FEMMES MÉCANICIENNES À NEW DELHI

Date de parution: 20 décembre 2005 |

Un rapport récent du Bureau international du Travail montre que si jamais autant de gens n’ont travaillé dans le monde, la moitié des travailleurs vit toujours avec moins de deux dollars par jour et sont incapables d’échapper, y compris leur famille, à la pauvreté. Ce n’est pas la pénurie d’emplois qui explique ce phénomène, mais le déficit d’emplois productifs. Explications de la télévision de l’OIT :

Dans le centre de New Delhi, l’atelier Hind diesel est rempli de gens qui savent reconnaître un bon mécanicien.

Raj Sodi et son associée Krishna peuvent réparer une bicyclette aussi bien que n’importe quel mécanicien. Ce travail n’est pas habituel pour une femme, mais elles sont heureuses d’avoir trouvé un emploi productif dans le secteur informel, après avoir vécu pendant 20 ans en dessous du seuil de pauvreté.

D’après un rapport récent de l’Organisation internationale du Travail, plus de la moitié des travailleurs dans le monde vivent avec moins de 2 dollars par jour. Près de 186 millions de personnes étaient au chômage en 2003, mais sept fois plus de gens travaillent tout en restant dans la pauvreté. Pourquoi ? Parce qu’ils sont pris au piège de l’emploi non productif.

Raj Sodi, réparatrice de mobylettes

Mes parents sont morts quand j’étais très jeune. J’ai fait des études, mais aucune possibilité d’emploi ne s’est présentée. Et nous n’avions pas, comme aujourd’hui, la possibilité d’être formées.

La population active en Inde compte plus de 400 millions d’habitants, mais une personne sur trois seulement dispose de l’éducation et des compétences nécessaires pour prétendre aux emplois mieux payés de secteurs en pleine expansion, comme celui des nouvelles technologies. La majorité des travailleurs est employée en milieu rural ou alors en ville, dans l’économie informelle. La productivité et les revenus y sont généralement bas.

Marva Corley, experte en emploi, OIT

En Inde, le secteur des services est le secteur économique le plus dynamique du point de vue de la croissance et de l’emploi, et cela s’explique en premier lieu par les technologies de l’information et de la communication. Mais pour l’Inde, le défi consiste non seulement à trouver les moyens de développer les marchés de niche, comme ceux des nouvelles technologies de l’information et de la communication ou des structures comme les centres d’appel, mais également à renforcer la croissance de secteurs économiques ou industriels qui emploient aujourd’hui la majorité de la population active, tout en s’efforçant ensuite de créer des liens entre ces deux secteurs.

Grâce à une formation organisée par le BIT, Raj a pu acquérir les compétences nécessaires au métier de mécanicien. Cette formation offre de nouvelles perspectives et concerne également des emplois classiques dans la couture et la coiffure. Pour les femmes indiennes, l’accès à la formation est synonyme d’accès à un emploi mieux payé et plus qualifié.

Aujourd’hui, Raj ramène près de 90 dollars par mois À la maison, une véritable aubaine en comparaison de l’époque où elle faisait des ménages pour gagner sa vie.

Pour Krishna, son associée, un salaire plus élevé signifie aussi davantage d’indépendance. Désormais, elle ne va plus se coucher le ventre vide après une rude journée de travail.

Krishna

Pour nous, le principal avantage est de gagner en confiance. Avant, j’étais entièrement dépendante de mon mari. Certains jours il gagnait de l’argent et d’autres non. Maintenant, je peux gagner mon propre argent et le dépenser à ma guise.

Réparer des mobylettes n’est peut-être pas la panacée, mais pour ces deux femmes, cela représente ce qui peut arriver de meilleur dans une journée de travail.