Migrations de main-d’œuvre

Redonner espoir aux jeunes chômeurs d’Albanie

De nombreux jeunes travailleurs albanais rentrent chez eux après avoir perdu leur travail à l’étranger du fait de la crise économique. Pour beaucoup d’entre eux, reprendre pied sur le marché du travail local est une tâche ardue. Un projet OIT-PNUD les a aidés à relever le défi.

Reportage | 10 décembre 2014
Jorilda Pepa
TIRANA (OIT Info) – Jorilda et Edi Pepa travaillaient dans la région touristique prospère de Santorin, une île de la mer Egée, jusqu’à ce que la crise grecque vienne frapper à leur porte il y a deux ans.

Après avoir perdu leur emploi en Grèce, ils ont décidé de rentrer en Albanie et ont ouvert un café dans la ville de Lezha.

La famille d’Edi possède aussi un hectare et demi de terrain dans leur village d’origine de Malci, situé dans la municipalité de Kolsh. La terre a été laissée en friche depuis plusieurs années mais le couple manquait de savoir-faire et de fonds pour y investir.

Un jour, ils ont rencontré des experts du projet OIT-PNUD de Local Level Responses to Youth Unemployment Challenges (Réponses locales aux problèmes de chômage des jeunes) et la chance a tourné. Les experts ont aidé ce couple infatigable à transformer la parcelle en terre arable. Cet automne, ils ont récolté de la sauge pour la première fois.

La formation ne leur a pas seulement appris à cultiver la sauge et d’autres plantes aromatiques et médicinales, mais aussi à monter leur entreprise. Le projet a également financé les plants de sauge qui devaient être plantés sur leur parcelle de terrain.

La moitié des rapatriés sont au chômage

Jorilda et Edi Pepa sont deux des 130 000 émigrés albanais à être rentrés chez eux au cours des trois dernières années. La plupart d’entre eux sont revenus de Grèce et d’Italie, où les économies ont plongé dans le sillage de la crise européenne de la dette.

Le projet a renforcé les capacités au niveau local pour détecter et traiter le problème du chômage des jeunes."

Teuta Zejno, coordinatrice nationale du projet pour l’OIT
Une étude conjointe de l’Institut albanais de statistique (INSTAT) et de l’Organisation internationale des migrations (OIM) montre que 50 pour cent des immigrés rentrés en Albanie sont au chômage.

Ils sont confrontés à un rude combat pour se réinsérer sur le marché du travail local, qui est particulièrement difficile pour les jeunes âgés de 15 à 29 ans.

S’élevant à 33,5 pour cent, leur taux de chômage est presque le double de celui des adultes (17,7 pour cent).

Financé par la Direction du développement et de la coopération (DCC) de Suisse, le projet OIT-PNUD appuyait ce que l’on appelle les Pactes territoriaux d’emploi (PTE) dans les trois régions septentrionales de Shkodër, Lezha et Kukës, qui figurent parmi les plus pauvres d’Albanie.

Ces pactes établissaient un partenariat contractuel de coopération entre les différents acteurs au niveau local qui les aide à surmonter les principaux problèmes dans leurs communautés de manière plus coordonnée et participative.

«Le projet a renforcé les capacités au niveau local pour détecter et traiter le problème du chômage des jeunes tout en donnant des exemples pratiques de ce qui peut être fait», déclare Teuta Zejno, coordinatrice nationale du projet pour l’OIT.

La lutte contre le chômage des jeunes

La mise en place de Conseils régionaux pour l’emploi a été cruciale dans la lutte contre le chômage.

L’expertise de l’OIT nous a aidés à créer des organes de décisions pour traiter le problème du chômage»

Andrea Jakova,  Bureau régional pour l’emploi, Conseil régional de Shkodra
«L’expertise de l’OIT nous a aidés à créer des organes de décisions pour traiter le problème du chômage», déclare Andrea Jakova, membre du Bureau régional pour l’emploi, représentant le Conseil régional de Shkodra. «De cette manière, nous pouvons attirer davantage de fonds et pourrions même bénéficier des fonds de cohésion de l’UE à l’avenir.»

Le projet a créé 420 emplois pour les jeunes dans le secteur privé, tandis que 166 stagiaires étaient des travailleurs indépendants. Ces résultats prometteurs illustrent le nouvel agenda de l’OIT en faveur d’une migration équitable qui inclut comme pilier stratégique la nécessité de créer des possibilités supplémentaires en matière de travail décent dans les pays d’origine pour faire que le fait d’émigrer soit non plus une obligation mais une option.

La migration équitable reconnaît également que la protection des travailleurs migrants peut, en réalité, entraîner des gains significatifs plus larges à la fois dans les pays d’origine et dans les pays de destination. Ceci est tout particulièrement important pour les jeunes migrants qui travaillent dans le but de renforcer leur formation.

«Nous avons identifié le tourisme et l’agriculture comme secteurs prioritaires, puis nous avons rédigé le Pacte territorial pour l’emploi pour Lezha, qui regroupe plusieurs mesures destinées à promouvoir l’emploi des jeunes et à réduire l’incidence de l’emploi informel», explique Jak Gjini, coordinateur local du projet à Lezha.

Parallèlement, Jorilda et Edi Pepa développent leurs activités agricoles.

«L’an prochain, nous voulons aussi planter de la lavande et lancer une petite activité apicole», ajoute Jorilda.

De la haute technologie là où vous ne l’attendiez pas

A Kukës, une région montagneuse à la frontière avec le Kosovo*, les terres arables sont plutôt rares.

Ingrid Shyti et Gentian Guska
Tandis que certains rapatriés cultivent aussi de la sauge comme Jorilda et Edi Pepa, Ingrid Shyti a eu une autre idée. Elle est diplômée en économie de l’Université de Tirana mais sa véritable passion est la technologie web.

Quand elle est retournée dans sa ville natale, elle s’est associée à son ami Gentian Guska pour former les jeunes du coin au métier de développeur web – avec l’appui du projet OIT-PNUD.

«Le plan consistait à ce que j’assure le support technique pour les clients à Tirana, pendant que Gentian et l’équipe à Kukës géreraient les pages web», explique-t-elle.
Ils ont finalement remporté le concours «Trouver des idées d’entreprises durables» lancé dans le cadre du Pacte territorial pour l’emploi à Kukës.

En fonction du plan d’affaires soumis, le projet a accordé à Ingrid Shyti un financement qui va couvrir un an de loyer et de frais pour acheter plusieurs ordinateurs pour leur bureau, ce qui les a aidés à lancer une société high-tech et à transférer son savoir–faire dans un secteur où personne ne s’attendait à le trouver.

* Comme défini par la Résolution 1244 du Conseil de Sécurité de l’ONU
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