GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le travail décent "est au cœur de la paix" a déclaré aujourd'hui le Président du Costa Rica, Oscar Arias, en s'adressant à la Conférence annuelle de l'OIT dans un appel à la prise de mesures concrètes pour une mondialisation plus juste et à une réduction des ressources gaspillées dans la course aux armements.
"Il existe un lien inaliénable et nécessaire entre l'emploi décent et la paix, entre le travail et la dignité humaine. Le droit au travail est un droit fondamental, et il n'y a pas de paix qui tienne sans respect des droits fondamentaux", a déclaré Arias dans son intervention devant les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs des Etats Membres de l'Organisation internationale du Travail (OIT).
Il a souligné que "ce n'est pas une coïncidence si les menaces les plus graves qui pèsent sur la paix et la démocratie aujourd'hui viennent des pays où les taux de chômage et de sous-emploi sont les plus élevés".
Arias a obtenu le Prix Nobel de la Paix en 1987. Une distinction que l'OIT a également reçue en 1969.
"En tant que lauréats du Prix Nobel, nous le savons tous deux que le travail décent est au cœur de la paix", a lancé Arias devant la 95e Conférence internationale du Travail, qui se tient jusqu'au 16 juin.
"Les gens ne veulent pas d'aumône, ils veulent des opportunités de travail", a déclaré, quant à lui, le Directeur général du BIT, Juan Somavia, dans son discours de bienvenue au chef d'Etat costa-ricien au sein de "la maison internationale du dialogue pour l'action dans le monde du travail".
"Nous sommes actuellement engagés dans une campagne pour faire du travail décent un but mondial et une réalité nationale", a ajouté Somavia.
Arias a souligné que "l'OIT et le Costa Rica ont un credo commun". "Nous, pays", a-t-il ajouté, "progressons éthiquement quand nous mettons le travail décent et la défense de la dignité humaine au cœur de nos politiques publiques".
Il a ajouté que l'OIT plaidait pour "la nécessité de réviser notre échelle de valeurs et placer l'emploi productif et le travail décent au centre de notre politiques économiques et sociales. Je reconnais cette nécessité et j'accepte le défi qu'elle impose".
Le Président costa-ricien a considéré nécessaire d'adopter des stratégies effectives et concrètes, aux niveaux national et international, qui fassent de la création d'emplois décents une réalité, et a insisté devant la Conférence de l'OIT sur la nécessité d'investir dans l'éducation et de développer le libre-échange entre les pays.
"Il n'est pas de pire obstacle à la création d'emplois décents qu'une éducation indigente", a dit Arias. "Les échecs de l'éducation d'aujourd'hui sont les échecs de l'économie de demain."
Le Président a reconnu qu'une meilleure éducation demande des ressources, mais il a souligné que la volonté politique est plus importante et a qualifié de "honteuse" l'attitude des pays pauvres qui achètent tant et plus d'armes et renforcent leurs armées avec l'excuse de protéger leurs populations.
Arias a dénoncé "une nouvelle course à l'armement en Amérique latine, alors que le continent n'a jamais été plus démocratique et qu'il n'a pratiquement connu aucun conflit armé depuis le siècle dernier"; il a considéré que c'était "un signe alarmant de cécité historique".
Le Président a proposé aux délégués de donner vie à un "Accord du Costa Rica" avec des mécanismes de remise de dette et d'allocation de ressources à ceux qui investissent plus pour leur peuple que dans leur armée. "Il est temps que la communauté internationale récompense non seulement ceux qui dépensent avec ordre, ce qui est déjà le cas, mais aussi ceux qui dépensent avec étique."
Quant au libre-échange, il a considéré que si "l'on trouve la bonne voie, elle conduira à la création de plus et de meilleurs d'emplois pour nos citoyens". En ces temps de mondialisation, a-t-il dit, les pays doivent choisir: "s'ils ne sont pas capables d'exporter de plus en plus de biens et services, ils finiront par exporter de plus en plus de personnes".
Les accords de libre-échange, a-t-il dit, doivent être liés au respect des droits du travail, et il a cité l'exemple du traité de libre-échange entre les Etats-Unis, l'Amérique centrale et la République dominicaine par lequel ces pays "se sont engagés à adopter des normes de travail de l'OIT".
Il a aussi fait remarquer que les pays industrialisés devraient faire preuve de plus de cohérence: "s'ils déclarent un marché libre, alors, que celui-ci le soit effectivement, libre".
En cette veille de Coupe du monde de football, je leur laisse un dernier message: "Il est temps de penser les uns aux autres, d'envisager chaque travailleur, chaque syndicat, chaque chambre patronale, chaque employeur et chaque gouvernement de la planète comme les joueurs d'une même équipe", a dit le Président, qui assistera au match d'ouverture du mondial de football disputé par l'équipe du Costa Rica contre la Mannschaft, ce vendredi à Munich.
"Si nous agissons tous de cette façon - et comme je l'espère le Costa Rica fera demain - nous marquerons beaucoup de buts contre le chômage, la pauvreté, l'injustice et la guerre."