rémunérer à la hauteur des salaires proposés à l’étranger. C’est pourquoi un grand nombre d’entre eux tentent leur chance à l’étranger. La plupart partent travailler en Arabie saoudite, comme Fernando Urutia. Une telle expérience n’est pourtant pas toujours facile.

Interview de Fernando Urutia, infirmier (en anglais):

J’ai pleuré pendant trois mois, principalement à cause de la langue. Vous savez, en Arabie saoudite, on parle arabe.

L’exode de ces travailleurs qualifiés a engendré une crise du système national de santé qui affecte l’ensemble de la société philippine.

Interview de Leah Primitiva Paquiz, Association des infirmières et infirmiers philippins (en anglais):

La quasi-totalité de nos infirmières et infirmiers mûrs et expérimentés travaillent actuellement à l’étranger.

Interview d’Annie Geron, Confédération indépendante des travailleurs des services publics (en anglais):

Cette situation a un impact familial, car certains enfants grandissent sans père ni mère lorsque les deux parents travaillent à l’étranger. Et cela génère un nouveau type de culture lié à la migration.

Pour certains migrants, le rêve de commencer une nouvelle vie ailleurs tourne parfois au cauchemar: exploités et maltraités, ils sombrent alors dans le désespoir. Les femmes sont particulièrement vulnérables, notamment lorsqu’elles travaillent dans des secteurs mal protégés par la législation nationale comme le travail domestique et l’agriculture.

Interview de Gloria Moreno-Fontes Chammartin, Spécialiste des migrations, BIT Genève (en anglais):

Ce qui est très important pour nous, c’est le statut du travailleur migrant, c’est-à-dire s’il a les permis requis pour séjourner et travailler dans le pays d’accueil. Comme chacun le sait, ceux qui émigrent sans papiers sont beaucoup plus vulnérables.

La protection des Philippins travaillant à l’étranger a toujours été au cœur des préoccupations du gouvernement de Manille. Depuis plus de 40 ans, il met en place des accords bilatéraux avec les pays qui cherchent à recruter des travailleurs philippins, notamment du personnel infirmier.

En partenariat avec les gouvernements étrangers, l’Agence philippine d’emploi à l’étranger réglemente les conditions de recrutement, d’emploi et de travail dans les pays d’accueil, notamment l’Arabie saoudite, où arrivent les trois quarts des infirmières et infirmiers philippins migrants.

Interview de Hans Cacdac, Agence philippine d’emploi à l’étranger - POEA (en anglais):

Je pense que notre agence est un modèle en Asie, car, depuis les années soixante-dix, elle a mis en place une série de mesures administratives destinées à protéger les travailleurs philippins migrants et à garantir leurs droits.

Grâce aux accords conclus entre les deux pays, Fernando Urutia a trouvé de l’aide et du réconfort chaque fois qu’il en a eu besoin, tant à l’ambassade philippine en Arabie saoudite qu’auprès du gouvernement de Manille lors de son retour au pays. Pour le reste, il s’est débrouillé tout seul.

Interview de Fernando Urutia, infirmier (en anglais):

J’ai compris que celui qui émigre pour travailler dans un autre pays doit s’adapter à la culture locale pour pouvoir rester. C’est ainsi que j’ai pu vivre en Arabie saoudite pendant quinze ans.

Contrairement à une idée reçue, la migration n’a pas pour seul effet une «fuite de compétences».

Interview de Hans Cacdac, Agence philippine d’emploi à l’étranger - POEA (en anglais):

Nous mettons également l’accent sur l’effet «gain de compétences». Lorsque ces infirmières et infirmiers rentrent finalement au pays, ils ont la possibilité de valoriser leur expérience acquise à l’étranger et de partager avec d’autres toutes leurs connaissances et compétences.

Fernando est un bon exemple de cet effet «gain de compétences» de la migration. Lorsqu’il est rentré d’Arabie saoudite, il a obtenu un diplôme universitaire avant de décrocher un poste d’enseignant. Il forme actuellement des élèves infirmiers qui souhaitent travailler à l’étranger.

Interview de Fernando Urutia, infirmier (en anglais):

Je souhaite partager mes connaissances avec ces futurs infirmières et infirmiers, je souhaite leur faire part de mon expérience parce qu’ils sont la génération de demain. On ne choisit pas cette profession pour faire de l’argent, c’est une véritable vocation.