Selon les statistiques du BIT, 270 millions d'accidents du travail se produisent chaque année et 355 000 d'entre eux connaissent une issue fatale. Dans les pays en développement, le taux de mortalité est cinq à sept fois plus élevé que dans le monde industrialisé. L'OIT célèbre la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail dans le cadre de sa campagne internationale en faveur du travail sûr, salubre et décent (Note 1). Reportage de BIT en ligne d'Allemagne où le constructeur automobile Volkswagen a rejoint le Programme Safework du BIT en promouvant la sécurité et la santé au travail dans les pays émergents – pas tant pour aider ses propres employés que pour aider ses fournisseurs dans le monde entier.
WOLFSBURG, Allemagne (BIT en ligne) – Elke Sebold-Tanski connaît tout des risques pour la santé et la sécurité au travail. En tant qu'ingénieur employée de Volkswagen, son travail consiste à garantir que des normes relatives à la santé et à la sécurité sont adoptées et respectées dans toutes les filiales du constructeur allemand dans le monde qui emploient 320 000 personnes.
«Nous avons relevé des choses auxquelles les gens sur place se sont habitués», dit-elle.
Le constructeur automobile considère que sa responsabilité en matière de santé et de sécurité au travail ne s'arrête pas à ses portes et n'ignore pas le destin des employés de ses milliers de fournisseurs et sous-traitants dans le monde entier. L'un des principaux problèmes rencontrés par ce géant de l'automobile et par d'autres multinationales est que la sécurité au travail est souvent une priorité de second ordre, en particulier dans les pays émergents.
«Dans les petites et moyennes entreprises, les problèmes naissent souvent d'un manque de ressources ou de la simple ignorance», déclare Mme Sebold-Tanski. «Elles ont besoin de notre soutien.»
Ayant dit cela, même un acteur d'envergure mondiale comme VW serait débordé sans le soutien des autres. C'est pourquoi il participe à un projet international qui porte le titre un peu long de «Pacte global et création d'une culture de la santé et de la sécurité» (dans le cadre général du programme Safework), aux côtés du BIT et de GTZ, l'agence allemande de coopération technique.
L'objectif du projet est d'améliorer la protection de la main-d'œuvre au Brésil, au Mexique et en Afrique du Sud – des régions où VW a déjà fait la preuve de son engagement en faveur de la santé et de la sécurité au travail. Dans cette perspective, le BIT a ébauché des plans nationaux d'action et forme des inspecteurs du travail, pendant que la GTZ prend en charge la surveillance de l'application. Volkswagen a sélectionné 29 usines pour le projet, 13 au Mexique, 8 au Brésil et 8 en Afrique du Sud. La plupart d'entre elles sont de petits fournisseurs employant moins de 50 personnes.
Elke Sebold-Tanski s'est rendue en Afrique du Sud. Son rôle principal lorsqu'elle arrive chez les fournisseurs est de les (in)former. Elle leur distribue des listes de contrôle et des questionnaires qui informent les petites et moyennes entreprises (PME) de ce qu'elles peuvent attendre: «Notre rôle n'est pas de faire la police mais de travailler ensemble pour identifier les faiblesses et parvenir à des solutions», souligne Mme Sebold-Tanski.
Elle retourne dans la même usine le jour suivant. A ce moment-là, elle est rejointe par une équipe composée d'un autre expert en matière de santé et de sécurité, d'un collègue de l'assurance qualité, d'un coordinateur national et de deux inspecteurs gouvernementaux du travail avec lesquels elle se rend dans chaque usine dans les plus brefs délais.
Un mois entier est consacré à vérifier, interroger, évaluer et conseiller. Deux journées par usine. Les discussions de suivi ne se déroulent pas seulement avec la direction mais aussi avec les syndicats et les employés: «Ce sont eux qui connaissent le mieux leur lieu de travail: ils peuvent nous aider à identifier des dangers qu'un dirigeant ne relèverait jamais», précise Mme Sebold-Tanski.
