ABIDJAN (Nouvelles du BIT) - Tout en interpellant l'opinion publique sur les principaux défis de l'Afrique en cette fin de siècle, parmi lesquels "un taux de croissance insuffisant pour atténuer l'extrême pauvreté, la persistance des conflits ethniques et guerres civiles et le poids écrasant du service de la dette", M. Juan Somavia, Directeur général du Bureau international du Travail (BIT), a lancé un appel "pour que chacun sur le continent, homme ou femme, puisse accéder à un travail décent et productif dans des conditions de liberté, d'équité, de sécurité et de dignité".
Dans le discours qu'il a prononcé ce matin au cours de la cérémonie d'ouverture de la IX e Réunion régionale africaine de l'Organisation internationale du Travail (OIT), à laquelle participent de hauts représentants de gouvernements et d'organisations d'employeurs et de travailleurs, le Directeur général du BIT a demandé aux gouvernements et partenaires sociaux de "placer le dialogue social au cœur de toutes les politiques économiques et sociales de l'Afrique comme un instrument indispensable au progrès et à la stabilité".
"En permettant de rechercher et de maintenir la paix, en nourrissant la vie démocratique et en favorisant la transformation de la croissance économique en justice sociale", a-t-il déclaré, "le tripartisme et le dialogue social pourront contribuer à la réalisation de l'ensemble des objectifs stratégiques de l'OIT".
M. Somavia a insisté sur la nécessité de poursuivre simultanément les objectifs d'efficacité économique et d'efficience sociale, et a rappelé que "la création d'emplois et d'activités génératrices de revenus doit être au centre de l'économie".
En évoquant la récente Conférence ministérielle de l'Organisation Mondiale du Commerce à Seattle, M. Somavia a mis en exergue la dimension sociale de la mondialisation en rappelant que "trop peu de personnes bénéficient actuellement de ces avantages". Il a exhorté "à un changement de cap pour faire en sorte que les marchés fonctionnent au bénéfice de tous".
Le programme d'activités de la Réunion régionale qui se déroule à Abidjan du 8 au 11 décembre, prévoit l'examen d'une série de problèmes parmi lesquels le chômage, la réalité de l'économie informelle, le travail des enfants, et, dans le cadre de l'exclusion sociale, la propagation du VIH/SIDA sur le continent africain.
Ces thèmes seront analysés dans la perspective de l'élaboration d'un ordre du jour régional orienté vers la promotion et l'application des principes et droits fondamentaux au travail, la multiplication des possibilités de création d'emplois et le renforcement du dialogue social dans la région.
Notant que le problème de l'emploi se situe au premier rang des priorités dans la lutte contre la pauvreté, et dans le cadre d'un développement durable, le Directeur général du BIT a souligné l'importance des créations d'entreprises comme facteur de croissance. "Nous savons, a-t-il affirmé, qu'en Afrique la réponse au problème de l'emploi passe en particulier par la création de petites et moyennes entreprises". En rappelant que l'économie informelle est à l'origine de 90 % des emplois nouvellement créés, M. Somavia a demandé à ce que l'on accorde une attention particulière à un secteur dans lequel "persistent des problèmes graves touchant la vie de millions de femmes, d'hommes et d'enfants".
Dans son discours, le Directeur général a lancé un appel en faveur de l'intensification de la lutte contre le travail des enfants - "une nation silencieuse de 80 millions d'enfants travailleurs africains unis dans l'infortune" - et a demandé aux gouvernements africains de ratifier sans délai la Convention internationale n°182 de l'OIT sur les pires formes de travail des enfants adoptée en juin 1999 par la Conférence internationale du Travail à Genève.
Enfin, tout en se déclarant inquiet de la propagation alarmante du VIH/SIDA sur le continent africain, "une pandémie qui met à l'épreuve nos conceptions de la compassion, de la solidarité et de l'inclusion sociale", M. Somavia a annoncé un renforcement des activités de l'OIT dans ce domaine. "L'histoire nous enseigne que face à l'adversité, les sociétés ne peuvent survivre, vaincre et prospérer que dans la mesure où elles parviennent à renforcer leur tissu social", a-t-il ajouté.
En prononçant son allocution au cours de la cérémonie d'ouverture, M. Daniel Kablan Duncan, Premier Ministre de la République de Côte d'Ivoire, a exprimé le soutien de son gouvernement aux objectifs stratégiques de l'OIT, à savoir "un travail décent et une protection sociale pour tous en Afrique".
Après avoir dressé un bilan sur la situation de l'emploi et la protection sociale en Afrique, "encore plus difficile compte tenu de la longue crise économique des années 80 et du début des années 90", le Premier Ministre a souligné que les actions engagées pour résoudre la crise visent à assurer une stabilité politique et sociale afin de canaliser l'ensemble des énergies vers un objectif de développement. Il a insisté sur la volonté politique de son pays "à réaliser une société solidaire qui prenne en compte l'amélioration du système actuel de protection sociale, à travers un renforcement des prestations et une harmonisation du cadre institutionnel".
Pour conclure, M. Daniel Kablan Duncan a affirmé qu'"au plan du dialogue social et de la coopération tripartite, la Côte d'Ivoire a une longue tradition qui l'a conduite à élaborer un certain nombre de mécanismes institutionnels tant pour la promotion que pour la consolidation du dialogue entre partenaires sociaux".
La Réunion terminera ses travaux samedi 11 décembre par la présentation de ses conclusions. On espère que des recommandations seront tirées de ces conclusions et serviront de base pour donner une impulsion au progrès social dans la région.