Les technologies modifient la nature de la main-d'œuvredans le monde des médias et des spectacles

Type Communiqué de presse
Date de parution 28 février 2000
Référence BIT/00/1
Unité responsable Communication et information au public
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GENÈVE (Nouvelles du BIT) - L'introduction des nouvelles technologies «en ligne» dans le monde des médias et l'industrie des spectacles est en train de changer la façon dont les journalistes travaillent tout en modifiant en profondeur les caractéristiques d'emploi et la répartition entre les sexes au sein de la main-d'œuvre mondiale des médias et des spectacles, selon un rapport * préparé par le Bureau international du Travail (BIT) en vue d'un séminaire sur les technologies de l'information qui débute aujourd'hui à Genève.

Parmi les principales conclusions de ce rapport, on relèvera d'une part que les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) utilisées dans les salles de rédaction entraînent un nivellement des domaines d'intervention du personnel fixe et du personnel free-lance et, d'autre part, que le journalisme offre de plus en plus d'opportunités de carrières aux femmes qui sont parmi les principaux bénéficiaires de l'essor marché de l'emploi liés aux «nouveaux» médias.

Plus de femmes que jamais auparavant sont en train de devenir journalistes au Royaume-Uni, précise le rapport qui cite par ailleurs les résultats d'une enquête menée dans le pays en 1998 selon lesquels les femmes de moins de 35 ans travaillant dans la presse écrite gagnaient en moyenne 32 000 livres sterling par an contre 25 000 livres pour leurs homologues masculins.

A titre d'exemple, le rapport indique par ailleurs qu'en Espagne, si la main-d'œuvre a diminué de 15% dans la presse quotidienne entre 1992 et 1994, la part du personnel de rédaction durant la même période est passée de 37% à 46% et la proportion de femmes au sein des rédactions de 27% à 29,5%.

Les femmes, qui pendant les années 1980 représentaient moins de 20% des journalistes au Portugal, constituent aujourd'hui plus de 30% des effectifs de la profession - lesquels ont été multipliés par quatre au cours de la décennie écoulée.

La surabondance d'informations semble appelée à devenir un risque professionnel majeur pour les journalistes employés à temps plein, le courrier électronique étant le principal coupable puisque les messageries s'emplissent d'un flot continu de données, de communiqués de presse, de bulletins d'informations électroniques, de mémos internes et de réponses des lecteurs: étant donné que les NTIC permettent aux journalistes de travailler plus vite, les attentes sont plus grandes quant à la capacité du personnel à produire davantage, souligne le rapport.

Le rapport indique que la grande majorité des journalistes dans les principaux pays industriels ont désormais accès à l'Internet - moyen de communication qui en était encore à ses balbutiements il y a une décennie à peine. Environ 80% des journalistes spécialisés dans la finance et le monde des affaires utilisent Internet au moins une fois par jour dans un but de recherche et 80% voient leur travail publié à la fois sur un support en ligne et sur un support hors-ligne. Le rapport conclut que les journalistes free-lance, dans l'ensemble, ont été ceux qui ont utilisé et exploité les NTIC depuis le plus longtemps et qui en ont tiré les plus grands bénéfices.

Alors que la société de l'information mondialisée bat son plein dans les pays industrialisés, la pauvreté, les pénuries de personnel qualifié et un manque d'infrastructures signifient pour certains pays en développement qu'ils risquent de rester à la traîne, en cette nouvelle ère de l'information: les chiffres pour les années 1990 indiquent qu'à la fin de la décennie, une personne sur six utilisait Internet en Amérique du Nord et en Europe contre une sur 5 000 en Afrique.

Le Directeur général du BIT, M. Juan Somavia, a mis en garde contre un risque de voir se dresser une «ligne de partage numérique» à mesure que se creuse le fossé entre pays riches et pays pauvres. «Améliorer l'accès à Internet est probablement l'un des moyens les plus rentables d'étendre les bénéfices de la mondialisation aux pays en développement», a-t-il déclaré.

Le rapport relève que si la croissance d'Internet et la généralisation des NTIC entraînent la disparition de nombreux emplois traditionnels dans les médias et modifient la structure des emplois restants - en particulier dans la presse quotidienne - ils alimentent également la demande en travailleurs susceptibles d'apporter une contribution rédactionnelle et créative sous des formats techniques toujours plus variés.

Les participants au séminaire - parmi lesquels figurent des délégués de 40 pays représentant travailleurs, employeurs et gouvernements - se pencheront sur les conditions de travail et les relations entre patrons et employés dans le monde des médias et l'industrie du spectacle, deux secteurs qui évoluent rapidement.

Les délégués se verront signifier qu'en dépit des nombreuses opportunités nouvelles qui apparaissent, l'emploi global dans les médias imprimés est en net déclin: les technologies ont entraîné la suppression de nombreux emplois dans les journaux ces 25 dernières années, surtout dans les salles de composition et chez les employés de bureau. Par rapport à ces travailleurs-là, les journalistes ont été chanceux. Si le nombre d'employés requis pour faire fonctionner une salle de rédaction a légèrement diminué, les journalistes n'en ont pas pour autant été remplacés par les ordinateurs, relève le rapport du BIT.

Les ouvriers les plus âgés des métiers artisanaux (composition, collage) semblent être ceux qui ont le plus souffert des réductions d'emplois et les descriptions de postes ont embrouillé les travailleurs restants car les technologies transforment le travail au quotidien. Selon le rapport, l'un des principaux défis que devront relever les travailleurs de l'imprimerie consiste à s'adapter au nouveau matériel et à des façons inhabituelles de travailler et, parfois, à passer de l'imprimerie au nouveau média. Les journalistes sont confrontés à des défis similaires et ils sont de plus en plus sollicités pour classer des nouvelles ou pour préparer des textes destinés à être radiodiffusés, télédiffusés voire diffusés sur le Web et à être utilisés pour un nombre croissant de débouchés.

Les médias audiovisuels connaissent une situation similaire, puisque l'emploi permanent y est en déclin à cause de la restructuration des débouchés des médias publics et des fusions/acquisitions qu'opèrent entre elles les compagnies privées. Mais ici encore, l'essentiel des pertes d'emplois s'est produit dans les services administratifs et techniques alors que les nouvelles technologies ont stimulé la création d'emplois dans les domaines de la production et du «contenu».

Le rapport du BIT souligne que les relations traditionnelles entre patrons et employés ont du mal à trouver leurs marques face à l'apparition des nouvelles technologies et aux autres évolutions du monde des médias et du spectacle car la main-d'œuvre est davantage fragmentée qu'auparavant et les entreprises sous-traitent des tâches qui constituaient autrefois la base du travail. De nouvelles formes de dialogue social vont s'avérer nécessaires, telle que la promotion d'initiatives basées sur le volontariat, la prise en compte des questions sexospécifiques et l'implication des sociétés transnationales comme partenaires de ce dialogue. Les normes internationales de travail - notamment celles relatives à la liberté d'association, à la négociation collective, au travail à domicile et à la discrimination - devraient s'avérer particulièrement pertinentes dans un secteur où prédominent de plus en plus les questions ayant trait à la formation aux NTIC, à la protection sociale, aux travailleurs indépendants et pigistes, ainsi que toutes les questions touchant aux travailleurs du secteur informel.

* Document de base pour le Colloque sur la technologie de l'information dans l'industrie du spectacle et des médias: répercussions sur l'emploi, les conditions de travail et les relations professionnelles, BIT, Genève, 2000, ISBN 92-2-211925-8. Prix: 17,50 francs suisses.

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