GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Plus de 400 millions de nouveaux emplois devront être créés dans les dix prochaines années pour faire face à l'augmentation prévisible de la main-d'œuvre, notamment des pays en développement, a déclaré le Directeur général du BIT, Juan Somavia, aujourd'hui, lors de la Conférence internationale du Travail à Genève.
"Quelque 80 pour cent de la main-d'œuvre mondiale vit dans les pays en développement", a continué M. Somavia dans son adresse à la Conférence ( Cliquer ici pour visualiser la vidéo - .rmvb file/4.01 MB) qui réunit plus de 4 000 délégués qui représentent gouvernements, travailleurs et employeurs des Etats Membres de l'OIT. "430 millions d'emplois devront être créés d'ici 2015, rien que pour se maintenir au niveau de la croissance de la population active dans cette région du globe."
"A ce défi de l'emploi s'ajoute la pression constante et à grande échelle de l'exode rural et agricole de ceux qui, poussés par la pauvreté et l'espoir d'un travail, se tournent vers les villes", a ajouté M. Somavia. "L'économie mondiale n'offre pas assez d'emplois décents à ceux qui en ont besoin. En dépit des nombreux bénéfices de la mondialisation, un sentiment gagne, celui de la dévalorisation du travail et de la dignité qu'il confère. L'optimisme économique de quelques-uns s'assortit d'un profond pessimisme social pour beaucoup. C'est pourquoi nous devons mettre en place une politique qui remplace une croissance dénuée d'emplois par une croissance riche d'emplois de qualité."
Le Directeur général du BIT s'est exprimé alors que la Conférence internationale du Travail entre dans sa deuxième semaine. Cette Conférence se penche actuellement sur différents problèmes liés notamment aux changements dans le monde du travail, au travail des enfants, à la sécurité et la santé au travail, à la relation de travail, à l'inspection du travail, et examine les normes du travail appliquées dans différents pays.
Dans son propre discours, M. Cestmir Sajda, le Président de la CIT et député-ministre du Travail et des Affaires sociales de la République tchèque a déclaré: "Une grande partie de la population mondiale ne peut profiter des bénéfices potentiels de la mondialisation. Sans compter tous les travailleurs du secteur informel, exclus de toute protection sociale, et abandonnés à une totale insécurité."
M. Somavia a désigné l'économie de service comme "un bassin d'emplois majeur" en spécifiant que cela était "lié au paradoxe quasi mondial d'une pénurie de compétences concomitante à un chômage croissant. Les nouvelles technologies se répandent bien plus vite que le cerveau humain ne met à les appréhender et à maîtriser totalement leurs possibilités."
Parmi les défis que l'économie mondiale doit relever il y a la nécessité d'agir face au vieillissement de la population, à la discrimination, à la migration et au fait que six travailleurs sur 10 n'ont aucune couverture sociale ( Note 1).
Aujourd'hui, des centaines de millions de travailleurs sont liés à l'économie mondiale du fait de leurs employeurs ou des produits sur lesquels ils travaillent. Somavia a cité comme exemple le secteur maritime qui a fait l'objet d'une nouvelle Convention adoptée par l'OIT en février cette année.
M. Somavia a rappelé que l'adoption de cette nouvelle Convention maritime était l'exemple le plus récent du soutien croissant apporté à l'Agenda de l'OIT pour un travail décent. Il a également cité la déclaration finale du Sommet mondial de l'ONU en septembre de l'année dernière, dans laquelle 150 dirigeants du monde entier se sont engagés à faire du plein emploi et du travail décent un objectif fondamental de leurs politiques nationales et internationales. Déclaration qui explique clairement la place centrale du travail décent dans les stratégies de développement et de réduction de la pauvreté.
Cette déclaration "a marqué un pas sans précédent dans la reconnaissance mondiale au plus haut niveau politique de la pertinence et du rôle central de l'Agenda du travail décent de l'OIT pour la communauté internationale".
L'Agenda du travail décent de l'OIT sera discuté lors du débat de haut niveau du Conseil économique et social de l'ONU (ECOSOC) qui se tiendra à Genève du 3 au 5 juillet 2006. Ces premières discussions de haut niveau depuis le sommet de l'an dernier devraient se "concentrer sur les thèmes du plein emploi et du travail décent".
"Nous pouvons intégrer ces problématiques au sein du système de l'ONU", a affirmé M. Somavia aux délégués.
Le Directeur général du BIT a aussi fait référence aux déclarations du Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, sur l'Agenda du travail décent, tant au Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine, qu'à la Commission économique pour l'Afrique, qu'au Sommet présidentiel de l'Organisation des Etats américains et des partenaires sociaux en Amérique latine, qu'à la Banque asiatique de développement, qu'à la Commission européenne.
M. Somavia a souligné l'importance de transformer ces engagements en réalité sur le terrain. Il a insisté sur la conjugaison des programmes par pays de promotion du travail décent de l'OIT, avec les efforts des agences de développement international et du système des Nations Unies pour relever le défi de l'emploi.
"L'Agenda du travail décent est considéré comme un outil pratique et équilibré pour s'attaquer au problème", a-t-il dit. "Les hommes politiques en campagne dans le monde entier savent que c'est la demande la plus pressante des démocraties. Les gens votent pour plus d'opportunités et pour un travail décent."
"Si l'Agenda du travail décent est connecté à celui des hommes politiques, alors nous devons aider les gouvernements et les partenaires sociaux à façonner des politiques basées sur cette approche, à la traduire en changements significatifs dans la vie des gens - avec à charge pour chaque pays de définir ses propres priorités, choix et politiques", a-t-il également dit aux délégués.
M. Somavia a ajouté que le système tripartite, dont l'OIT était un exemple, était la meilleure façon de traiter du problème du travail décent, précisant que "Le tripartisme est la clé de la tâche qui nous attend. Nous devons encourager nos membres là où ils sont forts, et les renforcer là où ils sont faibles."
Note 1 - Pour plus d'information sur ces questions, veuillez vous référer à: "Une nouvelle étude du BIT observe une incertitude croissante et une accélération du changement dans le monde du travail" et au rapport du BIT intitulé les " Changements dans le monde du travail", Rapport du Directeur général, Conférence internationale du Travail, 95e session, 2006. Rapport I (C). Bureau international du Travail, Genève, 2006.