GENÈVE (Nouvelles du BIT) - Le rapport annuel du Bureau international du Travail (BIT) sur la situation des travailleurs dans les territoires arabes occupés fait état de la pauvreté et du chômage qui continuent d'empirer malgré le début de reprise économique amorcée l'an dernier ( Note 1).
En dépit d'un léger redressement économique en 2005, quatre Palestiniens sur dix vivent toujours sous le seuil de pauvreté, avec moins de 2,10 dollars US par jour. En chiffres absolus, le nombre de personnes vivant dans la pauvreté est passé de 600 000 en 1999 à 1,6 million en 2005.
Le taux de chômage déclaré est évalué à 23,5 pour cent en 2005. Cependant, si l'on compte le nombre de personnes employées avant la crise de 2000 qui ne travaillent plus et qui ont cessé de rechercher activement un emploi, l'OIT estime que le nombre de sans-emploi atteint 40,7 pour cent de la main-d'œuvre palestinienne. Le taux de chômage des jeunes (15-24 ans) est 1,6 fois supérieur au taux de chômage moyen.
Le chômage n'est pas la seule inquiétude: selon le rapport, 50 pour cent des hommes et seulement 11 pour cent des femmes en âge de travailler sont employés et ont, en moyenne, chacun 6 personnes à leur charge.
L'emploi dans le secteur public, qui représente 23 pour cent de l'emploi total, est directement affecté par l'incapacité actuelle de l'Autorité palestinienne à s'acquitter intégralement du versement des salaires à la suite des problèmes majeurs liés à ses flux financiers internationaux.
Le rapport a été préparé pour la Conférence internationale du Travail de l'OIT qui entame sa session annuelle à Genève le 31 mai. Les notes du rapport s'appuient sur les observations des missions envoyées, plus tôt cette année, dans les territoires arabes occupés, en Israël et en République arabe syrienne pour évaluer la situation des travailleurs des territoires arabes occupés, y compris sur la Rive occidentale, la Bande de Gaza et le Golan.
"De nouveau, l'aggravation de la situation depuis la fin de 2005 exige de l'Autorité palestinienne, du gouvernement israélien et de la communauté internationale qu'ils mettent d'urgence tout en œuvre en vue d'assurer un travail décent aux femmes et aux hommes dans les territoires arabes occupés", plaide le rapport. "Le développement d'une économie palestinienne viable doit être une priorité."
Toujours selon le rapport, les barrières à la mobilité des personnes, des marchandises et des services sur la Rive occidentale et entre la Bande de Gaza et la Rive occidentale ont augmenté entre la deuxième moitié de 2005 et le début de 2006. La levée de ces barrières et l'instauration d'un régime commercial viable avec Israël et le reste du monde sont les préalables nécessaires et urgents pour atténuer la crise sociale et économique majeure et promouvoir le travail décent dans les territoires arabes occupés. Le retrait de la Bande de Gaza, un événement important, a créé le potentiel pour un rétablissement économique et social, mais ce potentiel est entravé par les ennuis constants rencontrés par les exportateurs palestiniens.
Comme les années précédentes, la mission a relevé que la discrimination contre le peuple arabe et en faveur des colons israéliens dans le Golan syrien occupé reste une préoccupation d'actualité.
Considérant le dialogue et la négociation comme les éléments moteurs de toute stratégie viable visant une paix durable et la justice sociale, la mission voit dans le renforcement des capacités des partenaires sociaux et des institutions en vue d'un dialogue social tripartite une stratégie très prometteuse.
Faisant référence à l'augmentation de la violence, avec des pertes humaines des deux côtés, le rapport conclut que " La sécurité sous tous ses aspects - physique, social et économique - en Israël ne peut pas être séparée de la sécurité des Palestiniens qui vivent dans les territoires occupés."
Note 1 - La situation des travailleurs des territoires arabes occupés. Annexe au Rapport du Directeur général à la Conférence internationale du Travail, 95e session, Bureau international du Travail, Genève, 2006.