GENÈVE (Nouvelles du BIT) – Plus de 70 représentants des syndicats et des organisations patronales, aux côtés des gouvernements, se réunissent ici du 16 au 18 avril pour la première grande discussion tripartite mondiale sur les questions sociales qui se posent dans le secteur florissant de l’industrie des composants électroniques qui génère plus d’un trillion de dollars d’exportations chaque année.
La croissance et les investissements spectaculaires de l’industrie des composants électroniques qui fabrique les puces électroniques, les semi-conducteurs, les téléphones portables, les baladeurs musicaux et les ordinateurs, ont créé des millions d’emplois et engendré des milliards de dollars d’investissements, le plus souvent dans les économies émergentes et les pays en développement, essentiellement en Asie.
Mais cette croissance est aussi à l’origine d’un grand nombre de problèmes sociaux, notamment en ce qui concerne les conditions de travail, les niveaux de rémunération, les questions d’égalité des sexes et les rapports entre dirigeants et employés, selon un nouveau rapport du BIT préparé à l’occasion de cette réunion (Note 1).
La réunion mettra en présence des représentants des fabricants, des travailleurs et des gouvernements pour discuter, pour la première fois à un tel niveau, de ces questions et sera suivie de près par le secteur des technologies de l’information. Les participants devront se pencher sur le rôle du dialogue social entre travailleurs et employeurs, ainsi que sur les mesures que l’OIT et ses mandants tripartites pourraient prendre à cet égard.
Le rapport se penche également sur la croissance rapide du secteur – qui est plus forte que celles de l’agriculture, du textile et de l’habillement combinées – et reconnaît le rôle que peuvent jouer les gouvernements pour attirer les entreprises multinationales et les investissements étrangers directs, créer des emplois, former la main-d’œuvre et augmenter les salaires de plus de 18 millions de personnes qui travaillent dans le secteur mondial des TIC.
Le secteur des composants électroniques produit chaque année des millions de puces électroniques, semi-conducteurs, téléphones portables, télévisions à écran plat, lecteurs CD et MP3, cartes à mémoire flash et autres composants électroniques de base. Selon le rapport du BIT, les exportations mondiales de ces produits augmentent à un taux annuel de 2,7 pour cent en moyenne depuis 1995, atteignant des niveaux record en 2004.
Depuis 1996, les exportations de produits des TIC ont doublé, progressant plus vite que celles de marchandises. Entre 1996 et 2003, les exportations de marchandises ont augmenté de 60 pour cent, alors que celles des produits des TIC ont crû de 100 pour cent. En 2003, ces exportations ont dépassé 1,1 billion de dollars, représentant 15 pour cent des exportations mondiales de marchandises.
Alors que les Etats-Unis et le Japon restaient les principaux exportateurs jusqu’en 2003, la Chine s’est désormais placée dans le peloton de tête tant en termes d’emplois – plus de 6 millions en 2005 – que d’exportations – équivalant à 62,5 milliards de dollars en 2003. Cette croissance résulte principalement des investissements des entreprises multinationales étrangères, indique le rapport.
Parmi les autres principaux pays exportateurs se trouvent la Chine, Hong-Kong (Chine), Singapour, la République de Corée, Taiwan (Chine), la Malaisie, le Mexique, les Philippines, la Thaïlande et l’Indonésie. Les acteurs européens sont l’Allemagne, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la France, l’Irlande, l’Italie, la Belgique, la Hongrie, la Finlande, la Suède, l’Espagne et l’Autriche. A eux tous, ces pays assurent le quart des exportations mondiales.
Le rapport montre aussi l’énorme investissement en termes de formation que doivent consentir les sociétés pour former la main-d’œuvre dont elles ont besoin. Il précise que les systèmes officiels d’éducation et de formation ne suffisent pas à répondre assez vite à l’évolution rapide des compétences requises.
Le nouveau rapport du BIT s’intéresse aussi à la responsabilité sociale des entreprises et aux initiatives volontaires auxquelles participent de nombreuses multinationales et groupes industriels pour répondre aux préoccupations relatives aux questions sociales.
«Le niveau le plus bas de la chaîne de valeur est particulièrement important lorsqu’on analyse les problèmes sociaux liés à la participation aux chaînes de valeur mondiales, et en particulier aux opérations des entreprises multinationales», explique Paul Bailey, expert en technologies de l’information auprès du BIT.
L’initiative mondiale des TIC pour le développement durable (GeSI en anglais) et le Code de conduite de l’industrie électronique (EICC), qui réunit la plupart des géants de l’informatique et des télécommunications, examinent la manière dont les entreprises du secteur pourraient contribuer ensemble à une gestion plus efficace des questions sociales et environnementales dans leurs chaînes d’approvisionnement.
La GeSI a établi une étroite relation de travail avec d’autres initiatives volontaires du secteur, notamment le Groupe de l’EICC. Cette initiative compte 26 entreprises qui se sont regroupées pour garantir que les conditions de travail dans l’industrie de l’électronique sont sans danger, que les travailleurs sont traités avec respect et dignité et que les procédés de fabrication sont respectueux de l’environnement.
Note 1 - La production des composants électroniques pour les industries des technologies de l’information: évolution des besoins de main-d’œuvre dans une économie mondialisée. Rapport aux fins de discussion lors de la Réunion tripartite sur la production des composants électroniques pour les industries des technologies de l’information: évolution des besoins de main-d’œuvre dans une économie mondialisée, Bureau international du Travail, Genève, 2007.