Le Directeur général du BIT a appelé l'attention sur l'augmentation de l'insécurité sociale en Amérique Latine

Type Communiqué de presse
Date de parution 24 août 1999
Référence BIT/99/27
Unité responsable Communication et information au public
Autres langues English • Español

LIMA (Nouvelles du BIT) - Appelant l'attention sur «le sentiment d'insécurité sociale qui prévaut en Amérique latine en cette fin de siècle», M. Juan Somavia, Directeur général du Bureau international du Travail (BIT), a demandé que les fruits du développement économique soient affectés à un progrès social juste et équitable. «Nous ne pouvons pas - a-t-il affirmé - continuer à considérer le social comme indépendant de l'économique.»

Dans le discours qu'il a prononcé ce matin à la cérémonie d'ouverture de la Réunion régionale de l'Organisation internationale du Travail (OIT) - à laquelle participent des représentants de haut niveau des gouvernements et des organisations d'employeurs et de travailleurs de la région -, le Directeur général du BIT a demandé aux gouvernements et aux partenaires sociaux d'«avancer vers la mise en oeuvre d'un volet social à l'échelle du continent» et de «renforcer la pratique démocratique du dialogue pour faire en sorte que le progrès économique aille de pair avec le progrès social pour tous». «Nombreux sont les travailleurs et les travailleuses qui se demandent quand les progrès réalisés sur les plans de la stabilité et de la croissance économique se traduiront par une amélioration de leur qualité de vie... Nombreuses également sont les entreprises qui s'interrogent sur leur avenir dans le contexte d'une mondialisation désordonnée», a-t-il déclaré.

Le Directeur général du BIT a insisté sur la nécessité de promouvoir simultanément l'efficience économique et l'efficience sociale, tout en rappelant que «les politiques sociales doivent avoir un solide fondement économique qui les rende soutenables». A l'évidence, selon lui, «la création d'entreprises viables est le point de départ de la création d'emplois de qualité».

Dressant un panorama de la situation de l'emploi dans la région, M. Somavia a indiqué qu'«il est un fait que l'emploi dans le secteur informel et l'emploi précaire et non déclaré se sont davantage développés que l'emploi dans le secteur moderne et l'emploi de qualité, et que la protection n'a pas été étendue. C'est pourquoi il est indispensable de mettre en marche une politique de l'emploi et une politique de la protection sociale qui soient convergentes au lieu d'être indépendantes l'une de l'autre».

Le programme d'activités de la Réunion régionale, qui dure quatre jours, prévoit l'examen d'une série de problèmes qui intéressent l'OIT, parmi lesquels le chômage, les relations professionnelles, la protection des travailleurs et le travail des enfants. Ces thèmes seront analysés dans la perspective de l'élaboration d'un ordre du jour régional orienté vers la promotion et l'application des principes et droits fondamentaux au travail, la multiplication des possibilités de création d'emplois et le renforcement du dialogue social dans la région. Selon M. Somavia, «pour que le dialogue social soit fructueux, il faut que les organisations de travailleurs et d'employeurs soient suffisamment fortes. Pour que le tripartisme soit efficace, il faut que les ministères du Travail soient suffisamment forts et que l'administration du travail soit dotée de structures modernes».

Le Directeur général du BIT a prévenu qu'il ne servira pas à grand chose de promouvoir les accords collectifs de travail si l'on ne favorise pas en même temps la syndicalisation des travailleurs ou si l'on fait obstacle à leur organisation, ou encore si l'on poursuit les dirigeants syndicaux. «La négociation collective doit être considérée non pas comme un obstacle au fonctionnement adéquat du marché du travail et des relations professionnelles, mais comme un instrument important pour aider à concevoir et appliquer des stratégies mieux orientées vers le développement de l'emploi, de la production et de la productivité, et pour distribuer équitablement les bénéfices qui en découlent.»

Enfin, le Directeur général du BIT a lancé un appel en faveur de l'intensification de la lutte contre le travail des enfants et a demandé aux gouvernements de ratifier sans délai la convention internationale de l'OIT sur les pires formes de travail des enfants, adoptée en juin 1999 par la Conférence internationale du Travail à Genève. «Le travail des enfants nous interpelle en ce qui touche la qualité morale de nos sociétés. Nous espérons qu'une voix forte se fera entendre en Amérique latine pour promouvoir l'élimination des pires formes de travail des enfants dans notre région», a-t-il déclaré.

En prononçant le discours d'ouverture de la Réunion, M. Ricardo Márquez Flores, premier vice-président du Pérou, a indiqué pour sa part qu'en Amérique latine, «le progrès économique n'est pas parvenu à améliorer sensiblement la situation de l'emploi et la rémunération de nos travailleurs... Selon différentes enquêtes, le problème de l'emploi est l'un des principaux problèmes à résoudre par le gouvernement». M. Márquez Flores a ajouté que, dans le contexte de la récession de l'économie nationale, «le gouvernement péruvien s'attaque avec réalisme au problème de l'emploi, dans le cadre des objectifs de croissance économique et de lutte contre la pauvreté». Il a souligné la nécessité «de maintenir la stabilité au niveau macroéconomique en tant que base pour surmonter progressivement la récession au Pérou et de s'engager sur la voie du progrès de manière à consolider le développement national et à garantir l'indispensable création d'emplois».

La Réunion terminera ses travaux vendredi 27 août par la présentation de ses conclusions. On espère que des recommandations seront tirées de ces conclusions, et serviront de base pour donner une impulsion au progrès social dans la région.

^ top