Les fournisseurs eux-mêmes sont très conscients de l'intérêt qu'ils ont à investir dans la sécurité. Comme le dit Mme Sebold-Tanski, «les usines doivent se rendre compte sécurité et productivité sont complémentaires au travail».
«Les accidents ne font pas partie du boulot»
Pour le constructeur automobile allemand, sécurité et santé commencent à la maison. La première conférence du groupe de santé et sécurité a été organisée en 2000 et tous les sites européens y ont participé. Plus de 50 experts de la direction et des comités d'entreprise se sont rencontrés à Wolfsburg afin d'améliorer la sécurité au travail dans le monde entier. Ce fut le point de départ d'une coopération plus étroite entre tous les experts de la sécurité professionnelle au sein du groupe Volkswagen.
Résultat des efforts déployés pour renforcer cette coopération et poursuivre l'objectif global de création de lieux de travail plus sûrs et plus salubres, le groupe Volkswagen a signé en 2004 un accord spécial avec le Comité d'entreprise mondial du groupe et la Fédération internationale de la Métallurgie. Le but de VW en signant cet accord est de documenter les principes fondamentaux et les obligations en matière de sécurité au travail pour les pays et les régions représentés au Comité d'entreprise mondial du groupe Volkswagen.
En fait, le nombre d'accidents du travail chez VW a régulièrement et fortement diminué au cours des 25 dernières années – en 2004, le taux était de 5,2 accidents par million d'heures travaillées. Pendant ce temps, plus de 100 000 membres du personnel ont pris part à une campagne interne de sécurité au travail intitulée «Sécurité auto-assurée» qui vise à générer davantage de responsabilité individuelle en matière de sécurité au travail.
«Les accidents ne font pas partie de l'emploi. L'expérience montre que la plupart des accidents auraient pu être évités. Une solide prévention, s'appuyant sur des pratiques appropriées de suivi et d'inspection, inspirée des conventions, recommandations et recueil de directives pratiques de l'OIT sur la santé et la sécurité au travail, doit être mise en place systématiquement au niveau national et au niveau de l'entreprise», explique Mme Sameera Maziadi Al-Tuwaijri, Directrice du Programme Safework du BIT.
L'OIT a développé cette approche systématique dans une nouvelle convention adoptée par la Conférence internationale du Travail en juin 2006. La Convention sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail de 2006 (n° 187) établit un cadre à l'intérieur duquel la santé et la sécurité au travail peuvent être promus.
L'objectif est de susciter des engagements politiques pour développer, dans un contexte tripartite, des stratégies nationales favorisant un progrès continu en matière de santé et de sécurité au travail afin de prévenir les lésions et maladies professionnelles et les décès liés au travail. Il s'agit aussi de prendre des mesures actives pour parvenir graduellement à un environnement de travail sûr et salubre et de revoir périodiquement ce qui pourrait être fait pour ratifier les conventions pertinentes de l'OIT sur la santé et la sécurité au travail.
Avec la Stratégie globale de l'OIT sur la santé et la sécurité au travail, adoptée lors de la Conférence internationale du Travail de 2003, cette nouvelle convention représente un outil clé dans la lutte contre les accidents du travail et le mauvais état de santé, et contribue ainsi à la réalisation de l'Agenda de l'OIT pour le travail décent.
«Le 28 avril de cette année, des milliers de représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs célébreront la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail. Ils envisageront la meilleure façon d'apporter leur pierre à l'Agenda pour le travail décent… Un des moyens d'action offert à tous est la promotion de la ratification de la nouvelle convention relative au cadre promotionnel de la santé et de la sécurité au travail de 2006 (n°187) et d'autres normes de l'OIT relatives à ce domaine», conclut Mme Sameera Maziadi Al-Tuwaijri.
Vous pouvez aussi consulter la page internet (en anglais): «Better Safety and Health for Suppliers».
Vidéo: Reconstruire le temple Baphuon à Angkor, au Cambodge (en anglais) (2:02 min - 5.70 MB)
Note 1 - Des lieux de travail sûrs et salubres. Faire du travail décent une réalité, Rapport du BIT pour la Journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail, Bureau international du Travail, Genève, 2007.